I. Voir plus haut, p. iÇjS-ipd
S. Uernascom, t. II, p. 887-388,
GREGOIRE XVI
peaux, il avait soupire après les missions d'outre-mcr. A peine avaitil prononcé ses vœux de religion dans la Société de Marie, que ses désirs furent comblés. Le i" novembre 1887, une troupe apostolique avait abordé aux îles Wallis, dont la conquête à la foi cbrétienne coûta quatre années de prières, de travaux et de tribulations de tout genre à son premier apôtre, le P. Bataillon *. La seconde mission, celle de Futuna, coûta plus cber encore au doux et saint P. Chanel, qui, après quelques années d'un apostolat difficile et à peu près stérile en apparence, succomba sous le fer des ennemis de la religion qu'il prêchait *. La mission de la Nouvelle-Zélande fût également fondée par Mgr Pompalier au milieu des souffrances et des humiliations. En quelques années, six missionnaires furent massacrés, cinq périrent en mer, d'autres furent dévorés par les anthropophages. Mais bientôt les survivants purent écrire : « La religion gagne ici le terrain qu'elle semble perdre en Europe. Regnavit Dominas, lœtentur insulse multœ ». L'anthropophagie avait disparu de partout. Certaines îles se constituaient en une sorte de communauté religieuse. D'autres se groupaient entre elles sous la forme d'une confédération chrétienne. Toutes ensemble formaient comme un collier de pierres précieuses à l'Epouse du Christ. L'Océanie insulaire, avec ses 180.000 fidèles disséminés, offrira, au déclin du xix^ siècle, un spectacle que n*a connu peut-être aucun des âges précédents.
Cependant les œuvres auxiliaires des Missions étrangères se multipliaient. L'Œuvre de la Propagation de la Foi, fondée en 1822, recueillait, en i84o, plus de deux millions de francs. L'Eglise voyait naître en 1882, à Aix-la-Chapelle, la Société de Saint-François- Xavier; en 1889, en Autriche, le Leopoldsverein ; en i843, en Bavière, le Ludwigsverein, et en la même année, en France, l'Œuvre de la Sainte-Enfance, fondée « pour le rachat et le baptême des petits enfants chinois abandonnés », et dont l'objet, rendu plus général dans la suite, est désormais « l'apostolat des enfants chrétiens auprès des enfants des pays infidèles » ^.
Succès
des missions
d'Océanie.
Œuvre»
auxiliaires
des missions
étrangères.
Fondation de l'œuvre dé la Sainte- Enfance (i843).
I. Mangbret, Mgr Bataillon, 2 vol. in-8", Paris et Lyon, 188^.
a. NicoLET, Vie du B Chanel, un vol. in -8», Lyon, p. 273. Le P. Chanel a ét^ déclaré Bienheureux par Léon XIII le 17 novembre 1889.
3. On a souvent attaqué l'œuvre de la Sainto-Enfance, sous prétexte qu'elle était sans objet, les Chinois ayant, dil-on, un grand respect de la vie humaine, surtout chez les enfants. Cependant il résulte, non seulement des lettres des missionnaires, mais aussi des déclarations authentiques de témoins impartiaux, tels que l'amiral DiuMont-d'Urville, le baron de liubner, le capitaine de !a Jaille, M. Wade, ministre d'Angleterre à Pékin en 1871, que beaucoup d'enfants sont abandonnés par les
HISTOIUE GENEH.VLE DE L EGLISE
Dernière» Cependant la me des progrès de l'Eglise dans les pays infidèles
snnées de • • •
Grégoire XIV. ne faisait pas oublier au Saint-Père les épreuves dont elle était
l'objet en Europe. Les agissements des sociétés secrètes, les équivoques du libéralisme, les empiétements des souverains sur le domaine religieux, les audaces d'une littérature impie et frivole, étaient pour lui de constants sujets de tristesse. Les soucis et les années courbaient sa haute taille. En i846, en entrant dans sa quatrevingt-unième année et la seizième de son pontificat, il eut ira pressentiment de sa fin prochaine. Il écrivit dans son testament : « Nous, Son testament. Grégoire XVI, indigne héritier de la chaire de saint Pierre, ayant devant l'esprit l'heure de notre mort et de l'appel au tribunal divin... nous recommandons notre pauvre âme à Notre-Seigneur Jésus- Christ... Nous recommandons au même divin Rédempteur l'Eglise, son Epouse bien-aimée, dans les nombreuses tribulations et persécutions dont elle est assiégée. » Le 26 mai i846. un érysipèle d'aspect assez bénin Tempécha de présider une cérémonie religieuse. Bientôt le mal prit un caractère très grave, et l'emporta de ce monde le i" juin 1846. Il mourut comme un pauvre religieux, répondant à quelques-uns qui lui rappelaient les grandes oeuvres de son pontificat : « Je veux mourir en moine et non en souverain, lo voglio morire da frate^ non dasovrano ». Telles furent les dernières paroles du pontife *. Le journal la Quotidienne se fit l'interprète des catho-
Sa mort {i«rjuini846).
Chinûis. « La police de Pékin, dil Dumont d'Urville, en ramasse chaque matin un bon nombre dans les rues. » On trouve, il est vrai, des assertions qui paraissent contraires dans plusieurs observateur» sérieux, tels que Léon Roussit dans son livre A travers la Chine, et Eugène Siuoif dans la Cité chinoise. « J'affirme, dit Eugène Simon, que Tinfanticide est beaucoup moins fréquent en Chine qu'en France. » (Cité par MARicHVL, Hist. eontemp., lA" édition, t. II, p. BgS.) 11 est possible que ces voyageurs n'aient jamais vu ou aient rarement vu des enfants abandonnés. Il est incontestable, en effet, que le Chinois regarde comme une bénédiction du ciel une famille nombreuse, et, en temps normal, ni riches ni pauvre» ne songent à abandonner leurs enfants. Mais les famines sont fréquentes, subites et terribles en Chine (voir Maurice Coukimt, Annales de l'Ecole des sciences politiques, juillet 1900, p. 536), C'est pendant ces périodes que les familles indigentes se débarrassent de leurs enfants, non point, comme en Europe, par des pratiques abortives ou criminellement préventives, mais par l'exposition et l'abandon sur les voûtes ou même dans les rues. Le père de famille chinois ayant, comme le paterfamilias antique, droit de vie et de mort sur ses enfants, est à l'abri de toute poursuite judiciaire. Aussi les missionnaires déclarent-ils qu'on peut bien passer un an et plus en Chine sans voir d'enfant abandonné ; mais vienne une année d'inondation ou de sécheresse, partant de disette, les expositions redeviendront fréquente». Voir sur ce sujet : La.una.t, Hist. de la Soc. des Miss, étrangères, l. III, p. laS-iag; PioLBT, les Missions cathol. françaises^ t. III, p. aôo-aO;; Annales de la propagation de la foi, t. XXVI II. p. 52-53
I. Ami de la Religion, t. GXXIX, p. 653. Cf. Correspondant , t. XIV, p. 801.
GRÉGOIRE XVI
liques en publiant, au lendemain de sa mort, les lignes suivantes : « Le monde catholique perd un grand pape, un de ces esprits sages Appréoittiou et conciliateurs qu'il faut à des temps de transition. Quelquefois on pontificak s'est étonné de ne pas voir Grégoire XVI prendre l'initiative en certaines questions d'ordre général, de transformation sociale ou de liberté politique, qui préoccupent les peuples et travaillent les Elats. Mais l'histoire dira qu il est intervenu dans toutes ces questions avec toute la mesure qui convient à la situation présente de l'Eglise; que, 8 il a respecté le droit des couronnes, il a proclamé le droit des consciences, et qu'en présence de tant de faits violents, révolutionnaires, accrédités par l'Europe, il a maintenu, autant qu'il le pouvait, l'empire des idées et la sainteté des maxiiïies chrétiennes *. »