‹ Histoire générale de l'Église (volume 4)Chapitre 166 sur 374 · Ibid., p · texte numérisé non relu

Ibid., p

4. G est Pie IX lui-même qui, dans son allocution du 29 avril i848, relève celte accusation (Cuantrel, p. 37).

i8 mars 18/18, par un ministère libéral, venait de faire disparaître de la scène politique le diplomate le plus susceptible de s'irriter contre l'attitude du souverain pontife. L'empereur Ferdinand I*', vers la fin du mois de mai, se montra disposé à faire en faveur de la paix de larges concessions, allant jusqu'à l'abandon de la Lombardie, sous certaines conditions d'ordre financier^.

Les agissements de lord Palmerston, qui avait intérêt, pour diminuer la puissance de l'Autriche, à maintenir le conflit austro-italien, et surtout les manœuvres de Mazzini, qui ne pouvait espérer voir réussir son programme révolutionnaire que dans le trouble, firent échouer les desseins pacificateurs du nouveau cabinet autrichien. La cour de Vienne retira ses avances, et l'empereur demanda au maréchal Radetzky de reconquérir, par une action prompte et énergique, les positions prises par l'ennemi, afin d'écraser en Italie les forces toujours renaissantes de la Révolution. Le choc des armées impériales fut, cette fois, irrésistible ; les Italiens, vaincus, furent partout refoulés.

Malheureusement, la cause du pape se trouvait atteinte par là môme. Le général Durando, que Pie IX, trop confiant ou trop impuissant, avait conservé à la tête de ses troupes, malgré sa coupable incartade du 5 avril, avait fait cause commune avec les troupes de Charles-Albert, Un nouveau ministre, que le Saint-Père, sous la pression des partis avancés, avait été obligé de prendre à la fin du mois d'avril, le comte Mamiani, avait, d'autre part, imaginé un étrange expédient pour satisfaire le parti national exalté sans forcer le pape à se doimer un démenti. H avait décidé que le gouvernement romain n'ouvrirait aucune hostilité contre l'Autriche, mais que les troupes d'observation de Durando seraient placées sous le commandement de Charles-Albert. C'était rendre inévitable l'action commune des Pontificaux et des Piémontais. Ce comte Mamiani, un des anciens proscrits de Grégoire XVI amnistiés par Pie IX, ne gouvernait pas plus, d'ailleurs, l'armée et le peuple, que le pape luimême. Le gouvernement était aux mains des clubs, de la presse et surtout d'un « Cercle populaire », inspiré par les sociétés secrètes, qui prétendait tout diriger, ou, tout au moins, tout contrôler. Le pape, qui voyait le péril, perdait peu à peu la confiance, qu'il avait eue jusque-là, de ramener à lui le peuple par ses bontés et de l'arra-

Agissementi

de lord

Palmerston

et de Mazzini.

Retour oflcnsii

de l'année autrichienn«.

Ministère

Mamiani

(avril i848).

Etrange

expédient

de nouveau

chef

du ministère.

I. BiXLEïDiBR, Ilist. de la Révolution de Rome, k. I, p. 17a,

cher ainsi aux sectes révolutionnaires. Mamiani, homme instruit. Son altitude lettré, poète romantique à ses heures, et qui admirait le dogme chrétien à la manière d'un philosophe éclectique, avait été accepté par Pie IX, qui le croyait capable d'accomplir une œuvre d'apaisement provisoire, et ne soupçonnait pas qu'il pût trahir jamais la cause du Saint-Siège. On eût dit cependant, durant le cours de son ministère, qui ne dura pas trois mois, que le comte Mamiani n'avait pas d'autre but que de provoquer, par tous les moyens en sa puissance, la guerre avec l'Autriche, le trouble dans les Etats romains. Tombé du

Sa chute pouvoir le 19 juillet i848, il profita de la longue crise ministérielle (iq juillet .... 111 i 1

i848). ^^^ suivit sa chute, pour soulever le peuple, non seulement contre le

gouvernement impérial, mais contre le pouvoir temporel du pape.

Son hostilité qu'il déclara incompatible avec la souveraineté et la liberté de l'Italie.

L'anarchie régnait partout. A Rome, au rapport de l'ambassadeur de

France, la police était impuissante à réprimer des désordres quoti-

L'anarchie diens S et les Légations, léc^iférant pour leur propre compte, se

dans les Etats , , . ° . .^ . ^ , 1 • , 1 ,

pontificaux, créant du papier-monnaie, instituant même des comités de salut public, se trouvaient presque séparées de fait du reste des Etats de l'Eglise.

De nouveau, « Dans ces tristes conjonctures, Pie IX tourna les yeux vers la f it a^^ 1 à la France. De toutes les puissances catlioliques, c'était celle dont le France S.?iril-Père pouvait invoquer le plus utilement l'appui. Dans les pre- (aou I 4 j n^iers jours du mois, d'août, il s'adressa directement au général Cavaignac, et sollicita de lui l'envoi à Rome de quelques milliei-s de soldats. Sous le gouvernement de Juillet, au mois de janvier précédent, alors que les périls étaient beaucoup moins graves, Guizot s'était préoccupé de préparer un pareil secours. La République, alors moins prévoyante, repoussa ce premier appel de Pie IX. Elle estima qu'une véritable intervention serait incompatible avec le rôle de médiatrice qu'elle s'était imposé en Italie 2,

u Opprimé par ses propres sujets, se croyant délaissé par la France, Pie IX ne perdit point courage. Il aurait pu se livrer à la

1. Dépêche de M. d'Harcourt à M. Bastide, du 4 septembre i848. Citée par P. ob tJL GoRCE, Ilist. de la seconde République, t. Il, p. 65. a. M, Bastide à M. d'Harcourt, aS août i848.

Révolution dans l'espoir de l'apaiser à force de sacrifices ; il aurait pu se rejeter en arrière, et demander aux puissances absolutiste?^ là consolidation de son trône. Loin de tomber dans l'un ou l'autre excès, il voulut, en dépit de ses mécomptes, tenter un dernier effort pour l'établissement d'un régime régulier, libéral et durable. Pour le seconder dans cette entreprise généreuse et bardie, il jeta les yeux sur l'ancien ambassadeur du roi Louis-Pbilippe, Pellegrino Rossi *. »

Le i6 septembre i8/i8, l'ancien bomme d Etat de la République MimMère helvétique, l'ancien professeur de droit constitutionnel à Paris, l'an- ^^ ^X'^rr^ cien représentant de la politique française à Rome, acceptait du pape 18A8). Pie IX la charge de trois portefeuilles r celui de l'inléiieur, celui de la police et, par intérim, celui des finances. Peu d'hommes étaient, à celte époque, plus versés dans la science théorique et pratique du droit public et du droit international. Les anciennes relations de Rossi ave« les carbonari l'avaient rendu suspect aux conservateurs, et ses négociations entreprises en vue de la suppression des jésuites en France lui avaient aliéné les sympathies des catholiques ; mais l'exercice du pouvoir l'avait progressivement assagi, et le Saint- Père, <( dans les mauvais jours qu'il venait de traverser, avait apprécié sa raison élevée et son dévouement » *,

Le pontife n'eut pas la douleur de voir ses espérances trompées. Le premier ministre choisi par Pie IX se donna à l'œuvre que lui confiait le pape avec un zèle qui n'eut pas de défaillance.

En acceptant la mission dont l'investissait la confiance de Pie IX, Le programme Rossi en comprit toute l'importance. Diplomate habile, adminis-

*■ ... . gouvernement

trateur distingué, le premier ministre des Etats pontificaux possédait du nouvei^u ces deux qualités caractéristiques de l'homme d'Etat : la perspicacité, niimsiere. qui voit du premier coup les mesures à prendre, et l'énergie, qui les fait exécuter promptement. Le 16 septembre, il présenta au pape son programme de gouvernement : au point de vue du maintien de l'ordre public, concentrer entre ses mains l'autorité et rendre à ses subordonnés la confiance et la force ; au point de vue militaire, confier le commandement suprême de l'arn^.ée à un général qui ne fût inféodé ni au Piémont ni à l'Autriche ; dans l'ordre des réformes économiques et sociales, répondre aux calomnies des ennemis de la papauté par une puissante impulsion donnée aux constructions de che-

I. I*. Di; r.A (ÎORCK, Hist. de la seconde République^ t. 11, p. 63-04, a. L. de Gaillahd, op. cit., p. -^3.

Irritation des sectes révolutionnaires.

Assassinat

de Rossi

(i5 septembre

Triomphe do l'émeute.

mins de fer, aux institutions scientifiques et à la liberté commerciale ; dans l'ordre de la politique intérieure, maintenir fermement les principes libéraux du Statut constitutionnel, mais en réprimant éncrgl(juement toute manifestation anarchique ; enfin, dans l'ordre de la politique extérieure, favoriser l'établissement d'une Confédération italienne, sans y donner une prépondérance aux Etats Sardes *.

Ce plan de gouvernement, hautement approuvé par Pie IX, jeta un désarroi momentané dans le camp des révolutionnaires. L'homme qui le proposait paraissait de taille à le faire triompher, à la gloire du Saint-Siège. Par là, les agitateurs perdaient le bénéfice de leurs longues conspirations. Une seule ressource leur restait : perdre, par une conspiration suprême, l'homme qui barrait ainsi la route à leurs sombres menées. La mort du comte Rossi fut décrétée par les sociétés secrètes ^.

Le i5 novembre i848, le premier ministre de Pie IX se rendait à la Chambre des députés, qui siégeait au palais de la Chancellerie, pour y développer le programme de sa politique. Par l'indiscrétion de quelques conspirateurs, peut-être touchés de remords, le secret du complot avait transpiré. La veille et le matin même, plusieurs lettres pressantes avaient adjuré le ministre de se tenir sur ses gardes. Il repoussa avec dédain ces avertissements. « La cause du pape est celle de Dieu, dit-il ; j'irai où m'appelle le devoir. » Il franchissait les premières marches du péristyle, quand un violent coup de stylet l'atteignit à la gorge. L'artère carotide fut tranchée. La blessure était mortelle. Rossi expira, après avoir reçu l'absolution du curé de San-Lorcnzo-in-Damaso.

Il y eut quelque chose de plus odieux que ce crime : ce lut le débridement des forces anarchiques, dont il fut le signal. Des foules en désordre parcoururent la ville en vociférant ; la veuve et les enfants de la victime furent insultés ; le soir, des illuminations célébrèrent la prétendue victoire du peuple. La garde civique ne fit rien pour s'emparer de l'assassin ni pour arrêter le cours de l'émeute ; à la Chambre, le président n'eut pas un mot pour flétrir l'attentat ; dans la presse, les modérés n'osèrent pas blâmer le crime, La secte

I . Les Etats Sardes comprenaient la Savoie, le Piémont et la Sardaigne, et avaient pour roi Charles-Albert.

3. Mazzini, dans une lettre qui lut publiée, déclarait cette mort indispensable. Cf. Deschamps, les Sociétés secrètes et la société, Ix^ édition, Avignon et Paris, 3 vol. in-8*>, t. H, p. 299 ; Lubiensk.!, Guerres et révolutions d Italie, ch. xn et xiii.

était maîtresse absolue de Rome. Le « Cercle populaire » prétendit imposer au pape l'exécution de son programme, et lui envoya une délégation à cet effet. Pie IX refusa d'abord. Des coups de feu furent tirés sur les fenêtres du palais du Quirinal. Un des prélats de la mai- f '^ ministère

,,^, ,. ,, .^. -la Mamiani.

son du pape, Mgr Palma, fut mortellement atteint. Au soir du ib no- ^icrhi

xin.

vembre, Pie IX, se voyant délaissé de tous, céda aux rebelles, pour Galetti. éviter de plus grands désordres, et déclara accepter un ministère où figureraient Mamiani, Sterbiniet Galetti.

C'étaient les trois idoles du jour, les instruments les plus actifs des sociétés secrètes, obéissant aux mots d'ordre de Mazzini. Nous connaissons Mamiani. Sterbini, qu'on a appelé le Marat de Rome à cause de sa laideur repoussante et de ses instincts brutaux, et Galetti, riiypocrite aux manières élégantes, au ton doucereux, qui, amnistié par Pie IX, avait multiplié ses protestations de dévouement jusqu'à l'importunité, représentaient tout ce qu'il y avait de bas dans la populace romaine. Pie IX était prisonnier de la Révolution.

Prisonnier, le Saint-Père l'était à la lettre. Car, en même temps Pie IX, que l'émeute l'avait obligé d'accepter un cabinet favorable aux révo- ^^'5e"k " lutionnaires, elle l'avait contraint à confier sa défense à la garde Révoluiion. civique, laquelle venait de pactiser ouvertement avec les insurgés. Mais les membres du Sacré-Collège, défenseurs-nés du Saint-Siège, et ceux du corps diplomatique, outrés des insultes prodiguées au souverain pontife, entreprirent de le délivrer. Une noble femme, Française de naissance et mariée à l'ambassadeur de Bavière, la comtesse de Spaur, conçut le plan d'une évasion, et contribua puissamment, par ses efforts personnels, à la réaliser. Le 24 novembre 18/I8, Pie IX, habillé en simple prêtre, sortit de son palais par une Evasion porte dérobée, et, sous la protection de l'ambassadeur de Bavière, se , ,® ^^ b rendit à Gaëte, dans le royaume de Naples, où le roi Ferdinand II lui i848^. présenta ses hommages et lui promit son secours.

Pendant les dix-sept mois que dura son exil, Pie IX accomplit L'eiil plusieurs actes d'une grande importance. Ciacte.

Dès le 27 novembre, il rédigea une protestation, déclarant nul et Proiesiailon

de nulle valeur tout ce que ses ennemis avaient fait à Rome depuis la , e le

^ ... . (^7 Hovemurt

mort du comte Rossi, et confiant l'administration des affaires à une i848}.

commissioii permanente nommée par lui '. Par la publication de ce

document, l'équivoque que les révolutionnaires avaient essayé d'en-

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