M.VRSH.VLL, op. Cit , t. I, p
3. Piolet, op. cit., t. III, p. 79 ; Annales de la Propagation de la foi, t. XVIII^ p. 81-82 ; t. XXI, p. a3-a5.
GREGOIRE Xn
aussi le théâtre de persécutions violentes^. Nous avons raconté son cvangélisation merveilleuse, et comment, pendant un demi-siècle, l'Eglise de Corée, fondée sans prêtres, s'était conservée et propagée sans prêtres, sauf l'apostolat de cinq années du prêtre chinois Jacques Tsiou. De 1784 à i835, elle avait subi quatre grandes persécutions, n'avait jamais joui d'une sécurité pleine, et avait donné plus de mille martyrs. Mgr Bruguière, nommé vicaire apostolique de la Corée par le pape Léon XÏI en 1827, n'avait pu réussir à y pénétrer. Il était mort sur les frontières de l'empire, au début de l'hiver de i835, après avoir renouvelé pendant plusieurs années ses tentatives infructueuses. Le premier missionnaire qui y pénétra fut le P. Maubant, des Missions étrangères, qui y arriva en i836, bientôt suivi du P. Chastan et de Mgr Imbert, missionnaire au Se-Tchouan depuis dix ans. La présence de ces trois missionnaires, zélés, courageux, expérimentés, fut un immense bienfait pour la chrétienté, qui commençait à s'organiser sur le modèle des Eglises européennes ; mais, en 1889, le gouvernement de la Corée passa aux mains d'un eimemi juré des chrétiens. Les trois missionnaires, trahis par un faux frère, furent arrêtés, et, le 2 1 septembre, furent mis à moLl, avec deux cent cinquante de leurs disciples, dont soixante-dix furent décapités et cent quatre-vingts étranglés. Quelques années plus lard, en i844f l'amiral français Cécille, abordant sur les côtes de la presqu'île, fit parvenir au souverain une lettre le menaçant de la vengeance de la France si la persécution continuait. Pour toute réponse, le despote fît mettre à mort un prêtre indigène, André Kiin. La Corée ne devait être ouverte librement aux missions qu'en 1910, après la guerre russo-japonaise.
Le plan de l'amiral Cécille, encouragé par le succès en Chine de M. de Lagrenée, était d'ouvrir aux missionnaires catholiques la Corée et le Japon. Son échec auprès du gouvernement coréen ne le découragea point. Son projet, d'ailleurs, était le résultat d'une entente avec les autorités ecclésiastiques. Quand, en 1882, le Saint-Siège avait érigé la Corée en vicariat apostolique, en y joignant les îles Riou- Kiou, c'était dans l'espoir que ces îles, voisines et dépendantes du Japon, seraient la porte par où le christianisme pénétrerait de nouveau dans ce pays. Ni Mgr Bi-uguière ni Mgr Imbert ne purent aborder aux îles Kiou-Kiou ; mais en i844 l'amiral français pro-
Marlyre de
Mgr Imberl
et des Pères
Maubant
et Chastan
(l'SSô).
Intervention
d« l'amiral
GéciUe.
l.Uistowe ^cn, de l'tiylise, t. Vil, p. 445-/i46,
ilisl. gcn. de l'EgUae. — Mil
ai
HISTOIRE GÉîfÉRALE DE l'ÉGLISE
Les missions du Japon.
Le
P. Forcade.
posa au Procureur des missions en Qhine. le P. Liboîs, de favoriser Teutrce au Japon d'un ou deux de ses missionnaires. Le P. Forcade, le futur archevêque d'Aix, se proposa, et, accompagné d'un catéchiste intelligent et courageux, ancien confesseur de la foi en Chine, Augustin Ko, fut présenté aux autorités de Nafa, capitale de l'île principale, comme un interprète de l'amiral français, désirant étudier à fond la langue japonaise.
L'empire du Japon était encore, à cette époque, systématiquement fermé aux étrangers. Les Russes, les Anglais, les Américains avaient déjà essayé de pénétrer à Yeddo et à Nagasaki, et avaient été éconduits. De longues et pénibles négociations, poursuivies avec persévérance par les amiraux Cécille et Guérin, aboutirent à l'autorisation donnée aux missionnaires d'acheter une petite maison à Nafa. Mais l'œuvre de l'évangélisation n'en parut pas plus avancée. Sous prétexte de protéger les deux étrangers, le roi de Nafa les faisait accompagner partout par des mandarins, leur défendait d'entrer dans les villes, écartait d'eux les gens du peuple, ordonnait de fermer les hal)itations à leur approche. Toutefois le P. Forcade put faire quelques constatations rassurantes. Le peuple japonais lui apparut comme un peuple doux, bienveillant, poli, intelligent, très désireux d'entrer en relation avec les Européens ; il eut même de sérieuses raisons de croire, d'après certains indices, qu'un groupe de chrétiens cachés subsistait au Japon. L'avenir devait justiQer ces pressentiments ; mais, en attendant, les mandarins multipliaient les précautions pour empêcher le P. Forcade et son compagnon de faire la moindre propagande religieuse auprès des indigènes *•
Les missions d'Afrique.
Parmi les terres que Grégoire XVI désirait le plus ardemment arracher au joug de l'infidélité, il en était une dont l'antique Eglise avait jadis rivalisé d'éclat avec celle d'Alexandrie. Evangélisée dès le premier siècle du christianisme, illustrée par de grands évêques et par de glorieux martyrs, la région septentrionale de l'Afrique, la patrie de saint Cyprien et de saint Augustin, de sainte Félicité et de
I. Voir Marnas, la Religion de Jésus au Japon^ 2 vol. in-8*, Pari», 1896, k. I, p. 80 et s. Cf. Abbé Mariot, Vie de Mgr Forcade, un vol. in-8®, Aix, 1886.
GREGOIRE XYI
sainte Perpétue, était tombée, à la fin du vu* siècle, au pouvoir de l'Islam. Les vingt basiliques de TEglisede Garthage avaient été converties en mosquées, et, depuis ce temps, « le christianisme n'avait guère été représenté dans les Etats barbaresques que par les esclaves européens capturés par les musulmans et abandonnés à leur sort par les princes chrétiens * ». Cependant, grâce à une mission fondée à Tunis, au xm* siècle, à la suite de 1 expédition de saint Louis, grâce au zèle des Frères Prêcheurs, des Frères Mineurs, des Trinitaires, . des Religieux de la Merci et, plus tard, des fils de saint Vincent de Paul, la lumière de la foi ne s'était point éteinte complètement sur ces plages ^.
Nous avons vu Tenthousiasme religieux excité parmi le clergé en France par la conquête de l'Algérie en i83o ^. u Les lys, suivant les expressions d'un historien, parurent les précurseurs du signe de là Rédemption. Effectivement, dès le lendemain de la victoire, le comte de Bourmont, général en chef de l'armée expéditionnaire, se hâta de faire planter une croix sur le monument le plus élevé de l'Algérie *. » Malheureusement, le gouvernement de Juillet, par uq respect mal entendu d'une prétendue liberté de consciencd, ne fit rien pour faire connaître aux indigènes de l'Algérie la vérité religieuse, rien pour affirmer la foi catholique de la nation conquérante.
On affecta de ne pas dire un mot de religion, de ne pas accomplir un rite religieux devant les Arabes. En quoi, loin de les impressionner favorablement, on les scandalisa. Ils méprisèrent ces Français, qui vivaient comme des impies, et, suivant les expressions d'un de leurs chefs, « ces chiens, qui ne priaient jamais Dieu * )>. Aussi, lorsque, deux ans après la conquête, il fut question de bâtir une église dans la ville d'Alger, un Maure fit la réponse suivante à un magistrat, qui lui demandait de quel œil la population musulmane verrait cet édifice : « Hâtez-vous de l'élever, car alors seulement nous croirons que vous avez un Dieu, et qu'on peut se fier à votre parole ^. » En i838, le gouvernement finit par comprendre qu'il serait
La conqiiétt de l'Algéri«.
Obstacle»
misa l'évang^
lisatiou
par le gou-
vernemenl
français.
I. Mgr Le Roy, au mot Afriqut, dam le Dict. de Vacamt, I. I. col. 5A3.
a. Ibid.