L. Veuillot, Pie IXy op. cil., p. 4o
ponlife, et lui demandait, en linrlant, de la bénir 2 ». On criait plus fort que jamais : « Vive Pie ÏX ! » ; mais en ajoutant : « A bas les jésuites!» On dressait des arcs de triomphe au pape; mais on empêchait les prélats de sa maison d'y passer. Dans une ville de la Calabre, la foule força les portes d'une prison et en fit sortir les détenus aux cris de : Vive Pie IX ! Les acclamations, réglées par un pouvoir occulte, se faisaient plus ou moins enthousiastes, suivant les actes pontificaux de la journée, suivant les personnages que le gouvernement du pape mettait en relief. On avait fait des ovations à Gizzi, parce qu'on l'avait cru libéral ; on murmurait ou on faisait un silence glacial sur son passage, parce qu'on le trouvait maintenant trop tiède. La foule faisait de ses manifestations un contrôle permanent de la politique d'un pape qu'elle avait l'air de considérer comme en tutelle. Quand Pie IX paraissait au balcon du Quirinal, la foule, inspirée par des meneurs, lui criait : « Courage, Saint-Père 1 «comme pour l'aider à se dégager des entraves d'un entourage trop conservateur.
Bientôt, aucun doute ne fut plus possible. Les révolutionnaires avaient bien pour but de faire de Pie IX, suivant une expression grossière de Mazzini, t( un bœuf gras politique, en l'étouffant sous les fleurs ». Le fondateur de la Jeune Italie, jusque-là dissimulé, se mit hardiment en avant, démasqua ses desseins, railla les modérés, ne demanda au pape rien de moins que l'affranchissement de l'Italie par une guerre offensive contre l'Autriche. Les premiers symptômes du mouvement révolutionnaire se manifestèrent dans un défilé triomphal des sectaires du 8 septembre i846 ; ils s'accentuèrent dans les réunions de l'assemblée représentative des provinces, en avril 18/47, ^^ dans le renouvellement des conseils municipaux. On feignit de voir en Gizzi, qui conseillait le calme, un agent de l'Autriche et de la réaction. Le 10 juillet 1847, Gizzi, sentant croître son impopularité, donna sa démission de secrétaire d'Etat. Il fut remplacé par le cardinal Ferretti, cousin du pape, qui, grâce à ce titre et à des qualités personnelles appréciées du peuple, devait réussir, pendant quelques mois, à obtenir une tranquillité relative.
Sur ces entrefaites, un grave incident international se produisit. Six jours après la démission du cardinal Gizzi, le 16 juillet 18^7, le gouvernement autrichien, préoccupé des attaques et des provoca-
i. L. VfiuiLLOT, Pie IX, op. cit., p. 4o,
Un pouvoir
occulte réglemente les manifestations publiques.
Mazzini
se démasque.
Démission de Gizzi. Son
remplaceraenl par Ferretti
(juUlel 1847).
Occupation
de Ferrare
par les troupes
aulricbiennas
(1 G juillet
Pie IX fait
appel i la France.
Réponse
favorable du
gouvernement
français.
Mazzini invile
le pape à se meltre
à la tête du mouvement
national (a5 novembre
lions dont l'Ilalie était le théâtre, s'était cru autorisé par l'article io3 du Congrès de Vienne à faire pénétrer dans la ville de Ferrare un balaillon de troupes de ligne, un détachement de hussards et une batterie d'artillerie. A cette nouvelle, les patriotes honnêtes se joignirent aux révolutionnaires pour jeter de hauts cris ; et, naturellement, ces derniers cherchèrent à exploiter l'événement à leur profit. La situation était extrêmement délicate pour Pie IX. Il décida de se tourner vers la France. Le gouvernement de Louis-Phi li[)pe avait maintes fois déclaré qu'il ne voulait laisser le champ libre, en Italie, ni à la Révolution ni à l'Autriche ; et Pie IX connaissait peut-être quelque chose des jugements désobligeants que portait le prince de Metternich sur sa personne et sur sa politique*. La réponse du gouvernement français fut favorable. Le 27 septembre 1847, le comte Rossi, ambassadeur français à Rome, reçut, de la part de Guizot, la communication officielle suivante : « Ne laissez au pape aucun doute que, dans le cas d'une intervention étrangère, nous le soutiendrons efficacement, lui, son gouvernement et sa souveraineté, son indépendance et sa dignité 2. » En effet, Guizot avait obtenu du roi et du conseil des ministres des décisions formelles en ce sens. Pendant que le cardinal Giacchi, légat de Ferrare, remettait aux membres du corps diplomatique une protestation contre l'acte de l'Autriche, une troupe française de 2.5oo hommes était concentrée à Toulon, et une seconde troupe, d'un nombre égal, à Port-Vendres, l'une et l'autre prêles à s'embarquer au premier signal pour les côtes d'Italie, sous le commandement du général Aupick^. Les Autrichiens répondirent à cette mesure en renforçant leur armée de Lombardieet en établissant un poste militaire à six milles de Ferrate et de Comacchio. Mazzini, déjoué dans ses plans, tenta un effort suprême. Le 25 novembre 1847, il écrivit directement au pape, pour le supplier de se mettre à la tête du mouvement national ; sans quoi, disait-il, ce mouvement se détacherait de la cause religieuse, pour le grand malheur de la civilisation et de l'Italie *. Le pape ne
I. « Le pape, écrivait Metternich, se montre chaque jour davantage privé do tout esprit pratique. Né et élevé dans une famille libérale, il s'est formé à une mauvaise école. Chaud de cœur et faible de conception, il s'est laissé prendre et enlacer, dès son avènement à la tiare, dans un filet duquel il ne sait plus se dégager. » (Metternich, Mémoires, t. YII, p. 342 Gf p. 344, 435.