‹ Histoire générale de l'Église (volume 4)Chapitre 15 sur 374 · I. Lamartine, Confidences, liv. VI, notes a · texte numérisé non relu

I. Lamartine, Confidences, liv. VI, notes a

a. P. A. Guidée, Vie du P. Varin, un vol. in-ia, Paris, i8d4.

3. A. Brou, les Jésuites de la légende, a vol. in-ia, Paris, 1907, t. II, p. 174. — Sur les origines de la congrégalion, voir Buknichos, la Compagnie de Jésus em France, Ilis t. d'un siècle, t. 1, p. ii5-i35.

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d'alarme, dans un Mémoire célèbre, le comte de Montlosîer répondait ainsi : « Il m'est aussi tlitticile de dire avee précision ce qu'elle est, que de montrer au temps passé comment elle s'est Miccessivement formée, étendue, organisée *. » Des documents nombreux et précis, mis au jour par l'érudition contemporaine, permettent de répondre fklus nettement à la question.

Le En 1801, un jésuite sécularisé, le P. Delpuits, voulant protéger

'3elpuits'" '^^ croyances et la vertu des jeunes gens qui affluaient à Paris pour (1786 181 1). y étudier le droit, la médecine, ou plus généralement pour s*y former aux professions libérales, les réunit en une association pieuse, en prenant pour modèle les statuts des congrégations de la sainte Vierge en usage dans les maisons d'éducation des jésuites, puis parmi leurs anciens élèves, depuis le milieu du xvii* siècle. Ces associations de piété et de bonnes œuvres, dont les règlements n'avaient rien de mystérieux, avaient été louées par plusieurs papes, notamment par le pape Benoît XIV ^. Les réunions avaient lieu tous les quinze jours, ayant uniquement pour but l'édification de leurs membres. La société se développa peu à peu. Aux étudiants vinrent se joindre quelques industriels et commerçants. A la fin de i8o5, lorsque Pie Vil vint à Paris, la Congrégation comptait 180 membres. Le pape l'autorisa à s'agréger des congrégations de province. En 1808, elle admit dans son sein deux savants du plus haut mérite : le géomètre Gauchy et le physicien Biot. La Congrégation s'attira les colères de l'empereur en favorisant la publication de la bulle qui excommuniait les spoliateurs du Saint-Siège ; et, en 1809, les congréganistes durent se disperser. Le P. Delpuits, accablé par l'âge, frappé par les événements, dut prendre un repos bien mérité par ses labeurs. « D'autres que lui, a dit Lacordaire en parlant de ce saint jprêtre, ont acquis plus de gloire dans leurs rapports avec la jeunesse de France ; aucun n'en a plus mérité ^. »

A la Restauration des Bourbons, la Congrégation vit s'ouvrir une ère nouvelle. Les adhésions vinrent en foule à la société reconstituée. On remarqua parmi les nouveaux adhérents : le prince de Polignac, rentrant à peine de l'exil, l'abbé Eliçagaray, recteur de l'université de Pau, le colonel de Montant, gouverneur des pages de Monsieur, le

I. MoKTLOsiERj Mémoire à consulter, Paris, 1826. a. Bulle Gloriosae Dominas, du 27 septembre 1748.

3. Lacordairb, Eloge funèbre de Mgr de Forbin-Janson, Œuvres, édit. Poussielgue, t. YIII, p. 88.

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duc de Bourbon, le comte d'Artois, le roi lui-même. Cette dernière adliésion fut, il est vrai, une simple formalité de sympathie.

Au mois d'août i8i4, la société, qui avait été provisoirement dirigée, depuis la retraite de P. Delpuits, par l'abbé Legris-Duval, passa sous la direction du P. Ronsin, ancien Père de la foi, qui venait d'entrer, comme beaucoup de ses frères en religion, dans la Compagnie de Jésus. 'Pierre Ronsin devait, pendant quinze ans, administrer la Congrégation avec un zèle qui lui valut l'admiration des catholiques et les attaques les plus passionnées des libéraux. Il était né à Soissons en 1771. 11 n'avait ni la rondeur du P. Delpuits, ni l'éloquence de l'abbé Legris-Duval ; mais, sous des dehors modestes, il ne tarda pas à révéler son dévouement intelligent à l'œuvre et. son infatigable activité. Avec lui, une phase nouvelle s'ouvrit pour la Congrégation. Tout en conservant à la société son but premier d'édiûcation mutuelle, il se préoccupa beaucoup de remédier au dénuement physique et moral dont souffrait la population parisienne. Dès lors, la Congrégation rappela beaucoup, par son organisation et par ses œuvres, la célèbre Compagnie du Saint-Sacrement fondée au xvii* siècle. La Société des bonnes œuvres ^ présidée par Charles de Lavau, qui se consacra au soulagement des malades et desprisonniers et au patronage des petits Savoyards, V Œuvre de l'apprentissage des orphelins, l'Œuvre des prisonniers pour dettes, VŒuvre des orphelins de la Révolution, VŒuvre de la marmite des pauvres^ VŒuvre des maîtres d'école, V Association dé saint Joseph pour le placement des ouvriers, Idi Maison de saint Nicolas pour les enfants abandonnés, la Société des bonnes lettres, fondée en 1821 sous le patronage de Chateaubriand, la Société des bonnes études, définitivement constituée en 1823, la Société des bons livres, créée en 1824, furent dirigées par des membres de la Congrégation, sous l'inspiration du P. Ronsin ^.

Le caractère de prosélytisme que la Congrégation revêtait toujours davantage, attira sur elle l'attention publique. Le journalisme contemporain naissait. Ce n'était plus ce journalisme annaliste, aneodotique, plus ou moins frondeur, qu'avait connu l'Ancien Régime ; t'était déjà ce journalisme bruyant, tumultueux des temps modernes, aspirant au rôle de puissance publique, se sentant capable de diriger

Le P. BoiuLd.

Lee œuvTM

de la Congrégation.

La

Congrégatior •stviolemraeni

attaquée par la presse

libérale.

1 . Sur toute» ces œuvres ek sur l'histoire de la Congrégation en général, voir Guoirrojr de Giiàndaiaison, la Congrégation, un vol. in-S», Paris, 1890.

iiisi. -ou. Je rh'<i>e. — MU A

HTSTOTRE GlP.'^ÉRALE DE l'ÉGLISE

les courants d'opinion et au besoin de les créer. On ne peut pas reprocher à la presse révolutionnaire de 1817 à i83o d'avoir été vénale ; elle trafiqua rarement de ses opinions ; mais, « à part cette justice que l'histoire doit lui rendre, il faut bien dire qu'elle poussa aussi loin que possible le cynisme du mensonge » ^ Il lui fallait un mot sinistre, enveloppé de mystère, pour saisir l'opinion et la soulever. Le mot de « jésuite » avait été déjà exploité par Pascal ; elle le reprit, en y ajoutant celui de « congréganiste ». « Les mots de jésuite et de congréganiste, dit M. de Viel-Castel dans son Histoire des deux Restaurations^, devinrent des armes puissantes entre les mains de l'opposition pour discréditer, pour perdre moralement ses adversaires » ^. Nous verrons plus loin les conséquences de cette campagne.

Les œuvres

d'enseignement catholique.

Tandis que, par la Congrégation, les Pères de la Compagnie de Jésus multipliaient leurs œuvres de zèle et de charité en France, ils n'oubliaient pas l'œuvre qui avait été, sous l'Ancien Régime, leur moyen d'action par excellence, l'éducation chrétienne de la jeunesse.

Grâce à la protection accordée aux Frères des écoles chrétiennes

1. Crétineau-Jolt, Hist. de la Compagnie de Jésus, t. VI, p. 1^7.

2. Cette Histoire des deux Restaurations est elle-même inspirée par une antipathie très marquée à l'égard de la Congrégation et des jésuites.

- 3. Pour la réfutation des calomnies lancées contre la Congrégation, le livre de M. de Grandmaison est heureusement complété par un article de M. Edmond Biré, la Congrégation, paru dans le Correspondant du 25 janvier 1890. Malgré les savantes réfutations de M. de Grandmaison et d'E. Biré, on répète encore que la Congrégation a été une association politique secrète. Sans doute quelques congnéganistes. Montmorency et Polignac par exemple, firent de la politique et même parfois avec assez d'imprudence ; mais la Congrégation n'en fit pas. — Mais, dit-on encore, les congréganistes dirigeaient tout dans l'Etat I — Il est facile de vérifier cette assertion. On a publié la liste complète des congréganistes (Grandmaison, op, cit., p. 399-/114). En confrontant cette liste avec les Almanachs royaux de l'époque, on rencontre : dans la fameuse Chambre introuvable, i congréganiste ; dans la Chambre des députés de 1826, 5 ; dans la Chambre des pairs, 7 ; parmi les 85 préfets, ti ; aux ministères de la justice, des affaires étrangères, de la marine et de la guerre, parmi les directeurs et chefs de division, pas un seul ; à l'intérieur, I directeur ; aux finances, i directeur et i chef de bureau ; dans la garde royale, sur 33.000 hommes, 17 congréganistes. — On ajoute que les congréganistes reçurent souvent des faveurs de la part du pouvoir. C'est possible Ils étaient catholiques, royalistes, et dans l'ensemble bons serviteurs de l'Etat. Rien de plus naturel qu'ils aient été récompensés. Mais rien de tous ces faits ne prouve que la Congrégation ait été une association politique occulte.

ÉTAT POLITIQUE, SOCIAL ET RELIGIEUX DU MONDE CHRETIETf 5l

par Napoléon I", sur les instances de son oncle le cardinal Fesch, les écoles primaires n'étaient plus soustraites, depuis i8o3, à l'enseignement religieux. Non content d'avoir donné aux Frères une existence légale par son décret de décembre i8o3 (ii frimaire an XII), l'empereur avait voulu, dans son décret du 17 novembre 1808, qui créait en France le monopole de l'enseignement, incorporer les Frères à l'Université *. Une telle disposition, il est vrai, pouvait créer à l'Institut des Frères une dépendance gênante ; l'esprit libéral de M. de Fontanes, grand maître de l'Université, l'intervention de M. Emery et la souple énergie montrée par le Frère Gerbaud, supérieur des Frères, fit échapper la congrégation à ce danger 2. Le vénéré supérieur, qui avait débuté avec 82 maisons et 160 Frères, laissait en mourant, en 1822, 178 maisons peuplées de plus de 600 religieux.

La situation de l'enseignement secondaire était malheureusement moins satisfaisante. Un des premiers actes de Louis XVIII, en rentrant en France, avait été de faire annoncer par le Moniteur, à la date du 8 avril 181 4, son intention de supprimer le monopole et de rétablir la liberté d'enseignement ^, Mais, le 28 j' '>^ suivant, une ordonnance royale maintenait « provisoirement > 'université *. Le i5 février i8i5, une nouvelle ordonnance royale, créant 17 universités régionales, sous la direction d'un Conseil royal, aurait eu pour effet de relâcher, dans une certaine mesure, l'absolutisme et la centralisation dans la direction de l'enseignement, si le retour de Napoléon n'avait empêché de la mettre en pratique ^. Après les Cent Jours, Louis XVIII déclara que les difficultés des temps ne permettaient pas d'entreprendre une réforme fondamentale dans le régime de l'instruction publique, et rétablit l'Université sur les bases du décret impérial de 1808. Du côté de l'extrême gauche, comme du cùté de la droite, de vives protestations s'élevèrent. « L'autorité, écrivait Benjamin Constant, peut multiplier les moyens de l'instruction ; elle ne doit pas la diriger 6. » La Mennais, deson côté, s'écriait, dans un article

Les écoles primaires.

Les Frères

des écoles

chrétiennes.

L'enseignement secondaire.

Louis XVlïl

maintient \e monopole universiuire.

Protestations de Benjamin

Constant et de l'abbé La Meniuis«

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