‹ Histoire générale de l'Église (volume 4)Chapitre 119 sur 374 · I. Thlreau Daxgin, op cil , t. I, p · texte numérisé non relu

I. Thlreau Daxgin, op cil , t. I, p

a. (( Il faut avoir vécu comme moi clans une longue iiilimilé avec M. dft Lamennais, écrit M. Benoit-CLampy, pour couiprendre ce caractère étrange... Une crédulité naive s') mêlait à un eulètement opiniâtre. Brisant le soir l'idole quïl avait adorée le matin, logicien rigoureux jusqu'aux dernières limites, c'est-à-dire ju>qii à des conséquences absurdes, il devait être ce qu il a été, ultramontain et révolutionnaire : malgré ses contradictions perpétuelles, se croyant ou du moins s eflorçant de se croire l'homme le plus logique et le moins versatile; cherchant toujours sa voie, croyant toujours lavoir trouvée en changeant sans cesse. , A cette intelligence aussi vaste qu'impressionnable, la religion, c'est-à-dire la foi, la Soumission à la règle étaient absolument nécessaires, parce qu'elles seules pouvaient lui donner le calme et la sérénité. » (Benoit-Champy, Quelques souvenirs sur la mort de M. de Lamennais, note manuscrite inédite, communiquée par M. rabbéClair,curé do Saint-Ferdinand des Ternes à Paris.; M. Benoit Champy. l'un des exécuteurs testamentaires choisis par Lamennais, est, par l«s relations de parenté et d'intimité qui l'unirent à l'infortuné écrivain jusqu'au moment de sa mort, un des témoins les plus autorisés de sa vie et de ses pensées Les ligues que nous venons de citer nous semblent donner la clé de bien des problème» dans l'existence si agitée de Lamcanais.

Le nouvea»

journal prend vaillamment la défense de

l'Eglise contre les attaques de I iuipiété.

Fondation

de IWgence

cjcnrrale

pour la défense

de la libcrlr.

reliqieusù

UAverdr et les classe?

populaires.

Les tbc'ories économiques

et sociales de VAvenir.

Il combat le libéralisme économique de l'école de Smith el de £aj.

Calvaire ; de même nous remercions Dien de ce qu'il a placé le court instant de notre vie mortelle à une époque où sa sainte religion est tombée dans le malheur, afin que nous puissions lui sacrifier plus complètement notre existence, l'adorer de plus près. ^ » La vaillante feuille dénonça les outrages au culte, les vexations des maires ou des fonctionnaires locaux à l'égard des prêtres et des fidèles, les faiblesses et les complicités du pouvoir avec les ennemis de la religion. Elle alla plus loin. Le 25 novembre i83o, Lacordaire invita les évêques à repousser les premières nominations épiscopales faites par Louis-Philippe. Son article et celui que publia Lamennais sur l'oppression des catholiques, furent déférés au jury, qui acquitta Ips deux prévenus. Ils avaient ouvert, pour couvrir les frais du procès, une souscription, où l'on acceptait depuis 5 centimes jusqu'à 5 francs ; elle atteignit vite le cl.'iffre de 20.000 francs. Ce succès décida Lamennais à fonder V Agence générale pour la défense de la liberté religieuse. Cette association devait poursuivre devant les tribunaux tout acte commis contre la liberté du clergé, maintenir le droit de réunion, grouper les associations locales qui se proposeraient d'assurer la liberté religieuse. Plusieurs sociétés locales se fondèrent en effet. Montalembert alla faire une tournée dans le Midi, où sa parole enthousiaste gagna de nombreux adhérents à la cause de la liberté 'religieuse ^.

En même temps, V Avenir y pour parer au danger socialiste, abordait le problème économique et social, et prenait hardiment la défense des classes populaires. De son regard pénétrant, Lamennais avait vu clairement que, si le « pays légal », sous le gouvernement de Juillet, était constitué par la bourgeoisie, au-dessous de cette organisation d'ordre politique il y avait le peuple, le peuple à peu près ignoré par la Charte, mais le peuple qui s'agitait, qui agitait des probièmes, et qui, comme le tiers état de l'ancien régime, se plaignait de n'être rien et voulait être tout. Avec une réelle compétence, uu des collaborateurs de Y Avenir, Charles de Coux, dénonça la mauvaise répartition de la fortune, l'exploitation de l'ouvrier par le capitalisme, et, pour répondre à certains catholiques d'alors, l'insuffisance de l'aumône pour remédier à la misère. Il attaqua l'économie libérale des Smith, dos Say, des Sismondi. Il l'accusa de ne s'oc-

i. Avenir an 21 février i83i.

a. Ch. Weill, llisl. du calh. lib. en France, un vol. in-ia, Paris, 11^09, p. 4o.

l'église en ANGLETERRE, EN ALLEMAGNE ET EN FRANCE 253

cuper que delà production de la richesse et nullement de sa répartition, d'attribuer au progrès iridusliicl une fin ensoi,etpar conséquent de ne tenir aucun compte de l'ouvrier, facteur de la production, de , le sacrifier au contraire à la prospérité matérielle, de le considérer comme une machine qu'il faut sans doute maintenir en bon état pour qu'elle fonctionne avec régularité, mais à qui il est permis de demander un travail de plus en plus considérable, en l'aiguillonnant par ces excitants qui sont la faim et le besoin. « Les économistes, disait-il, se sont bien gardés de demander si la répartition de la fortune publique n'a pas autant d'importance que son accroissement ; car ils auraient rencontré devant eux le catholicisme *. » Il les accusa donc aussi d'avoir tari dans le cœur des ouvriers et des patrons les sources de la vie religieuse, et, par là même, d'avoir brisé le plus puissant ressort du vrai progrès. En présence des misères du peuple, les économistes, disait Charles de Coux, s'il,, étaient seuls, « ne leur seraient guère plus utiles que ne le serait un professeur de danse à des paralytiques » ^. Comme remède à cet état de choses, V Avenir se proposait de favoriser de toutes ses forces les tentatives d'associations. Il jetait des regards d'admiration sur la merveilleuse organisation corporative du moyen âge, qu'il reprochait à la Révolution d'avoir anéantie, et il parlait de tenter soa rétablissement. En attendant, il préconisait la fondation de colonies agricoles, la combinaison des travaux industriels avec ceux de la culture, et surtout l'intervention du prêtre dans ces œuvres, « intervention', disait La Mennais, qui sera toujours nécessaire, non seulement pour donner à ces associations le caractère moral d'où dépend leur utilité politique et leur prospérité matérielle, mais encore pour q l'un tiers désintéressé intervienne entre le riche et le pauvre- ».

Malheureusement, dans ces campagnes louables en elles-mêmes, f^^" ^"^^^

|, . . . . 1 • 1 de langage

l Avenir apportait un esprit de système, des violences de langage et ciJedocirine

de VAvetiir,

t. Avenir du lo janvier i83i ; Mélanges catholiques, l. I, p. 107-108. Sons le titre de Mclangcs callioliqucs extraits de l'Avenir, V Agence générale pour la défense Je la liberté religieuse publia, en i83i, en deux vol. in-8'>, le recueil des principaux ,

articles parus dans l'Avenir. Ce recueil est devenu très rare.

2. Avenir du 3o juin i83i ; Mélanges catholiques, t. I, p. 85.

HISTOIRE GÉNÉRALE DE l'ÉGLISG

îl deman<le la séparation

immédiale et absolue c!c

l'Eglise et de l'Etat,

Il prêche la libération des peuples.

Il soutient un programme

de régénération

vague et utopique.

des exagérations de doctrine, qui éveillèrent de bonne heure les susceptibilités d'une partie du clergé et qui devaient amener la condamnation du journal par le souverain pontife.

Le programme de l'Avenir comprenait deux parties : Tune négative, l'autre positive. La partie négative se résumait en deux points ; pour ce qui concernait l'Eglise, sa séparation complète d'avec l'Etat ; et, pour ce qui concernait le peuple, son émancipation de toute autorité politique et sociale. La séparation de l'Eglise et de l'Etat, l'Avenir la. demandait entière, absolue, sans transition, sans entente préalable, avec la renonciation immédiate au budget des cultes. Pour La Mennais, l'union de l'Eglise avec l'Etat aboutit nécessairement à son asservissement ; le budget des cultes, à sa honte et à sa déconsidération parmi le peuple. « Le morceau de pain qu'on lui jette est le titre de son oppression ; libre par la loi, elle est, quoi qu'elle fasse, esclave par le traitement*. » Quant au peuple, il faut dire que, de même que l'enfant devenu grand possède la liberté comme son père, les peuples qui ont grandi en intelligence acquièrent le droit de se Conduire eux-mêmes. Ce temps est venu pour les peuples chrétiens; il viendra pour les autres. Et comme cette libération se fera uniquement par l'intelligence et par l'amour, non par la force, cette souveraineté nouvelle des peuples ne sera pas oppressive comme celle des rois. Elle sera forcément l'amie de l'Eglise, laquelle deviendra, « non par l'exercice d'aucune juridiction politique, mais par sa force interne et toute spirituelle, le plus ferme appui des libertés publiques ^. »

La partie positive du programme religieux et politique de l'Avenir se trouvait résumée dans un article publié par La Mennais sous ce titre : Ce que sera le catholicisme dans la société nouvelle 2. Dans la société future, constituée par des peuples libérés et par une Eglise indépendante, l'auteur voit s'élaborer trois choses : d'abord une science vraiment catholique, et non plus « verbale, abstraite et vide », comme celle du moyen âge*, qui « pénétrera assez avant dans le dogme pour y découvrir et en dégager, en quelque sorte, les lois

I. Avenir à\i i8 octobre i83o. Cf. Lamennais, Articles publiés dans le Mémorial calholiqueet VAvenir, un vol. in-8, Paris, i836 1807, p. i56 ; Mélanges catholique:^ t. I, p. i5o.

a. Avenir du 3o juin i83i ; Mélanges, t. I, p. 82. Cf. Avenir des 28 et 29 juia l83o ; Mélanges, p, 53- 7^.

3. Avenir du 3o juin i83i , Mélanges catholiques, t. I, p. 70-95.

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