On avait répandu dans Rome l'anagramme
A Giovanni Maria Maslaï Ferretliy Grati nomi : amnistia e fer rata via.
' grâce à tous les proscrits qui la lui demaudèrent. Un mois après, le 17 juillet 1846, un décret, mûrement étudié, rendit la liberté à tous les condamnés et accusés politiques, sous la seule condition de reconnaître l'autorité du pape et de s'engager d'honneur à se conduire en loyaux sujets de l'Etat pontificaP.
Le décret d'amnistie fut accueilli, à Rome et dans les provinces, par des acclamations, des fêtes populaires, qui témoignèrent de la joie universelle. Les amnistiés ajoutèrent aux engagements d'honneur qui leur étaient demandés des formules hyperboliques de serments, « jurant, sur la tête de leurs enfants, fidélité jusqu'à la mort », s'engageaut à ¥. répandre pour le pape jusqu'à la dernière goutte de leur sang ». De pareilles démonstrations encouragèrent Pie IX à persévérer dans sa politique de clémence et de concessions. « Il crut le bien possible, a écrit à ce propos Louis Veuillot, et il s'y obstina. Il crut à la liberté, et il lui tendit les bras. Il crut à la reconnaissance, à l'honneur, et il se confia aux serments ^. » Il décida que son palais serait ouvert, le jeudi de chaque semaine, à toute personne qui aurait une grâce à lui demander, un avis à lui proposer. Non seulement il favorisa la tenue, dans ses Etats, des congrès scientifiques, sous le couvert desquels s'étaient cachées naguère les menées des factions ', mais encore il autorisa l'ouverture des cercles dont le but avoué était la politique. Le i"* août, il choisit pour secrétaire d'Etat le cardinal Gizzi, qui passait pour être un des chefs du parti libéral. Des commissions furent créées pour l'étude des questions relatives à l'exercice de la justice criminelle et civile, à la fondation d'écoles du soir et du dimanche pour l'instruction de la classe ouvrière, à l'amélioration du serx'ice des postes, des douanes et des chemins de fer ; et les travaux de ces commissions aboutirent bientôt à des réformes pratiques, acceptées avec enthousiasme. Les franchises
Joie
universelle
avec laquelle
il est accueilli.
Autres
me»ures
libérales prises
par Pie IX..
Il choisit le cardinal Gizzi pour secrétaire
d'Etat (ieraoûti846).
Nouvellei mesures libérales.
1. Voir le texte du décret dans Pougeois, l, I, p. i52-i54. On raconte que, pour mieux s'éclairer sur les difficultés et les avantages que pouvait présenter le décret d'amnistie, Pie IX avait convoqué, le i5 juillet, au ^ atican, une congrégation do cardinaux. Chacun d'eux fut admis à faire valoir les raisons pour ou contre. Le pape les invita même à exprimer, suivant l'usage du Sacré-Collège, par un vote secret, leur opinion sur l'ensemble du projet. Or, le dépouillement de lurne du scrutin ne doiuia qm des boules noires. En présence de celte opposition inattendue. Pic IX résolut la ditlicullé par un procédé où se révélèrent à la fois les qualités de s[)iriluelle fluesse, de personnelle initiative et de généreuse bonté qui caractérisèrent la plupart des actes et des paroles de son long ponlilicat. Otant sa calotte et la mcllaut sur les bondes noires : « Les voilà blanches 1 » s'écria-t-il. Et, le surlendemain, le décret d'amnistie fut affiché dans toutes les rues de Rome.
a. Louis Veuillot, Pie IX, op. cit., p. Sg-^o.
municipales delà ville de Rome furent étendues; une garde civique fut instituée ; une assemblée de notables, choisis par le pape sur une triple présentation des conseils provinciaux, fut appelée à donner son avis sur toutes les grandes affaires temporelles de l'Etat. Les mesures exceptionnelles auxquelles les juifs avaient été soumis jusque-là,
Pie IX protège furent abolies. A la voix de Pie IX, les barrières du Ghelto tombèrent :
es juiis. gj 1^ JQig f^t gi grande parmi les Israélites, que plusieurs d'entre eux
crurent voir dans le nouveau pontife le Messie attendu *.
RelentUse- Le bruit de ces réformes traversait les frontières, parvenait au delà
dégrades ^^ l'Océan. Le journal français le Siècle écrivait : « Ne semble-t-il
dans le monde pas que, sur les deux rivages de la Manche, la civilisation rétrograde, «ntier. g^ g^g^ ^^^ jgg ]^qj^^^ naguère si décriés du Tibre, la dignité, la liberté humaines, relevées par un pouvoir magnanime, seront bientôt mieux fondées que chez nous à revendiquer la jouissance do tous leurs droits » 2 ? Au mois d'octobre 1847, ^° grand meeting, tenu à New- York, votait une adresse à Pie IX. « Nous vous offrons, disaient les signataires, le témoignage d'une sympathie sans bornes, non point comme catholiques, mais comme fils d'une république et comme amis de la liberté 3. »
Vrai caractère En présence de pareilles approbations, quelques historiens se sont
mesures demandé si, pendant les deux premières années de son pontificat.
Pie IX n'avait point méconnu les limites qui séparent la vraie liberté
de la licence et même celles qui séparent le libéralisme politique du
libéralisme religieux. Une étude superficielle des actes du pontife
Du libéralisme peut seule avoir suggéré de pareils doutes. Il résulte des dépêches <f^P"^^?x envoyées, au mois d'août i8/i6, par l'ambassadeur français de Rome
à cette époque, à son gouvernement, que Pie IX, dès le début, s'était fixé, même dans l'ordre de la politique, certaines bornes, au delà desquelles il ne s'aventurerait jamais. « Vous savez, disait-il à Rossi, qu'il est des limites que nous ne pouvons pas franchir *. » « Un pape, disaitil encore, ne doit pas se jeter dans les utopies. Groiriez-vous qu'il y a des gens qui parlent même d'une ligue italienne dont le pape serait le chef? Gomme si la chose était possible ! Ge sont là des chimères ^. f) Quant au libéralisme proprenient religieux, le pape était
I. Sur toutes ces réformes, voir Pougeois, op. cit.^ t. I, p. 161-186. ,
a. Cité par Rohrbacher, Hist. univers, de VEglise, édit. Guillaume, t. XII, p. 2/^6.
3. Cité par Desdevises du Dezert, l'Eglise et l'Elat en France, 2 vol. in-8^, Paris, 1908, t. Il, p. 116.