Mgr Besson, Vie du cardinal Mathieu, t. I, p. i
a. L'abbé Gruice, le futur évêque de Marseille a raconté l'anecdote suivante : « Le roi Louis- Philippe se plaisait à témoigner à l'archevêque de Paris, Mgr Affre, •on estime et son affection... Souvent il le consultait sur les nominations aux sièges épiscopaux. Mais quand le prélat abordait la question de la liberté d'enseignement, le roi, par mille détours, échappait au sujet delà conversation... Un jour que l'archevêque revenait avec insistance sur la question : a Monsieur l'archevêque, dit le roi, vous allez prononcer entre ma femme et moi. Combien faut il de cierges à ua mariage ? Je soutiens que six cierges sufEsent ; ma femme prétend qu'on doit en mettre douze. Je me rappelle fort bien qu'ai mon mariage, c'était dans la chambre de mon beau- père, il n'y avait que six cierges. — Sire, reprit l'archevêque, il importe peu que l'on allume six cierges ou douze cierges à un mariage ; mais veuillez m'entendre sur la question la plus grave. — ^ Gomment, Monsieur l'archevêque, ceci est très grave ; il y a division dans mon ménage ; ma femme prétend avoir raison, je soutiens qu'elle a tort. » L'archevêque, sans répliquer, poursuit sa défense de la liberté d'enseignement. Le roi l'interrompt : « Mais, mes cierge.'!. Monsieur l'archevêque, mes cierges ? » L'archevêque continue. Le roi s'emporte et s'écrie : « Tenez, je ne veux pas de votre liberté d'enseignement ; je n'aime pas les collèges ecclésiastiques ; on y enseigne trop aux enfants le verset du Magnificat : Déposait patentes de sede. » L'archevêque salua et se retira. » (Gruice, Vie de Denis- Auguste AJfre, archevêque de Paris, un vol. in-80, Paris, i849, p. 218-219.)
L éCTJSE EN ANGF.FTrRRE, EN ALLEMAGNE ET EN FRANCE iSy
Le ministre de l'instruction publique, auteur du nouveau projet Le projet de loi, 'était Villeniain. Guizot, soit qu'il fût découragé par l'échec /iS/i) d'un projet qu'il avait présenté en i836, soit plutôt qu'il fût alors absorbé par la direction des affaires extérieures, resta à peu près à l'écart. Ce fut un nnalheur. Littérateur distingué, professeur éminent, plus encore, rénovateur de la critique littéraire et créateur de l'histoire de la littérature, en même temps que ses deux collègues, Guizot et Cousin fondaient l'histoire politique et l'histoire de la philosophie, Villemain n'avait rien de l'homme d'Etat. Au surplus, d'étranges partis pris contre les jésuites, qui dataient chez lui de la Restauration ^ et qui devaient, en s'exaspérant, le conduire à la folie dans ses derniers jouis, ne pouvaient lui laisser le calme nécessaire dans un débat sur la liberté d'enseignement. Son projet, en tout cas, dénotait une ignorance complète des susceptibilités de la conscience catholique. Il la blessait à la fois par les maximes sur lesquelles il Ce projet prétendait s'appuyer et par les applications qu'il en déduisait. Dans |^ consdence son exposé des motifs, le ministre allait jusqu'à contester le principe des
de la liberté d'enseignement, a qui a pu être admise par la Charte^ " ^ '^" disait-il, mais qui ne lui est pas essentielle » ; et, dans les dispositions de son projet, il u'hésitait pasà soustraire aux évêques ladirec-tion exclusive des petits séminaires pour les placer sous la juridiction de l'Université.
Jusque-là les évêques, par esprit de conciliation, en considération H provoqua des efforts de bienveillance que la monarchie de Juillet montrait proiestatioua depuis quelque temps à l'égard de l'Eglise, ne s'étaient point mêlés de l'épiscopat. aux polémiques relatives à la liberté de l'enseignement. Mais, par la disposition relative aux petits séminaires, c'est dans le propre domaine de leur juridiction spirituelle, dans l'œuvre de la formalioQ morale et intellectuelle de leurs prêtres, qu'ils se sentaient menacés. Spontanément, sans qu'on puisse trouver dans les documents d\i temps la moindre trace d'une entente ou d'un mot d'ordre, ils firent entendre des cris de protestation. Pendant plusieurs mois, les journaux furent pleins de mandements épiscopaux dénonçant, les una
I, G. \autuibr, \'ilUinaiii^ un vul. iu-ia, Paris, 1910, p. 97.
Retrait du projet.
Persistance de l'ai^ilatiou.
L'évoque do Langres, Mgr Parisis,
lui donne une méthode
et un programme
avec tristesse, les autres d'un ton presque comminatoire, l'attentat projeté contre la liberté de l'Eglise *. Devant cette manifestation uaanime, le projet, mal soutenu par la gauche du parlement, qui le trouvait de sou côté trop libéral envers les catholiques, fut retiré. Mais le mouvement d'opinion qu'il avait provoqué lui survécut. L'épiscopat s'était levé pour combattre ; il ne devait plus désarmer. Le groupe de laïques qui, depuis la défection de La Mennais, suivait le comte de Montalembert, et qui, avant la présentation du projet Villemain, avait consenti à négocier avec le gouvernement, prR désormais une attitude nettement militante. Pour se défendre, les ennemis de l'Eglise, les esprits jaloux de son influence, essayèrent de porter le débat sur la question des jésuites. Ce fut la lutte ouverte et dcclarée.
De i84i à 1843, du côté des catholiques, on ne voit pas un plan de campagne bien arrêté. D'une part, l'évêque de Chartres, Mgr Clausel de Montais, publie des brochures violentes; d'autre part, l'archevêque -<c Paris, Mgr Afi're, envoie des mémoires au roi. Mais, en i843, l'exemple du parti catholique en Belgique suggère aux catholiques français une méthode et un programme. Un voyage que fait en Belgique l'évêque de Langres, Mgr Parisis, lui fait comprendre le rôle que peut prendre l'Eglise dans les sociétés modernes *. De retour en France, il publie brochures sur brochures, avec un retentissement croissant. Rien ne semblait l'avoir préparé à une pareille attitude. Il avait blâmé l'apologétique de Lacordaire ', et passait pour peu favorable aux idées nouvelles. Or, alors que Montalembert et les anciens rédacteurs de ï Avenir semblent hésiter, l'évêque de Langres précise le caractère que doit prendre la lutte contre l'Université, indique les procédés de polémique qui lui paraissent convenir aux temps actuels. Tout d'abord, il n'entend pas qu'on fasse du grand débat qui vient de se soulever une misérable querelle entre le clergé et l'Université. « On s'obstine, dit-ii dès son premier écrit, à répéter que nous défendons la cause du clergé ; il faut bien faire voir que nous défendons la cause de tous *. »