Préface des Constitutions des oblats
3. Lettre du i5 octobre i8i5, dans Ra.mbert, Vie de Mgr de M azenod y 2 yoh in-80, Paris, i883, t. I, p. 165-167.
ÉTAT POLITIQUE, SOCIAL ET RELlGiEUX DU MOîïDE CHRETIEN (iù
dit, votre Majesté espère se maintenir aux Tuileries ; mais il est urgent qu'elle se ménage les appuis nécessaires .. Je lui propose la reconstitution légale de la Compagnie de Jésus *. » On ne peut se faire illusion sur les sentiments qui dictaient au célèbre diplomate une telle proposition: ils étaient d'ordre exclusivement politique. Le '
' roi hésita, demanda quelques semaines de réflexion ; et, Talleyrand ayant perdu le pouvoir dans l'intervalle, le projet ne fut pas repris. Mais la question n'était pas supprimée par cela même. Elle se posait toujours, devant l'autorité, d'autant plus pressante, qu'elle résultait, non d'interpellations plus ou moins vagues, mais de faits constants et précis, qu'il importait d'élucider.
Tout d'abord, plusieurs évêques, forts d'une ordonnance royale Plusieurs
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du 5 octobre i8i^ ^, qui plaçait sous leur dépendance les petits sémi- gont char-^és naires, y avaient appelé des jésuites. Ceux-ci, soumis, comme les ^® ^'*"" autres prêtres, a la juridiction episcopale et aux lois du royaume, ne d^ns ies p( lits recevant que des évêques les pouvoirs de prêcher, de confesser et séminairei, d'enseigner, se contentaient de suivre, dans leur for intérieur, la règle de saint Ignace. Comme corporation, ils n'avaient et ne sollicitaient aucune existence civile ; ils se contentaient de réclamer, comme individus, les droits de citoyen et de prêtre français ^. Sans doute des décisions judiciaires, sanctionnées par un édit royal, avaient aboli en France la Compagnie de Jésus ; mais ces décisions n'avaient-elles pas été virtuellement abolies par le régime du Concordat de i8oi et surtout par la Charte de i8i4> établissant; dans son article 5, la liberté des cultes ? L'Angleterre et l'Amérique protestantes, régies par des lois constitutionnelles semblables, les avaient largement interprétées dans le sens de la liberté, relativement aux membres de la Compagnie de Jésus, qui s'y étaient établis dans des conditions analogues. Le gouvernement du roi très chrétien se montrerait-il moins bienveillant à l'égard de religieux dont le souverain pontife venait de reconnaître officiellement l'institut? De fait, le gouvernement de la Restauration ne s'occupa, pour le moment, ni d'appuyer ni d'inquiéter les jésuites, qui travaillèrent dans les petits séminaires dans les conditions que nous venons d'exposer.
Le
gouvernement les tolère.
1. Crétinbàu-Jolt, H'ist. de la Compagnie de Jésus, Paris, i8^6, t. VT, p. 137.
2. Celte ordonnance ne fut pas insérée au Bulletin des lois ; on la trouvera dans Chétineau-Jolt, op,cit., t. VI, p. i3i.
â. Grétiheàu-Joly, p. iSa.
46 HISTOIRE GÉNÉRALE DE l'ÉGMSE
Mais la pénétration de la Gpmpagnie de Jésus en France se faisait, en même temps, par une autre voie. La Société ]^,j 1 79^1 , deux jeunes prêtres, élèves du séminaire de Saint-Snl pice,
Sacré-Cœur, émii^^rés aux Pays-Bas, l'abbé Charles de Broglie et l'abbé Léonor de Touruély, s'étaient associés à deux jeunes gens, récemment sortis de l'armée de Gondé, Xavier de Tournély, frère du précédent, et Pierre Leblanc. Les uns et les autres, désireux de perpétuer les traditions de la Compagnie de Jésus, alors supprimée, avaient résolu de la faire revivre sous une autre forme. A cet effet, ils avaient fondé une société qu'ils avaient appelée la Société du Sacré-Cœur, Quelques mois après, la société s'agrégeait un nouveau membre, Joseph Varin de Solmon, fils d'un conseiller au parlement de Franche-
L'abbé Comté, ancien condisciple des abbés de Brodie et de Tournély à Jose|)h Vann e • o i • -y •
(1769-1850). oaint-Sulpice, et qui, après la tourmente de 1789, avait pris du service, lui aussi, dans l'armée du prince de Condé. D'une piété angélique, comme ses amis du séminaire, enthousiaste et brave, comme ses anciens camarades de guerre, Joseph Varin ne tarda pas à devenir l'âme de la jeune compagnie. L'abbé Emery, ayant eu l'occasion de rencontrer la petite colonie, dans un voyage à sa sortie de prison, en 1796, exprima son admiration en ces termes : « Ces jeunes gens vivent comme des saints. Ils roulent dans leurs têtes les projets les plus étonnants comme les plus saints. J'admire leur foi et leur courage K » Trois ans plus tard, en avril 1799, la Société du Sacré-
Les Pères Cœur fusionnait avec une société des Pères de la foi, qu'un prêtre de la foi, . . . , .
italien, Paccanari, avait fondée à Rome en 1797 dans le même dessein
de préparer la reconstitution de la Compagnie de Jésus. Sous la
direction du P. Paccanari, puis, à partir de i8o/i, du P. Varin, la
société des Pères de la foi mulplia ses œuvres apostoliques. Dillin-
gen, Augsbourg, Paderborn, Berlin, Amsterdam, la Moravie, l'Italie
la Suisse, l'Angleterre et la Fiance, furent le théâtre de leurs travaux.
Lamartine, au souvenir des Pères de la foi, qui avaient élevé son
lemoignage enfance au collège de Belley, écrivait : « C'est là que j'ai vu ce que
l'on pouvait faire des hommes, non en les contraignant, mais en les
inspirant... Les PP. Debrosse, Varlet, Béquet, Wrintz, surtout, mes
amis plus que mes professeurs, restèrent toujours dans ma mémuire
Comme des modèles de sainteté, de vigilance, de paternité, de ten-