‹ Histoire générale de l'Église (volume 4)Chapitre 123 sur 374 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

llisl. gcD. de 1 Eglise. — \l\l 17

Pendant longtemps, alors que l'on n'avait guère, pour se rcnseî- La Mennaîs, gner SUT les détails du voyage des trois pèlerins, que le livre de f.a et Mennais sur les Affaires de Rome et la correspondance incomplète

Montalembert de ses deux compagnons, le récit de cet épisode important dans l'histoire de l'Eglise au xix^ siècle, a été fait trop souvent en des termes peu favorables à la renommée du pape Grégoire XVI. On a représenté l'illustre écrivain attendant en vain, pendant deux mois, la réponse qu'un pontife « pieux, mais ignorant de l'état de. l'Eglise et de l'Etat de la société, immobile dans les ténèbres qu'on épaissit autour de lui », lui refuse obstinément. L'indignation du prêtre ainsi méconnu déborde lorsqu'il apprend que les cabinets de Vienne, de Pctersbourg, de Paris, de presque toute l'Europe, effrayés de son républicanisme, pèsent sur le pape, exigent sa condamnation. Il quitte Rome, indigné et aigri, et les termes violents de l'encyclique M/raW vos, qui le condamne, détermin^^nt en ce tempérament impressionnable et fier, qu'on a tout fait pour exaspérer, une révolte qui, si coupable qu'elle soit, peut invoquer, dit-on, des circonstances très atténuantes.

Ce tableau ne peut plus être fait en présence des documents que les archives publiques et privées ont récemment mis au jour ^ La gravité de la question nous paraît justifier quelques développements à ce sujet.

En réalité, Grégoire XVI, qui n'était nullement, — on a déjà eu l'occasion de le constater, - l'esprit étroit, inflexible et mal informé qu'on a voulu voir en lui, n'avait pas attendu l'arrivée à Rome des Enqiiête trois rédacteurs de V Avenir pour examiner à fond les graves questions Gr'é-oire XVI. tle dogme, de morale, de politique religieuse, soulevées par ce journal. Trois principaux personnages furent consultés par lui : le P. Ventura, général des Théatins, chez qui La Mennais devait recevoir l'hospitalité pendant son séjour à Rome 2, le cardinal Lam-

I. Notamment les documents découverts aux Archives du Vatican et à celles dvl ministère des Affaires étrangères de France, publiés par le P. Paul Dudox, dans 6on livre Lamennais et le Sa'vd Slèje, un vol. in-8, Paris, 191 1. • r , •

a BouTARD, op. cit., t. H, p. 261 ; Rastoul, le P. Ventura. La Mennais fut si touché de l'accueil gracieux du bon religieux, qu'il lui confia la direction de sa conscience pendant son séjour à Rome.

l'église E5 ANGLETERRE, E^f ALLEMAGTïE ET EN FRATfCE 269

bnischini, ancien nonce à Paris et par suite très informé de l'état des esprits en France, et le prêtre Baraldi, de Modène, ecclésiastique savant et pieux, fondateur d'un journal sympathique au groupe de la Chênaie. Nous avons leurs réponses écrites. Ventura déclare que l'abbé de La Mennais est un « génie extraordinaire » et que sa vie « est irréprochable », mais que plusieurs de ses théories sont dangereuses, et « qu'il faut bien se garder de lui donner ou de lui promettre une approbation écrite de ses doctrines. Ses amis en abuseraient * ». Lanibruschini estime qu'il vaut mieux ne pas répondre à La Mennais. 11 vient à Rome chercher un triomphe ; il ne faut pas le lui donner ; il va faire au pape une sorte de sommation, il n'est pas de la dignité du pape d'y répondre ^. Baraldi est d'avis qu'il convient w de bien accueillir La Mennais, de confesser qu'il a raison en certaines choses », mais il trouve que ses thèses sur la souveraineté du peuple u bouleversent la constitution de l'Eglise et de la société )) et qu'il convient de le lui faire comprendre ^.

Quelle est, d'autre pari, l'attitude des rédacteurs de V Avenir? Sourd* L'abbé Vuarin, qui a vu La Mennais à son passage à Gênes, écrit : jeLaMennaU. « Pendant trois heures, nous l'avons entendu colérer... Il va à Rome pour convertir le pape... Son hérésie politique pourrait bien le jeter dans l'hérésie religieuse *. »

Arrivés à Rome, les trois journalistes rédigent un mémoire dans lequel ils pressent, avec une insistance qui paraît excessive, le Saint- Père dé se prononcer: « Le silence du Saint-Siège, disent-ils, aurait pour eilet d'ailaiblir le courage de ceux qui lui sont dévoués .. Le silence du Saint Siège serait regardé comme une condamnation... Une immense partie de la population... s'éloignerait de la religion, avec plus de haine que jamais ^. » Une commission de théologiens est nommée pour étudier le mémoire; et, pendant que ces théologiens délibèrent gravement, La Mennais, de plus en plus aigri et impatient, écrit : « L'un des plus beaux jours de ma vie sera celui où je sortirai de ce grand tombeau... La mission de la papauté est de hâter les dernières destructions qui doivent précéder la régénération sociale... Dieu sauvera le catholicisme par les peuples^. » Gré-

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