‹ Histoire générale de l'Église (volume 4)Chapitre 126 sur 374 · Ibid.,^. i84-i · texte numérisé non relu

Ibid.,^. i84-i

4 Dans son livre sur les Affaires de Rome, La Mennais présente l'encyclîqnd comme ayant été rédigée sous la pression de la diplomatie européenne, en particulier (lu prince de Melternich. L'assertion est inexacte. Voici les faits, tels qu'ili •ont établis par les documents conservés aux archives diplomatiqties. II est vrai qu S la date du a décembre i83i, Melternich envoya à Lûtzow, ambassadeur d'Autricha à Rome, une longue note pour se plaindre de deux hommes, La Mennais et Chateaubriand. Il accusait particulièrement La Mennais de confondre, dani VAvenirf C l'égalité évangélique avec l'égalité sociale », de faire, sous le prétexte d'une œuvre religieuse, une œuvre révolutionnaire Le Saint-Père fit répondre à Melternich qu en eflTel VAvenir avait des tendances révolutionnaires, et qu'il saurait distinguer, « dans celle affaire, ce qui est religieux de ce qui est politique ». Après l'apparition de l'encyilitpie Mirari vos, Metlernich regretta de n'y pas voir une consécration aullicntique des principes de la légitimité. Cf. P. DtDon, op. cit., p. 118, lao, 20&.

262 ~ HISTOIRE GÉNÉRALE DE l'ÉGLÎSB

L'encyclique Le document pontifical, accompagné d'une lettre du cardinal (i5aoûu832). P^cca, parvint à La Mennais, le 20 août, par l'intermédiaire de la nonciature de Munich, au milieu d'un banquet que les principaux savants et littérateurs de la capitale bavaroise offraient aux trois représentants de V Avenir. Le premier mouvement de l'illustre écrivain fut celui d'une obéissance complète. Après avoir pris connaissance de l'encyclique, il se contenta de dire à voix basse à ses deux collaborateurs : « Je viens de recevoir une Lettre du pape contre nous; nous ne devons pas hésitera nous soumettre ». Revenu en France, il s'empressa, dès le 10 septembre, de signer et de publier, conjointement avec les rédacteurs de l'Avenir, membres du Conseil Soumission ^q V AqencB Générale pour la défense de la liberté reliqieuse, une

des rédacteurs . .. . ..

de l 'H venir, déclaration de soumission. YJ Avenir, provisoirement suspendu, ne paraîtrait plus ; VAcjence était dissoute. Ces déclarations furent bien accueillies à Rome, et le cardinal Pacca en félicita l'abbé de La Mennais au nom du pape.

Cependant la nouvelle encyclique faisait l'objet, de part et d'autre, de commentaires passionnés. L'attention des amis de 1*^4 ve/iiV, comme celle de ses adversaires, se porta surtout sur quelques passages où le libéralisme, dans les divers articles de son programme, liberté de conscience, liberté de la presse, liberté des cultes, était vivement condamné; et, de nos jours encore, quelques historiens semblent n'y pas voir autre chose. C'est méconnaître l'ampleur de la fameuse Lettre pontificale. Elle commençait par formuler, en termes discrets, fermes, toutes les grandes et justes plaintes dont les rédacteurs de

Analyse \' Avenir avaient saisi l'opinion. Ils avaient gémi sur la décadence de rencYclique. de la liturgie catholique, flétri les blasphèmes de l'impiété rationaliste, déploré les empiétements de la politique humaine sur le domaine intangible de la conscience religieuse, dénoncé le relâchement des liens qui doivent unir tous les membres de l'Eglise au souverain pontificat de Rome. Ils avaient protesté avec force contre la corruption de l'enseignement donné à la jeunesse par les maîtres de l'Université. Ils avaient mis à jour l'imprudence de ces monarques qui, en secouant le frein de la religion, préparaient la chute de leurs propres trônes, et montré le péril de ces sociétés secrètes qui recueil

l'église eh ANGLETERRE. EN ALLEMAGNE ET EN FRANCE 203

laient en elles tous les éléments de désordre pour saper les instilu-

lions religieuses et sociales*. L'encyclique M/ran vos se faisait l'écho

autorisé de toutes ces réclamations.

« C'est le cœur pénétré d'une profonde tristesse, disait le Saint- Elle se fait

Père, que nous venons" à vous... pour vous parler de ce dont nous j^ toutes les

pleurons et gémissons ensemble... La majesté du culte divin est rovendicaiiom / ir • • 11 T 1 • 1 i»r» !• létritimes

tournée en dérision par des hommes pervers... Les lois de 1 Lglise, exposées ses droits, ses institutions, ne sont pas à l'abri des insultes'dfes dans l'Avenir, langues d'iniquité... On attaque avec acharnement cette chaire romaine... Les liens de l'unité se relâchent... L'autorité de l'Eglise est piétinée par la politique humaine... La jeunesse est corrompue par les leçons et les exemples des maîtres... Lorsqu'on a secoué le joug de la religion divine, que peut-on voir se préparer, si ce n'est... la chute des princes et le renversement de toute puissance légitime? El ces calamités accumulées proviennent surtout de la conspiration de ces sociétés où s'est écoulé ce qu'il y a, dans les hérésies et les schismes, de plus sacrilège. » Le pape dénonçait ensuite, en des termes dont l'auteur de V Essai sur VindlJJérence n'avait jamais dépassé l'énergie, « cette source infecte de l'indifférentisme, hic puti- W^is elle dUsimus indifferentismi fons », d'où sortaient les maux dont souf- ^^ i^ nberié fraient l'Eglise et la société contemporaine. El il signalait en parlicu- d'opinion lier comme découlant de cette source: i" cette u liberté d'opinions et entière • pleine et sans bornes, plena illa atque immoderata libertas oplnlo- et « l'ardeur nuni », qui, « contre tout bon sens, permet de laisser se répandre, d'une

vendre et boire même tous les poisons, sous prétexte qu'il existe indépendance contre eux quelque remède », et 2* cette « ardeur sans freins d'une " «i la * indépendance audacieuse, efjrenata procacls lihertalis cupidllas », Hcgligence

~ • ' • •' • r-i- •» T .1 1'^, /•/ î des princes ï

qui « n aspire qu a pouvoir se féliciter avec Luther d être libre à proiéeer

léijard de tous ». Le pontife terminait son encyclique en recomman- « la religion

dant aux princes de « mettre tous leurs soins à maintenir intacts la envers Dieu» religion et la piété envers Dieu, in eani potissimum curam incumhaiit ul incolumis sil religio et pielas in Dcum » *.

Telle est, dans l'ensenihlc de sa teneur, cette encyclique célèbre, En somme

OLi l on a affecté souvent de considérer la condamnation en bloc de co'mlanlne*

toute la société moderne, mais où l'on ne doit voir que la con- ft l'Eui laïque

daamation de « l'Etat révolutionnaire et laïque », et où il est juste de re>o u-

tiODuairc ».

I. Voir, dans ï Avenir du 28 avril i83i, l'arlicle de C. de Ceux, Des sociétés L.èlt's en Italie ; Mi'l. calh., t. Il, p. 3o 4o.

lei, fu'i en lume , luci. cain., i. ii, p a. Bbhn.vsco.m, t. I, p. 161) 174

reconnaître, en conséquence, avec un écrivain de nos jours, la simpla réaction, énergique sans doute, mais nécessaire, du « bon sens, instruit par la notion de société « contre la prétention de quiconque, prince ou peuple, prétendrait « que le libre conflit des idées, vraies ou fausses, est un bien en soi » *, que le droit à la révolte est un droit permanent des peuples, ou que l'oubli des droits de Dieu est permis aux rois.

Ni La Mennais ni YAvenir n'étaient nommés dans l'encyclique. C'était d'abord pour ménager la personne du grand écrivain, qui pouvait, en s*amendant, rendre encore d'importants services à l'Eglise 2. C'était aussi pour montrer que les doctrines condamnées étaient moins des doctrines expressément et textuellement professées par l'école de l'Avenir, que celles où devait logiquement conduire la voie dans laquelle elle s'était engagée K

Malheureusement la prudente réserve du Saint-Père ne fut pas imitée par tous. Le mot d'ordre donné par Mgr d'Astros aux soixante-trois évêques signataires de la censure de Toulouse: a Garder le silence pour ne pas irriter les écrivains censurés », ne fut pas observé par tous les prélats. Quelques-uns exigèrent des ordinands « le serment de réprouver les doctrines de M. de La Mennais et de se conformer à la censure des évêques *. » Mgr d'Astros lui-même, ayant reçu du pape un bref exprimant le vœu que a ses jugements fussent acceptes d'une façon sincère et absolue », écrivit au cardinal di Gregorio : « Je ne pense pas aller contre les intentions de Sa Sainteté en laissant publier ce bref dans les journaux ». Le document parut en effet, le 20 juillet i832, dans VAmi de la Religion . et fut fiévreusement discuté dans la presse.

Celte publication était peut-être nécessaire. Elle fut fatale. Des

I. Georges GoTAU, la Papauté et la civilisalion, un vol. in-ia, Paris.

a. Le cardinal di Gregorio, en communiquant au nonce à Paris, par une lettre du 18 août i832, Tencyclique Mirari vos, lui écrivait : « Le Saint-Père, voulant éviter l'occasion d'irriter un homme célèbre qui pourrait faire beaucoup de bien, a jugé à propos, dans sa sagesse, de donner une réponse indirecte qui suiïira à lui faire comprendre que ses sentiments sont en opposition avec ceux que Sa Sainteté recommande à tous les évêques ». (Lettre inédite. Archives de Saint-Sulpice.)

3. Le P. Lacordaire a toujours prétendu, pour ce qui le concerne, qu'il n'avait jamais entendu soutenir, dans l Avenir, la thèse de « la liberté religieuse prise dans un sens absolu », laquelle, dit-il, « est manifestement absurde » ; mais il reconnaît les « exagérations répréhensibles » du journal. Voir, à ce sujet, une intéressante lettre de Lacordaire au comte de Falloux, datée du 37 juillet iSSg et publiée dam le Correspondant du lo juin 191 1, p. 358-363.

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