CHAPITRE VII
La situation Grégoire XVI, élu au lendemain d'une grande commotion euro- «r '1ui"*ue Prenne, était mort au moment où un nouveau cataclysme, plus proen 1840. fond et plus violent, se préparait. La révolution de i83o avait fait triompher le parlementarisme, donné la prépondérance aux classes bourgeoises, et semblait avoir trouvé sa fin dans de simples remaniements politiques ; la révolution de i848 devait intéresser directement les classes populaires, et tendre à une complète réorganisation sociale. Depuis quelque temps, en effet, une fermentation sourde, ne se manifestant par aucun fait précis, par aucune formule bien définie, mais très perceptible dans sa signification générale, agitait la France, l'Allemagne, la Belgique, et surtout l'Italie. Or, chose étrange, les catholiques de toutes nuances, que la chute des Bourbons avait épouvantés, considéraient avec une visible sérénité la perspective d'un avenir qui ferait plus de place aux peuples qu'aux rois, et inaugurerait une ère de plus grande liberté politique. Quel- Le mouvement ques jours après la mort de Grégoire XVI, le Correspondant écri- ., vait : « Il est plus important aujourd'hui de s'entendre avec les
parmi les r r j
catholiques, peuples qu'avec les princes*. «Dans le numéro du 10 juin 1846 de l'Univers, Louis Veuillot disait : « Le pontife dont nous pleurons en ce moment la perte sera plus illustre encore par les grandes choses préparées sous son règne que par celles qu'il a faites... La postérité reconnaissante fera remonter jusqu'à lui le triomphe désormais certain de la liberté catholique ^. » L'organe des légitimistes lui-même,
I. Correspondant, t, XIV, i846, p. 8o8, a. Univers d[j lo juin i846.
la Quotidienne^ faisait « des vœux » afin que la « souveraineté clémente et pacifique du Saint-Siège subsistât longtemps pour l'ordre du monde et pour la liberté des peuples ^ » Nulle part les aspirations libérales ne s'étaient plus audacieusement affirmées qu'en l-<î« "P»'"*^'^^"»
^ / libérales
Italie, où le Primalo de Tabbé Gioberli, les Speranze d'Ilalia du en Italie, comte Balbo et les Casi di, Romagna du marquis d'Azeglio avaient montré l'idéal d'une confédération italienne dont le pape, devenu libéral et patriote, serait la tète, et le roi de Piémont le bras ; et, au moment de partir pour le conclave, un membre du Sacré-Collège, le cardinal Mastaï-Ferretti, évêque d'Imola, avait prié un de ses diocésains de lui donner ces trois ouvrages, « pour faire hommage, disait-il, de ces beaux livres au nouveau pape ». *
Dans les masses populaires l'effervescence libérale gardait moins Le conc1r.v« de mesure. Ce fut pour l'empêcher d'aller à des excès, ce fut aussi ig/O) '^ pour empêcher la pression des grandes puissances de s'exercer sur la prochaine élection, que les cardinaux italiens s'empressèrent de fixer la réunion du conclave au dimanche 1/4 juin, sans attendre l'arrivée de leurs collègues étrangers. A en croire certaines rumeurs, qui n'étaient peut-être que l'expression de certains désirs, le conclave devait être long. Une lutte ardentç allait s'engager, disait-on, entre le cardinal Lambruschini, représenté, à tort ou à raison, comme le candidat du parti absolutiste, et le cardinal Gizzî, que soutiendrait le parti libéral ou modéré ^. D'autres prétendaient que le conflit qui diviserait le Sacré-Collège s'élèverait entre ce qu'on appelait le parti génois, dirigé par Lambruschini, et le parti romain, qui suivait les inspirations de Bernetti *. Ces débats permettraient, espérait-on, aux agitations révolutionnaires de se produire dans l'Etat romain, et aux puissances d'intervenir pour peser sur les votes des cardinaux. Aucune de ces hypothèses ne se réalisa. Apres avoir, dans un premier scrutin, donné dix-sept voix ^ au dernier secrétaire d'Etat de Grégoire XVI,
I. Cité par V Ami dt la Religion du 8 juin i8i6, l. CXXIX, p. 696. [ ■3. TuuHEA.u-D.\.î(GiN, Ilist. dc ^ Mon. de Juillet, t. MF, p. aai.
3. PoLGEOis, Jlisl. de Pie IX, 6 vol in-80, Paris, 1877, t. I, p. 96 98,