‹ Histoire générale de l'Église (volume 4)Chapitre 139 sur 374 · Veir l'Ami de la Religion de i84i · texte numérisé non relu

Veir l'Ami de la Religion de i84i

a. Ch. G viLL^MKyT , Pie ne- Louis Parisis, 3 vol. in-8°, Pari», 1916, t. II, p. iC-aa.

3. Correspondance de Lacordaire ûu«c A/'»« Swetchine, p. 393.

ti. Dans un livre paru en i847 et intitulé : Cas de conscience à propos des libertés exercées ou réclamées par les catholiques^ Mgr Parisis alla jusqu'à dire que « tout bien pesé, nos instiîiilions libérales, malgré leuri abus, étaient les meilleures pour l'Etat et pour l'Ek'lise ».

l'église en ANGLETERRE, EN ALLEMAGNE ET EN FRANCE 289

Et, dans la défense de cette cause, il déclare opportun : i^que l'épiscopat prenne part à une agitation publique et légale, i° que les laïques y aient leur place et que le comte de Montalembert en soit l'âme et le centre *.

A cet appel d'un de leurs collègues, les évêques s'ébranlent, le groupe des anciens rédacteurs de V Avenir., reprend confiance, et Montalembert publie sa fameuse brochure sur le Devoir des catholiques dans la question de la liberté d'enseignement. Sans doute, plusieurs formules de l'Avenir sont reprises, et la campagne nouvelle semble à quelques-uns n'être que le réveil de la campagne récemment condamnée. Mais un œil attentif y voit cependant deux notables différences. En premier lieu, la lutte porte sur une question précise, concrète, et non sur un remaniement complet des rapports de l'Eglise et de l'Etat, comme au temps de l'Avenir ; on propose une nouvelle tactique, on ne proclame pas de nouveaux principes. En second lieu, le mouvement se fait d'accord avec l'épiscopat, et Montalembert déclare ne vouloir rien tenter en dehors de son concours.

L'union des catholiques se fit sur ce programme. Le Correspondant^ qui avait cessé de paraître, fut réorganisé par quelques-uns de ses anciens rédacteurs, Carné, Cazalès, Champagny * et l'Univers entra résolument en campagne *. Un nouveau rédacteur venait de lui arriver, ancien journaliste ministériel, converti de la veille au catholicisme, dont l'initiative et le talent s'imposèrent aussitôt à tous ses collaborateurs, et dont le nom devint bientôt inséparable du jonnial : Louis Veuillot. Il était né à Boynes en Gâtinais, d'un père bouri^ulgnoii, ouvrier tonnelier, et d'une mère orléanaise. Ni l'un ni l'autre n'étaient chrétiens. L'enfant s'éleva, pour ainsi dire, tout seul, sans nulle éducation religieuse, à Boynes, d'abord, puis à Paris, où son père vint ouvrir, en 1820, un modeste débit de vins. Humble clerc d'avoué, il dévora des livres et composa des vers. Puis, brûlé du désir d'écrire, il accepta, après la Révolution de i83o, n'ayant

Kn quoi cette nouvelle

campagne

diffère de celle

qu'a menée

l'Avenir.

Le

Correspondant et l'Univers.

Louis VeuiHot (i8i3i883).

I. Voir sa brochure : Du silence et de la publicité. — Sur le rAle de Mgr Parisi», depuis i843 jusqu'à i848, voir Foluolbt, Montalembert et Mgr Parisis, un vol. in-80, Paris, 1901.

a. <( Le point de vue constitutionnel, écrivait Veuillot à Mgr Parisis, est celui qu'il faut prendre. Il fermera la bouche à la mauvaise foi libérale, ouvrira les yeux des libéraux de bonne foi, et fera entrer les chrétiens dans la roule la plus large et la plus pratique qui soit aujourd hui olTerte aux idée». Il y a bien longtemps que je pense que Dieu a réservé pour nous, dans la Charte et dans le» lois, de pui»»antef armes dont nous avons tort de ne pas user... C'est un devoir pour le chrétien de »ê •ouvcnir qu'il est citoyen ». (L. \buillot, Correspondance ^ t. I, p. aïo).

Hist. gén. de l'EgliM. — VIII >9

HISTOIRE GÉNÉRALE DE l'ÉGLTSE

S« conversion.

Son entrée

dans le

journalisme

catholique.

Caractère

de sa polémique.

pas encore vingt ans, le rôle de défendre par la plume la monarchie de Juillet. Au fond, il détestait ce régime bourgeois, jouisseur, pratiquement athée, qui donnait à l'ouvrier, ainsi qu'il l'a écrit plus tard, « des maîtres pour lui vendre l'eau, le sel et l'air, pour lever la dîme de ses sueurs, pour lui demander le sang de ses fils », mais qui ne lui offrait jamais w un protecteur pour le défendre, un guide pour l'éclairer, pour prier avec lui, pour lui apprendre l'espérance 1 ». Mais le journaliste avait bientôt rougi de son métier. « Si mon père savait ce que je fais, ce que j'écris, s'écriait-il, il refuserait le pain dont je le nourris. » Il fut sur le point de passer au socialisme. Il s'avisa, et devint chrétien. Au cours d'un voyage à Rome, qu'il fit en compagnie d'un ami catholique, il fut saisi par la beauté et par la vertu du catholicisme. Il en revint, suivant son expression, « chrétien des pieds à la tête », décidé à combattre non seulement l'incrédulité manifeste, mais tout ce qui lui paraîtrait amoindrir ou fausser l'autorité de cette Eglise où il avait trouvé la paix de son âme, la satisfaction de toutes ses aspirations vers la justice. « Son entrée en scène dans le journalisme donnait à la presse catholique ce qu'elle n'avait plus eu depuis V Avenir : un polémiste alerte, vigoureux, tel qu'aucun journal n'en possédait à cette époque ; un écrivain-né, à la langue pleine de trait et de sel ; un satirique, habile à saisir, au besoin à créer les ridicules ^ un batailleur courageux, se faisant détester, mais écouter ^ ». De La Mennais il avait la verve outrancière, mordante, hautaine, a Encore que je n'aime guère le temps où je vis, a-t-il écrit, je reconnais en moi plus d'un trait de son caractère, et notamment celui que je condamne le plus : je méprise ^. » Son bonheur sera de « balafrer le plus avant possible la face insolente de l'impiété * ». A son vif amour pour l'Eglise se mêlera toujours Cette haine de la bourgeoisie riche, égoïste, qu'il a sentie, dans son enfance, si dure pour les siens ; et parfois « l'on aura la surprise de le voir se rencontrer là-dessus avec les plus décidés révolutionnaires ^ ». Mais une ardente piété et une obéissance sincère aux directions du Saint-Siège le préserveront des écueils où est venu sombrer La Mennais.

1. Louis Vbuillot, les Libres penseurs, 3* édit., un vol. in-ia, p. a. Thureau-Dawgin, Hist. de la Mon. de Juillet^ t. V, p. ^75. 3. L. Veuillot, les Odeurs de Paris, préface, p. i5. A. Id., les Libres penseurs, avant-propos de la 2^ édition, p. 30» 5. J. Lemaithb, les Contemporains, 6* série, p. 3i,

L ÉGLISE EN ANGLETERRE, EN ALLEMAGNE ET EN FRANCE

Presque en même temps que Monlalembert publiait son appel sur le Devoir des catholiques et Mgr Parisis sa première brochure, Louis Vcuillot fît paraître sa Lettre à M. Vlllemain, pamphlet véhément, dont près de lô.ooo exemplaires furent vendus en quelques semaines. Tous les groupes catholiques fraternisaient. Veuillot écrivait dans le Correspondant, et V Univers ouvrait ses colonnes à Montalembert. L'archevêque de Paris et ses sufiTraganls avaient envoyé au roi un mémoire confidentiel contre le monopole ; le rédacteur en chef de VUnivers s'en procura une copie, la publia et obtint ainsi une manifestation publique de cinquante-six évêques, qui adhérèrent au mémoire *. Les légitimistes venaient prendre place à côté des anciens rédacteurs de V Avenir ; l'un des signataires des ordonnances de 1828, Vatimesoil, se rangeait à côté de Montalembert, et, tout en recevant le mot d'ordre d'un comité de laïques, les catholiques reconnaissaient Mgr Parisis, évêque d'Arras, comme « le chef ecclésiastique de la campagne * », comme son inspirateur doctrinal.

Un second projet de loi, présenté par Villemain le 2 février i844, ne fit que resserrer l'union. Par une misérable lactique, le gouvernement essaya d'obtenir l'adhésion ou du moins le sTlence de l'cpiscopat en multipliant les bourses accordées aux petits séminaires, et d'adoucir l'opposition parlementaire en faisant confier le rapport de ia loi devant les Pairs à un catholique notoire, le duc Victor de Broglie. La loi nouvelle, en proclamant la liberté,- organisait et perfectionnait le monopole ; elle admettait la fondation d'écoles libres, mais les soumettait à la surveillance, au contrôle et à la juridiction de l'Université dans les détails les "plus minimes de leur fonctionnement. Louis Veuillot exprima le sentiment de tous les catholiques, en s'écriant : « Pour l'amour de Dieu, soyons victimes, mais ne soyons pas dupes ». La plupart des prélats, groupés autour de leurs métropolitains, envoyèrent des protestations. Pendant la discussion devant les Chambres, qui dura du 22 aviilau 24 mai i844, Montalembert soutint, contre Cousin, la cause delà liberté avec une éloquence qui fonda sa réputation d'orateur parlementaire 3. Aussi,

Union de tous les cttholique^

dans U campagne menée pour k liberté de renseignement.

Nouveau projet de loi

présenté

par Villemain

Ce projet

ne fait

que resserrer

les liens

de l'union

entre

les catholiques.

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