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talion à un parti catholique tout prêt à compromettre le Saint-Siège par ses violences, à troubler la hiérarchie par ses initiatives hardies ; car qu'était-ce que ce groupe militant de laïques, constitué en dehors de l'épiscopat et lui donnant son mot d'ordre, sinon une survivance de ['Avenir^ « la coda di La Mennais » ? Bref, il était urgent de s'entendre aur quelque combinazione qui, sans donner raison aux détracteurs des jésuites et sans encourager leurs dangereux défenseur!, assurerait la paix de l'Eglise et de l'Etat.

On ne pouvait exploiter les circonstances actuelles avec plus d'adresse. Mais, en discutant ces questions avec le cardinal Lambruschini, Rossi se trouvait en face d'un diplomate de sa taille. Le secrétaire d'Etat de Grégoire XVI ne jugea pas opportun d'opposer une fin de non-recevoir à la demande de Rossi. 11 chercha seulement à réduire à un minimum, dans la combinazione projetée, les concessions du Saint-Siège. Rossi, qui avait primitivement demandé un ordre du pape expulsant les jésuites de France, finit par consentir à ce que ces religieux fussent priés de « se mettre dans un état qui permît au gouvernement de ne pas les voir », par exemple, en abandonnant les grandes villes et les maisons nombreuses, pour se grouper en petites communautés ou s'installer en des localités peu importantes. De plus, le cardinal obtint que le pape n'interviendrail point officiellement dans cette mesure, qui serait prise parle Général même de la Société. En conséquence, le R. P. Roothaan, Général de l'Ordre, écrivit, le i4 juin i845, aux Provinciaux de Paris et de Lyon, pour leur conseiller de procéder u doucement et sans bruit » à la diminution ou à la dissolution des maisons de Paris, de Lyon et d'Avignon. Un peu plus tard, il ajouta la maison de Saint-Acheul et les noviciats nombreux.

Le gouvernement de Paris se félicita de ce résultat comme d'un succès *, et envoya ses félicitations à Rossi. Mais en réalité la diplomatie pontificale avait triomphé. « La question des jésuites disparaissait, sans que les jésuites disparussent eux-mêmes » * ; et Montalembert pouvait s'écrier, le i5 juillet i845, à la Chambre des Pairs, en s'adressaut aux ministres : « La question de l'enseignement et celle de la liberté religieuse restent entières. Elles couraient

Le cardinal Lambruschini déjoue le plaa

de la secte anticatholiqu*

par une habile « corn-

binaiiOQ ».

La question

des jésuil€s

disparaît,

sans que les

jésuites disparaissent eux-mêmes.

I. GuizoT, Lettres à sa famille et à sts amis, p. a3o, lettre du i8 juillel i845, a. TutRE4u-D▲^GI!<, t. V, p. 574»

grand risque d'être absorbées toutes deux dans la question des jésuites, et peut-être d'y périr. Vous les avez dégagées ^ »

XVIU

Le

mouvement

socialiste

de

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Loui»-Plii-

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vaadjr.

La lutte sur la question religieuse reprit en effet, mais moins ardente, moins âpre des deux côtés. De part et d'autre, l'idée d'un accord par des concessions mutuelles commençait à se faire jour. Le gouvernement ouvrait les yeux sur le péril socialiste. La période qui s'étend de i84o à i845 est celle oii les propagateurs des utopies sociales commencent à s'organiser «o parti politique. Un écrivain moins original que Saint-Simon, Leroux et Fourier, mais plus combatif, plus sympathique aux masses populaires, Louis Blanc, fut le piincipal promoteur de cette évolution. On ne se trouvait plus en face de rêveurs, mais de tribuns ; d'une secte, mais d'une faction. En i843, un nouvel organe socialiste, la Réforme, fondé par Ledru- Rollin et inspiré par Louis Blanc, propagea le mouvement. En 1845, une pétition circula dans les ateliers de Paris, demandant une révolution politique comme condition de la révolution sociale. Le Journal des Débats commençait à s'alarmer. Guizot reconnaissait franchement que chaque entrave apportée à l'action religieuse était une force de plus donnée à la perversion socialiste * et Louis-Philippe, éclairé par l'expérience, disait tristementà sou premier ministre : u Vous avez raison ; c'est au fond des esprits qu'il faut combattre l'esprit révolutionnaire ^. »

Le nouveau ministre de l'instruction publique, qui venait de succéder à Yillemain, le comte de Salvandy, s'inspira de ces sentiments. Au concours général de 1845, il protesta hautement contre (( l'impiété dans l'enseignement », qui serait, disait-il, « un crime public ». En cette même année, il empêcha la continuation du cours d'Edgar Qainet, et substitua hardiment, par une ordonnance du 7 décembre, au Conseil royal de l'Université, omnipotent à cause de

I. MoNTALEMBERT, GEuvres, t. II, p. 197. — Sur l'attitude de la cour romaine et particulièrement sur l'attitude personnelle de Grégoire XVI dans cette affaire des jésuites, voir Glillemamt, op, cit., li, i27-i3a, et Burnighon, op. cit. y t. II, p. 646-

9. TaunEA-u-DANGiif, l'Eglise et VEtat sous la Mon. de Juillet, p. 117.

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8on inamovibilité et fort hostile aux réclamations des catholiques, un Conseil de trente membres, renouvelable chaque année.

De leur côté, les catholiques laissaient entendre qu'ils ne refuseraient pas une prudente transaction. Frédéric Ozanam se prononçait nettement en ce sens. Lacordaire lui-même conseillait de montrer moins d'acharnement contre l'Université, de se préoccuper « des lièdes, des indifférents, des politiques et de la masse flottante » *. Intervention

-, . T , r 11- j 1M- • 1- • de 1 abbé

Mais un des événements les plus miportants de 1 histoire reh^euse Dupanioup de cette époque fut la publication, en i845, d'un écrit intitulé De la (i8A5). pacijicatioa religieuse, et qui avait pour auteur le supérieur du petit séminaire de Saint-Nicolas du Ghardonnet à Paris, l'abbé Dupanloup.

L'abbé Dupanloup, qui était déjà intervenu, l'année précédetUe, dans la polémique relative à la liberté d'enseignement, par la publication de deux Lettres à M. de Broglie, et, en i848, par une baocliure, Les Associations religieuseSy véritable état de la question, était déjà connu comme prédicateur, comme catéchiste et comme L'abbé éducateur. Né en Savoie, le 3 janvier iSoa, abandonné par son , o"^*"^^^^ père dès sa naissance *, mais élevé chrétiennement par une mère pieuse, il avait, de bonne heure, senti l'appel au sacerdoce, et 8*^ était préparé par de fortes études et une intense formation religieuse au petit séminaire de Saint-Nicolas ^ et au grand séminaire de Saiut-Sulpice. Nomme vicaire à la paroisse de la Madeleine au lendemain de son ordination sacerdotale, et chargé particulièrement des catéchismes, il s'y révéla^ du premier coup, maître incomparable. <( On venait là, a-t il dit lui-même, de toutes parts, des pays les plus lointains ; car les révolutions de i83o, i83i, i83a, avaient amené à Paris des enfants d'Italie, de Pologne, de Portugal, d'Allemagne, du Brésil. » Des princesses appelées au trône y parurent. Il put un jour compter dans son auditoire trois reines. « Pour être piètre, devait il écrire un jour, il faut être né grand, ou le devenir. » Ce fils du peuple appelé à traiter avec des grands, honoré de l'amitié Soo portrait,^ du duc de Kohan, chargé plus tard de donner l'inslruclion religieuse au duc de Bordeaux, puis au duc de Nemours et à la princesse Clémentine, se trouva sans peine, par sa haute culture et par l'élévation de

I. Thurbàu-Dangih, Hisl. de la Mon. de Juillet, t. V, p. 444-495. a. E. Faclkt, Mijr Dupauloup, uu vol. in 8°, Paris, igi.i, p. a. 3. Avant d'enlrer au relit Séminaire de Saint-Nicolas, t'élix Dupanloup avait é':iic dans linslilulioa de M. Puiloup, rue du Regard.

son âme, au niveau des plus nobles esprits. Aucun compliment ne lui alla sans doute plus au cœur que celui que lui adressa Royer-Gollard en le rencontrant auprès du lit de mort du prince de Talleyrand : « Monsieur, vous êtes un prêtre I » Prêtre, Dupanloup le fut avant tout lorsque, en i834, l'archevêque de Paris le chargea de la direction des études au petit séminaire de Saint Nicolas du Ghardonnet. « Ceux-là seuls qui ont connu Saint-Nicolas du Ghardonnet pendant ces années brillantes (de i834 à i845), a écrit Ernest Renan, peuvent se faire une idée de la vie intense qni s'y développait. Et cette vie n'avait qu'une seule source, qu'un seul principe, M. Dupanloup lui même. Il suppléait à tout. L'écrivain, l'orateur, chez lui, étaient de second ordre ; l'éducateur était tout à fait sans égal *. »

Son livre Dans son livre sur la Pacification religieuse, l'abbé Dupanloup

Pacific a* n ^^ordait pour la première fois la politique religieuse générale. Il s'y

religieuse montra, dans ses idées comme dans son style, tel qu'il devait être (ï *^> jusqu'à la fin de sa vie : défenseur ardent de l'Eglise vis-à-vis de la société moderne, au point d'être traité par les libres penseurs de a farouche réactionnaire », et défenseur de la société moderne vis-àvis de l'Eglise, au point d'encourir et parfois de mériter l'épithète de libéral et de gallican ; dans l'un et dans l'autre cas, lutteur obstiné, infatigable polémiste ; prêchant la pacification et la conciliation avec une vivacité sans pareille ; d'une vie surnaturelle intense, dont ses écrits intimes ont révélé la profondeur et la solidité, mais qui ne supprima jamais l'impétuosité naturelle de son tempérament ; « charbon ardent, a-t-on dit, sur lequel soufflaient tour à tour la grâce et la nature » ^. « La paix, disait-il, c'est le vœu de notre cœur ; mais la paix que nous voulons, c'est la paix dans la liberté, la paix dans la justice. Toute autre paix serait la honte. Nous pouvons être humbles ; nous ne devons pas être vils. » « N*y aura-t-il donc pas en France, ajoutait-il, un homme d'Etat qui Veuille attacher son nom à un nouveau et glorieux concordat ? » Et, pour la conclusion de ce concordat, il indiquait les dispositions que, pour son compte, il professait à l'égard de la société moderne : « Nous acceptons, nous invoquons les principes et les libertés proclamés en

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