‹ Histoire générale de l'Église (volume 4)Chapitre 165 sur 374 · MOMALKMBKKT, ŒuVieS, l Ij, p · texte numérisé non relu

MOMALKMBKKT, ŒuVieS, l Ij, p

Trois

ministères

en dix mois.

Audaces du parti révolutionnaire.

Attitude

expectante

de Pie IX.

J/incident du 1 1 février M8. .

Contre-coup de la Révolution

française (Je Février

en Italie.

cet enthousiasme pour les réformes si rapidement accomplies par Pie IX. Ils en faisaient honneur à la générosité spontanée de son cœur, plutôt qu'à la sagesse de sa politique ; et, avec des formules de sincère respect pour le Chef suprême de l'Eglise, ils regrettaient la manière d'agir plus lente, plus calculée de son prédécesseur 2. En tout cas, rendre l'Italie responsable de leur échec, serait une injustice ; cette responsabilité ne doit retomber que sur les sectaires hypocrites que nous avons déjà vus à l'œuvre. Ce furent les menées de ces derniers qui amenèrent, en février i848, la chute du ministère Ferretti, après six mois d'existence, celles du ministère Bofondi après un mois, du ministère Antonelli après trois mois, et du ministère Ciacchi après vingt-sept jours. Les manifestations se multipliaient dans les rues de Rome. De bruyants agitateurs réclamaient à grands fracas l'entière liberté de la presse, la sécularisation complète des charges publiques, l'armement du peuple en masse, l'expulsion des jésuites. Pie IX avait depuis longtemps percé à jour les trames ourdies contre lui. Ses allocutions et encycliques de i846 et de 1847 ^^^* pleines dallusions aux arrière-pensées de la secte révolutionnaire. Mais il conservait toujours l'espoir de gagner par la bonté son peuple égaré, et il différait l'emploi des mesures de répression.

Le II février i8/i8, un incident caractéristique contribua à le désabuser. C'était le soir. Pendant une de ces ovations grandioses et tapageuses qui se renouvelaient incessamment sous les fenêtres du Quirinal, une voix, dominant le bruit de la foule, s'écria: « Plus de prêtres aux affaires ! » Pie IX, qui élevait déjà, du haut de sa loggia, la main pour bénir la foule, prolesta doucement contre « certains avis, où, dit-il, il ne reconnaissait plus le cœur de son peuple ». Puis, comme un léger murmure semblait succéder à l'ovation, on l'entendit prononcer avec force la formule de protestation que plusieurs de ses prédécesseurs avaient employée dans des circonstances solennelles : « Non posso^ non debbo, non voglio. Je ne peux pas, je ne dois pas, je ne veux pas ». On eut alorsla sensation qu'une sorte d'abîme s'était creusé entre lui et les agitateurs.

Peu de temps après, le contre-coup de la Révolution française de Février suscita en Italie, comme presque partout en Europe, de

2. J.-B. de Rossi donnait cette impression comme ayant été celle de son vénérable père et de plusieurs catholiques d'une orthodoxie éprouvée.

nouvelles agitations populaires. Celles-ci se firent grondantes et menaçantes. « Les émeutes de l'amour se changeaient en émeutes de colère^. » Sous la pression des événernonls, Pie IX fit une dernière concession, la plus libérale de toutes. Par la constitution du i4 mars i8/|8, connue sous le nom de Slalul fondamental, il institua une représentation populaire, non seulement consultative, mais délibérative, pour le gouvernement de ses Etats. Ce régime représentatif comprenait deux Chambres : l'une nommée par le pape, l'autre élue par le peuple. C'était introduire le système constitutionnel dans les Etats pontificaux. Mais celte mesure, loin d'apaiser le mouvement populaire, le surexcita. La nouvelle s'étant répandue que le royaume lombardo-vénitien était en pleine insurrection contre l'Autriche, les cris « Faori gli harhari, A la porte les barbares », retentirent dans les rues de Rome, et le pape fut sommé par la foule de prêcher la guerre sainte. Pie IX résista. Sur ces entrefaites, une nouvelle imprévue parvint à Uome. Le roi de Sardalgne, Charles- Albert, sans aucune préalable déclaration de guerre à l'Autriche, s'était jeté sur la Lombardie. Le 23 mars i848, en entrant en campagne, il avait adressé aux peuples du royaume lombardo-vénitien une proclamation, où il disait : « Nous vous seconderons, espérant en Dieu, qui a donné Pie IX à l'Italie, et qui a mis l'Italie en mesure de n'avoir besoin de personne. » Le 2 5 mars, à la tête de 25.000 hommes, il entrait à Milan. La situation se compliquait de plus en plus pour le pape. C'était une étrange figure que celle du roi Charles Albert, ce souverain « moitié ascète, moitié carbonaro^ » ; ardent, chevaleresque et mystique, sous un masque de froideur; acclamé comme libéral, et s'efTarouchant de toute réforme ; au fond, nature maladive, se désintéressant de tout, sauf d'une idée, qui dominait son esprit et commandait toute son activité: 1 indépendance de l'Italie, dont il rêvait d'être le chef 3. La brusque agression du roi de Sardaigne dérouta les calculs du vieux maréchal autrichien Radelzky, qui, pressé de toutes parts, battit en retraite, et se retira dans le quadrilatère vénitien *,

Le Statut du i/i mari

Le roi de Sardaigne, Charles- Albert, fait

envahir

la Lombardie

par ses troupes

(a3 mars

Portrait de Charles- Albert.

1. DuPANLOUP. la Souveraineté pontijîcale, 3e édition, p. i66.

a. Vj^llovx, Mémoires d' un royaliste , 2 vol. in-8-', l^aris, 1888, t. I, p. 4-44.

3. Le mystérieux caractère du roi Charles-Albert a été merveilleusement pénétré par le marquis Costa de Bbauregard. Voir la préface de son livre : l'Epilogue d'un règne, les dernières années du roi Charles-Albert^un vol. in S», Paris, 1890.

4 Le quadrilatère vénitien était formé par les places de Vérone, Legnago, Poschiera et Mantouc. — Dans un mémoire diplomatique, destiné à justifier son

niSTOIRE GÉNÉRALE DE l/ÉGLTSE

Le pape désire garder

la noutralilé dans le conflit survenu entre

la Sardaigne et l'Autriche.

Mais

le général

Durando

outrepasse ses

instructions

et attaque

l'Autriche.

Protestations de Pie IX (avril-mai

L'Autriche

se montre

disposée

à retirer ses

troupe».

L'idée bien arrêtée du pape était de garder, au point de vue militaire, une stricte neutralité, en se tenant sur la défensive contre toute invasion de ses Etats. Dans cette vue, dix-sept mille hommes furent expédiés à la frontière, sur la rive droite du Pô, avec mission de ne prendre l'ofTensive en aucun point, mais de défendre, partout où besoin serait, l'inviolabilité du territoire pontifical. Malheureusement le chef de l'expédition, le général Durando, Piémontais de nation, n'observa pas cette réserve. A peine arrivé à Bologne, il adressa à ses troupes, le 5 avril, une ardente proclamation, déclarant, au nom de Pie IX, la guerre à l'Autriche, et exhortant ses soldats à entreprendre la sainte croisade de l'Italie. Ce fut la première trahison dont Pie IX eut à souffrir pendant cette malheureuse campagne.

Par une note insérée dans la Gazette officielle de Rome, par une allocution solennelle prononcée le 29 avril 18^8 ^ et par une lettre écrite le 3 mai à l'empereur d'Autriche 2, Pie IX protesta que, bien loin de favoriser les agitations révolutionnaires, et d'exciter son peuple à la guerre contre l'Autriche, il repoussait de toutes ses forces de pareilles tendances. Ses actes de réforme politique n'étaient que la continuation de l'œuvre commencée par son prédécesseur, dans l'esprit du Mémorandum rédigé par les grandes puissances d'Europe. Quant à l'idée de faire la guerre à l'Autriche, il la proclamait <( entièrement contraire à ses pensées », n'ayant pour but, ajoutait-il, « que d'agrandir chaque jour le royaume de Jésus- Christ, qui est l'Eglise, et non de reculer les limites de sa souveraineté temporelle » ^.

Ces déclarations eurent un immense retentissement dans les cours européennes, où l'on commençait à se représenter Pie IX comme « le principal auteur des commotions publiques qui troublaient l'Europe n ^. D'ailleurs la chute du cabinet Metternich, remplacé, le

intervention en Lombardie, Charles-Albert déclarait « prendre celte mesure pour empêcher que le mouvement actuel ne devînt un mouvement républicain» (Léopold de Gaillard, Hist. de l'expéd. de Rome en 18U9, p. 48, note) Metternich, de son côté, affirmait ne vouloir que soustraire la Lombardle-Vénétie aux influences révolutionnaires. Plus tard, Gavour invoquera un semblable motif pour faire envahir les Etats de l'Eglise. <( Au fond, dit L. de Gaillard, en i848 comme en 1860, prendre des mesures, ce sera, avant tout, prendre quelque chose » \îbid.).

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