P. DE L*. GORCB, op. cit., t. II, f. 8o
2. Voir sa lettre du a décembre i848, parue le lendemain dans VUnivers. !a Presse et le Constitutionnel.
Progrès
de l'anarchie
dans les Etats
pontificaux.
Mazzini à Rome.
Défaite de
Tarmée sarde
i Novare
(a4 mars
Effet produit
par ces événements en France,
derrière le Picmont *, disait-il, c'est vouloir cacher ungcant derrière un roseau * » ; et il s'évertuait à montrer au prince-président, à ses collègues, aux chefs des partis politiques de l'Assenriblée, qu'une pareille entreprise ne pouvait procurer à la France que des dangers et des humiliations, sans profit d'aucune sorte pour compenser ces déboires.
Les événements le servirent, et ne tardèrent pas à ramener le prince, le cabinet, la Chambre elle-même, à la traditionnelle politique de la France dans ses rapports avec la papauté.
D'une part, l'anarchie devenait, à Rome et dans les Etats pontificaux, de plus en plus menaçante. L'élément romain s'était absorbé dans Télément italien el cosmopolite. Les pires représentants des sociétés secrètes s'étaient donné rendez-vous dans la Ville Eternelle, et ils y légiféraient sans contrainte. Un décret du 21 février 18^9 déclara propriété de la République romaine tous les biens ecclésiastiques. Quatre jours plus tard, unautredécrct frappa les riches d'un emprunt forcé, qui, suivant le chiffre des fortunes, variait entre le cinquième et les deux tiers du revenu annuel. Ce n'était plus le « Cercle populaire » qui gouvernait, c'étaient les délégués delà « Jeune Europe », de la «Jeune Italie », de la « Jeune Irlande », de tous les groupes qui dépendaient de Mazzini ; ce fut bientôt Mazzini lui-même, qui, arrivé à Rome, y fut accueilli avec les plus grands honneurs, reçut le titre de citoyen romain, et fut invité à siéger à la Chambre à côté du président.
D'autre part, l'Autriche, qui se sentait la première menacée par cette agitation, s'était hâtée d'intervenir. Le 21 mars, les troupes impériales franchirent la frontière italienne. Trois jours après, l'armée piémonlaise était écrasée à Novare *, et Charles-Albert, craignant que sa personne ne devînt un obstacle à une paix nécessaire, transmettait sa couronne à son jeune fils, Victor-Emmanuel II.
Ces événements eurent pour résultat d'imprimer une allure décisive à notre politique vis-à-vis de Rome. « On pouvait deviner que l'Autriche victorieuse ne résisterait pas 1 la tentation d'ajouter à ses succès celui de ramener le Saint-Père dans sa capitale. Or, si un tel événement se réalisait, c'en était fait de notre influence en Italie ; c'en était fait également de l'œuvre libérale que la France avait conseillée
I. On appelait déjà Piémont, le royaume de Sardaigne ou des Etats Sardes. Gd nom ne devait lui être donné officiellement qu'en 1860.
a. FiLLLOUx, Question romainey dans Mélanges poluiques, t. II, p. 178.
PIE IX ET LES ÉTATS PONTIFICAUX SBq
et que Pie IXavait essayé d'accomplir. On avait pu laisser TAutriche vaincre à Novare ; mais la laisser intervenir, au lendemain de Novare, dans la capitale du monde chrétien, c'était pousser trop loin la politique d'effacement. Il importait de se hâter, si l'on ne voulait être devancé. Dès ce moment, l'expédition de Rome fut décidée * . »
Le3i mars iS/ig, l'Assemblée nationale vota un ordre du jour au- ^"f^^^/ç^f^'^^^ lorisant le pouvoir exécutif à procéder à une « occupation partielle en Italie et temporaire n en Italie. Le soir du même jour, le général Oudinot ?3i^^a^3* gagna Marseille, pour y prendre le commandement des troupes déjà 1849). établies sur le littoral de la Méditerranée, et pour tout disposer en vue d'une descente en Italie.
Il n'était que temps. A Rome, Mazzini, chefd'un triumvirat qui comptait avec lui ArmellinietSaffî, organisait une vraie dictature ; et, tandis que les intrigues du Piémont, les menées de lord Palmerston et les menaces d'anciens compagnons du prince-carbonaro, tendaient à retarder l'intervention de la France, les Espagnols, les Autrichiens el les Napolitains se disposaient à intervenir de leur côté.
Le prince-président tenait à ne pas se laisser devancer par ces puissances. Son but, en effet, n'était pas seulement d'enlever le pouvoir à Mazzini pour le transmettre à Pie IX ; c'était aussi de neutraliser l'influence, trop absolutiste à son gré, des trois puissances, et ^ °"|?" d'assurer le maintien de toutes les réfonnes libérales introduites par écartantleplaa Pie IX jusqu'au i5 novembre i848 ^. C'est pourquoi il repoussa le propose plan, proposé par le pape, d'après lequel la France occuperait Civita- dirige Yecchia, la province de Spolète et celle de Pérouse ; l'Autriche, les *°°R^e '*^" Légations, jusqu'à Ancône ; l'armée napolitaine, les provinces de