‹ Histoire générale de l'Église (volume 4)Chapitre 141 sur 374 · E. Vbuullot, 0/). ei<., p · texte numérisé non relu

E. Vbuullot, 0/). ei<., p

l'<gmse en Angleterre, en ALLEMAoïtE et en frange îqS

de droit commun, la guerre contre tout monopole, fût-ce le monopole en faveur de l'Eglise catholique, « lequel, déclarait Montaiembert, serait le plus hii^'^?,An cadeau qu'on pût lui faire * ».

Ce serait une erreur et une injustice que de voir dan« tous ceux qui furent alors les défenseurs du monopole de l'Université, des sectaires acharnés à la destruction de l'Eglise. Ni Victor de Broglie, ni Guizot, ni Cousin, ni Villemain ne méritent une pareille qualification *. Mais derrière ces hommes il en était pour qui la lutte actuelle n'était qu'un épisode d'une guerre plus générale contre l'influence catholique, sous quelque forme qu'elle se produisît. Ceux-ci, sentant la partie momentanément perdue sur le terrain de la liberté d'enseignement, tentèrent d'ouvrir une brèche sur un point qu'ils jugèrent plus difficile à défendre. Les attaques se multiplièrent contre le prétendu envahissement des congrégations religieuses et leurs prétendus méfaits. On dénonça effrontément des capta lions, des vols, des crimes innommables. Puis, peu à peu, les accusations se concentrèrent contre les jésuites. Une violente contreattaque, habilement conduite et vigoureusement menée, prit bientôt des proportions telles, que dans la presse, au parlement, dans les négociations diplomatiques, toutes les autres questions parurent reléguées au second plan, pour faire place à la question des jésuites^.

Deux professeurs du Collège de France, Jules Michelet et Edgar Qiiinet, ouvrirent la lutte en i8/i3. L'un et l'autre s'étaient montrés jusque-là sympathiques au catholicisme ; ils en avaient du moins

Divenioft

tentée par lei

«Dnemis

de l'Eglis*

catholique.

La question

dei jéiuitet.

Jules MicheWl

et Edgar

Quinet.

1. MoMTALBMBBRT, DiscouFS du 36 avril 1844, ŒuvrtSf t. I, p. 453.

a N illemain était cependant obsédé par une peur des jésuites qui devait le conduire à l'aliénation mentale. « Il s'imaginait toujours, écrit Thureau-Dangin, voir auprès de lui des jésuites, le guettant et le menaçant. Un jour, il sortait, avec un de ses amis, de la Chambre des pairs, où il avait prononcé un brillant discours, et causait très librement, quand, arrivé sur la place de la Concorde, il s'arrête, effrayé. « Qu'avez-vous ? lui demande son ami. — Gomment ? Ne voyez-vous pas ? — Non.» Montrant alors un tas de pavés : « Tenez, il j a là des jésuites ; allons-nous-en. > Dans les derniers jours de décembre i844, Villemain, fléchissant sous le poids des chagrins de famille et des déboires politiques, eut un accès violent de folie et st précipita par l'une des fenêtres de l'hôtel ministériel. » (Thurbau-Daugin, Hist. de la Mon. de Juillet, t. V, p. 546.)

3, Sur cet incident, voir BtnifiCHOi*, op. cit., t. II, p. 493-573.

Ils choisissent comme sujets de leurs coufs

au Collège

d' France, en

i843, l'ultra-

raontanisme

et les jésuites.

admiré avec émotion la poésie touchante et les bienfaits sociaux. « Les choses les plus filiales qu'on ait dites sur notre vieille mère l'Eglise, disait Michelet en 1843, c'est moi qui les ai dites. » Et Quinet se délectait à lire les Psaumes et V Imitation de Jésus-Christ. Mais Michelet, âme sensible, impressionnable, mobile, sans habitudes religieuses, n'ayant été baptisé qu'à dix-huit ans, et sans con* \ictions fermes, obéissant à toutes les suggestions de ses sympathies successives, souffrant des moindres blessures faites à sa* susceptibilité douloureuse, était prêt à toutes les évolutions ; et Quinet avait toujours mêlé à sa vague religiosité apocalyptique et nuageuse, où la philosophie de Herder côtoyait le romantisme de Chateaubriand, des tendances nettement anticléricales et révolutionnaires. La volte-face des deux professeurs fut-elle due uniquement, comme on l'a dit, au désir de venger TUniversité des injures violentes, excessives dirigées contre elle par l'écrit d'un jésuite ^ ? Doit-on y voir, en même temps, chez Quinet la satisfaction d'une haine longtemps contenue ; chez Michelet, le désir d'une bruyante popularité, comme revanche à des humiliations mondaines dont il avait beaucoup souffert ? Quoi qu'il en soit, les deux professeurs choisirent, pour sujet de leurs cours, en 1843, l'ultramontanisme et les jésuites. Michelet, s'appuyant sur les Monita sécréta, qui sont l'œuvre d'un imposteur *, sur les Exercices spirituels de saint Ignace et sur les Constitutions de la Société, dont il dénaturait la signification par des contre-sens manifestes 3, représentait la doctrine et l'œuvre des jésuites comme une doctrine et une œuvre de tyrannie et de corruption. La jeunesse des écoles, avide, de scandale, se pressa aux cours des deux maîtres, dont le talent était réel ; et quand Michelet, avec son éloquence fébrile, Quinet, de son ton de prophète, soulevaient les pires passions, des applaudissements tumultueux, des cris de haine répondaient à leurs suggestions malsaines.

l Le monopole universitaire^ destructeur de la religion et des lois, par le P. Deschamps,

a. « Il suffit d'ouvrir les Monita et de les lire sans prévention, pour s apercevoir qu'ils sont une satire... L'ouvrage, paru à Gracovie en i6i4, est l'œuvre d'un jésuite expulsé de l'ordre » (Bcehmbr Monod, les Jésuites, un vol. in-12, Paris, 1910,

3. « Toutes les citations que fait Quinet, dit Alfred Monod, toutes les traductions qu'il donne trahissent le parti pris avec lequel il a lu et interprété les textes. » (BcEaMER- Monod, les Jésuites, p. 12.) Saint Ignace avait écrit : « Quand un supérieur ordonne, persuadons nous que tout est juste, rejetons tout sentiment contraire, toutes les fois qaon ne pourra y apercevoir quelque péché ». Michelet, dani son cours, cite ce passage, mais en supprimant la rcslriclion u {Ibid.),

L EGLISE EN ANGLETERRE, EN ALLEMAGNE ET EN FRANCE

Le succès des professeurs tenta des journalistes. Un écrivain dépourvu de forte culture, peu soucieux du grand art, mais doué d'inriagination, d'entrain, de verve gouailleuse, Eugène Sue, venait de publier, dans le ministériel Journal des Débats^ sous le titre de Mystères de Paris^ une description des bas-fonds de la capitale, dont Sainte-Beuve avait écrit : « L'inspiration essentielle des Mystères de Paris^ c'est un fond de crapule * ». Le ConstUutionel lui offrit cent mille francs pour un feuilleton qui mettrait en scène les jésuites. Ce fut l'origine du roman le Juif errant, œuvre malsaine et calomnieuse, dont l'auteur lui-même a dit, dans ses Mémoires : « Le désir de redonner de la popularité au Constitutionnel ne me rendit exigeant ni sur le sujet ni sur le but moral de l'ouvrage. » Le nombre des abonnés du journal monta, en peu de temps, de 3. 000 à 25.000. Les éditions illustrées de l'ouvrage se multiplièrent. Balla nche écrivait, le 26 novembre i8/i4, à Ampère : u Toute la terre le dévore ; il voyage plus rapidement que le choléra. »

Mais les exagérations des calomniateurs nuisirent à leur cause. On s'aperçut que le roman-feuiileton d'Eugène Sue ne courtisait pas moins les passions antisociales que les passions antireligieuses. Michelet, en poursuivant ses attaques contre la Compagnie de Jésus, en était venu à prendre à partie le christianisme lui-même, l'opposant à la Révolution, comme la « cité du mal » en face de la u cité du bien » ; et Quinet était allé plus loin encore, décernant à la Résolutioii « la papauté universelle et le gouvernement des âmes » *. Si bien que la Revue des Deux Mondes^ en rendant compte du livre des Jésuites^ dana lequel les deux professeurs avaient réuni leurs leçons de i8/|0, écrivait: «Le coupa porté, trop bien peut-être. 3> Le public était prêt à entendre une riposte des jésuites. Elle pnrut, grave, émue, venant d'un homme qui s'était acquis dans la chairede Notre- Dame, à côté de Lacordaiie, un renom d'éloquence, de sagesse et de sainteté. Sous ce titre : De l'existence et de l'institut .des jésuites, le P. de Ravignan exposa, en un style digne, calme et fier, les constitutions, les doctrines, les œuvres de la Société dont il faisait partie. Le succès fut inmieuse. Sainte-Beuve écrivit, dans la Revue Suisse, que 1 ouvrage u était digne d'une grande et sainte cause ».

Cependant le gouveruenieut se préoccupait de la violence des at-

Eugène Su«.

Le

Juif' Errant,

Les meneurt

de la campagne anlicalholiqud se compromettent par leurs excès.

Le livre du

P. de Ravignan

sur t Existence

et iinslitat

des jéauiles

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