‹ Histoire générale de l'Église (volume 4)Chapitre 168 sur 374 · ChantreLjP. 6i-6a · texte numérisé non relu

ChantreLjP. 6i-6a

A. Ibid., p. 74.

5. Ibid., p. 74-77. Au mois de mars cependant on vit le pape se décourager et songer un moment à déposer la tiare (Marquis de Ségur, Vie de l'abbé Bernard, un vol. in-i2, Paris, i883, p io4.

vwî témoigna une grande confiance dans la direction des affaires temporelles. Ce prince de l'Eglise, qui ne fut jamais prêtre, ne s'occupa jamais des affaires 'proprement spirituelles que pour en transmettre la connaissance aux puissances étrangères ou à l'épiscopat. Mais, dans le gouvernement du domaine du Saint-Siège, il déploya une habileté Soa portnit, et une sagesse auxquelles tous les historiens impartiaux ont rendu hommage. Peu d'hommes ont été plus attaqués dans leur vie privée et dans leur vie publique. Sur cette dernière, qui appartient seule à l'histoire, M. Enaile Ollivier a apporté le témoignage suivant :« Les manières extérieures du cardinal Antonelli ne donnaient qu'une idée incomplète de son véritable caractère. A le voir courtois, familier, d'une constante égalité d'humeur, sans raideur ni emphase, tempérant toujours par un sourire la flamme de ses beaux yeux dominateurs, on eût dit un homme d'Etat souple, eu dehors, avant tout préoccupé de plaire et d'être admiré. En réalité, altier, impénétrable, opiniâtre, il était au nombre de ces grandes âmes, supérieures À la destinée et aux jugements mobiles des hommes, que n'émeuvent ni la louange ni le blâme... L'idée de rechercher une domination quelconque sur le chef de l'Eglise le révoltait. A quelqu'un qui lui proposait l'exemple de Richeheu, il répondit: «Richelieu servait un roi, qui est simplement un homme et ne dirige qu'un royaume ; moi, je sers le pontife, vicaire de Jésus-Christ, qui gouverne le monde chrétien. » Il savait peu ce que les livres contiennent ; mais il était très érudit dans la science que les choses apprennent, et il devait à l'acuité d'un esprit alerte et libre de ne rien ignorer de ce qui se devine, a Ne confiez pas ce projet, disait Gavour à un haut personnage français, à votre ambassadeur à Rome. Gardât-il le secret, Antonelli est si fin qu'il le devinerait *. » Antonelli venait de comprendre que les Etals de l'Europe étaient susceptibles de s'émouvoir de la situalion du pape à Gaëte, des menaces de la révolution à Rome, et que le moment était venu de faire un appel efficace à leur interventiou.

I. Emile Ollitibr, V Eglise et VElat au concile du Vatican, a vol. in-ia, Paris, 1879, t. I, p. 5oa-5o5. — La capacité diplomatique d'Anlonelli a été parfois mise en doute. Ou cite ce mot du comte d'Arnim, montrant, de la coui San Damaso, les fenêtres du Secrétaire d'Etat : <■ ba voilà, la grande incapacité méconnue. » (Louis Teste, Préface au Conclave, uti vol. in-ia, Paris, 1877, P* ^^)»

HISIOUIE GE.NliUALE DE L EGLISE

Attitude

(les cours européennei à la nouvelle (ies troubles survenus rlans les Etats pontificaux.

Généreuse

initiative

du général

Cavaignac.

L'émoi avait été grand en Europe, et même au delà, à la nouvelle de la fuite du pape à Gaôte. Tandis que les populations, touchées de cette grande infortune, faisaient parvenir au pontife exilé Tox.pression de leurs sympathies et le secours de leurs offrandes sponteuées, les gou\ernenients se préoccupaient des succès obtenus à Rome par les sectes révolutionnaires. On connaissait leurs ramilicalions cosmopolites, et l'on pouvait prévoir les contre-coups de ce triomphe dans les autres nations.

Dès le Lendemain de l'assassinat du comte Rossi, le chef du gouvernement français, qui était alors le général Cavaignac, avait eu un noble mouvement de générosité chevaleresque. «Aller au secours du pape, l'arracher aux factieux qui le tenaient captif, lui offrir l'hospitalité sur le sol de la France, l'amener à Marseille au milieu d'un peuple respectueux et agenouillé, ce n'était pas seulement reprendre la tradition de la politique nationale ; c'était, à la veille de l'élection présidentielle, rallier les suffrages des catholiques et grouper autour de soi toute cette masse flottante à qui plaît toujours une initiative hardie. Cavaignac était homme à comprendre ce rôle. Le 26 novembre, il alla droit à M. de Corcelles, dont il savait le zèle religieux, et lui confia la mission de se rendre à Rome, de pourvoir à la liberté du Saint-Père et de lui offrir 1 hospitalité sur le territoire de la République *. » Par son vote du 3o novembre, la Chambre française approuva ce projet. Une brigade de 3.5oo hommes, réunie depuis quelque temps sur le littoral de la Méditerranée, reçut l'ordre de s'embarquer pour Civita-Vecchia ; et le ministre des cultes, Freslon, se rendit à Marseille pour recevoir le pape. Mais la nouvelle de l'évasion du pape et de son heureuse arrivée sur le territoire napolitain parut rendre sans objet, pour le moment, la noble initiative de la France.

La note diplomatique du cardinal Antonelli posa de nouveau la question devant les chancelleries de l'Europe. Non seulement les puissances catholiques, mais les nations schismaiiqueset hérétiques, telles que la Russie et l'Angleterre, se montrèrent disposées à répondre

I. P. DE LA. GoRCB, Hist. de la seconde République, t. I, p. 178.

à .'appel de Pie IX ^. En France, l'élection à la présidence de fe République du prince Louis-Napoléon Bonaparte, le 10 décembre 18/18, sembla, un moment, compromettre la politiqued'intervenlion. Le fils du roi de Hollande avait, en i83i, pris part à l'insurrection des Romagnes contre le pape, et, depuis, il n'avait pas suffisamment désavoué cette coupable incartade. Le 3o novembre, à la Cham-bre, il s'était abstenu dans le vote relatif à l'expédition de Givita-Veocbia 2 ; et si, à la veille de l'élection présidentielle, il avait, par une lettre adressée annonce Fornari, désavoué son cousin Charles Bonaparte, prince de Canino, très mêlé aux agitations révolutionnaires de Rome, ce désaveu, paru à la veille du scrutin, avait eu trop l'air d'une manœuvre électorale pour constituer une sérieuse garantie. Au surplus, dans l'Assemblée constituante, la majorité républicaine se fût montrée nettement hostile à toute entreprise qui eût paru avoir pour efTet la restauration du pouvoir temporel du pape. L'extrêmedroite seule et quelques membres isolés des autres groupes eussent applaudi à ce projet. Dans le ministère, le comte de Falloux était seul à l'appuyer. Un incident nouveau parut devoir le faire éliminer définitivement. L'abbé Gioberti, le fameux auteur du Primaio, avait été appelé, vers It fin de 1848, à la présidence du Gonseil des ministres des Etats Sardes ; et sa première préoccupation avait été d'essayer de réaliser son rêve : rétablir l'union entre le pape et le peuple, en chargeant Gharles-Albert de constituer une Italie indépendante dans son existence, libérale dans ses institutions et unifiée sous le haut patronage du pontife romain. A défaut des princes italiens, qui accueillirent froidement ce projet, le premier ministre de la cour de Turin rencontra la plus grande sympathie à l'Elysée. Il était dans le caractère du prince Bonaparte, ami de l'ordre par politique, mais rêveur par nature, chimérique par tendance, et déjà épris de la théorie des nationalités, d'être facilement séduit par un pareil projet. Il y donna, sans hésiter, sa pleine adhésion.

Seul dans le cabinet, ne pouvant compter au Parlement que sur l'appui d'une faible majorité, le jeune ministre de l'instruction publique et des cultes, le comte de Falloux, se donna pour tâche de faire échouer le projet du ministre sarde, u Vouloir cacher la France

Louis- Napoléon Bonaparte, éla Président de la République

française

(10 décembre

Obstacles à

l'interventi.jn

française :

i«> le caraclcr© du princeprésident ;

a* les dispoii-

tions

de r Assemblée

constituante;

3° la politique

du

ministère ;

4» Finterreft-

tion de Gioberti.

Le comte

de Fatloux

combat éner-

giquement

les projets

du minisirs

sarde.

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