P. DE LA. GORCE, Op. Cit., t. II, p
2. Des kislorieiis ont supposé, parallèlement à ces desseins, hautement avoues par le prince Louis-Napoléon Bonaparte, le but dissimulé d'obtenir, par la voie d'une modération hypocrite, la ruine du pouvoir temporel de la papauté ; et il* explicjiieut par là les ménagements que le prince aurait eus pour les partisans de Mazzini et pour Mazzini lui même (Créti:<eal-Jolt, lEglbe romaine en face de la licvulittion, t. Il, livre II ; Dbschamps, les Socictt's secrètes et la société, 4« édition, t. II, p 3oo 3i3) Mais il n'est pas facile délablir si les complaisances du Président de la llopublique française doivent être attribuées, comme le supposent ces auteurs, à une entente avec les loges maçonniq\ic9, ou si elles sont dues à la pression de son entourage, à des calculs de pure politique cl à de simples tendances libérales du prince.
Le g<5néral
Oudinot à
Civita-Vecrhia
(ag a\ril
Siège de Rome.
Emotion
de l'Assemblée
constituante
(7-8 mai
La mission
de Ferdinand
de Lesseps.
Velletri, de Frosinonc et d'Ascoli ; l'Espagne, Rome et ses environs. La France, acceptant l'action simultanée des puissances, mais non leur action combinée, prit pour objectif l'occupation de Rome et y dirigea, le plus rapidement possible, son armée.
Le 29 avril 1849, deux brigades françaises, commandées par le général Oudinot, entrèrent dans Civita-Vecchia sans coup férir. De là, le général adressa aux Romains une proclamation, concertée à Paris, dans laquelle il affirmait que « la République française voulait donner un éclatant témoignage de sasympatbie envers la nation romaine ». « Accueillez-nous en frères, ajoutait-il ; nous justifierons ce titre. » Le 3o avril, l'armée française était sous les murs de Rome. Oudinot avait espéré y entrer, comme à Givita-Veccbia, sans obstacle. Mais les triumvirs lui en fermèrent les portes, et confièrent la défense de la ville aux volonlairesde Gaiibaldi. Bien plus, une colonne de 260 hommes, prise dans un piège, dut se constituer prisonnière. Il fallut se résoudre à faire un siège en règle. Il importait cependant de devancer les autres puissances, qui avaient, à leur tour, franchi les frontières. Les Napolitains avaient pris Terracine ; les Espagnols occupaient les provinces de Rieti et de Spolète, et les Autrichiens, établis dans les Légations, commençaient à mettre la main sur les places pontificales du nord. Oudinot, pressé par les envoyés français, d'HarcourtetRayneval,attaquâlaville, leSoavril, avec 5. 000 hommes. Mais il fut repoussé. La nouvelle de cet échec, parvenue à Paris le 4 mai, jeta la stupeur parmi l'Assemblée, qui, dans une séance de nuit du 7 au 8 mai, « invita le gouvernement à prendre les mesures nécessaires pour que l'expédition d'Italie ne fût pas plus longtemps détournée du but qui lui était assigné ». C'est alors que Louis- Napoléon Bonaparte crut l'occasion opportune de prendre une initiative hardie. Sans demander, comme la Constitution le voulait, l'assentiment du Conseil d'Etat, sans consulter ses ministres, il écrivit au général Oudinot : y Notre honneur militaire est engagé ; les renforts ne vous manqueront pas » ; et le général Changarnier, pour souligner l'importance de cette lettre, la mit à l'ordre du jour de l'armée de Paris.
En même temps, un diplomate, qui venait de révéler, comme consul général à Barcelone, dans des circonstances difficiles, un remarquable esprit de décision et d'habileté, Ferdinand de Lesseps, fut chargé de négocieravec le gouvernement des triumvirs. La mission était hérissée de difficultés. Le libéralisme connu du plénipo-
tonlinire pouvait faire espérer que ses ouvertures ne seraient pas préalablement rejetées par les autorités romaines. Mais son rôle paraissait un démenti, presque une trahison, à l'égard des représentants des puissances, qui, depuis le 3o mars, délibéraient en congrès à Gaëte; à l'égard des armées autrichiennes, espagnoles et napolitaines, à qui la France avait promis une « coopération simultanée ». Do plus, des dissentiments éclatèrent entre le général Oudinot et le plénipotentiaire français. Par ailleurs, Mazzini, qui tenait sous son joug la population de Rome, opposait à tous les projets d'accommodements proposés par Lesseps un refus absolu. La ténacité
du diplomate parvint cependant à obtenir du dictateur que l'armée La convention ^ ' , T-. • ^ .j du 3i mai
d'Oudinot resterait dans les Etats romams, comme un contre-poids ,34^^
nécessaire aux forces autrichiennes, espagnoles et napolitaines. Par l'article i**" d'une convention conclue le 3i mai entre l'agent français et le triumvirat romain, l'Etat romain « considérait l'armée française conmie une armée amie, venant concourir à la défense de son territoire », et, par l'article 3, « la République française garantissait contre toute invasion étrangère les territoires occupés par ses troupes » .
Lesseps s'était-il laissé « séduire par l'habileté de Mazzini ou intimider par les fanfaronnades de Garibaldi », comme le suppose le comte de Falloux * ? Doit-on voir dans la convention du 3i mai l'exécution d'un plan concerté par la franc-maçonnerie, comme l'insinue le P. Deschamps ^ ? Le fait est que l'acte diplomatique signé par le plénipotentiaire français fut jugé inacceptable, comme opposé aux instructions précises qui lui avaient été données, et comme contraire aux intérêts et à la dignité de la France 3. Lesseps fut rappelé à Paris, et déféré au Conseil d'Etat, qui lui infligea un Lesseps blâme. Ecarté de la carrière diplomatique, il devait, dans la suite, ^** desavoué dépenser son activité dans une voie différente, et y acquérir une gouvernement Wtentissante célébrité. français.
Une Assemblée nouvelle venait de se réunir, le 28 mai 1849, ^^°* L'Assomblée la majorité venait d'être élue sur un programme catholique ou législative favorable au catholicisme. Dès le lendemain, le général Oudinot ' reçut l'ordre de reprendre les hostilités. Le siège de Rome fut aussi- Elle se montre tôt commencé, sous les ordres des erénéraux Oudinot et Vaillant. Le f.*^°"!!'':
° à 1 expcilitioa
de Rome.
I Falloux, Mémoires d'un royaliste^ l. I, p. ^5a, a. Desgha.mps, op. cit., t. Il, p. 807. 3, Falloux, lac. cil.
Entrée
de l'armée
française
à Rome
(3 juillet
Remerciements de Pie IX au colonel Niel.
Le pape diffère
son retour
à Rome.
L'extrémcgauche de la Chambre française attaque le princeprésident.
3 juin, par l'occupation du couvent de Saint-Pancrace et des villas Pampluli, Valentini et Corsini, les ennemis étaient délogés de tous les postes avancés qu'ils occupaient en dehors de l'enceinte. Les chefs du parti démagogique français tentèrent en vain de détourner le gouvernement de son expédition. Le i3 juin, au moment même où l'émeute grondait à Paris, le général Oudinot faisait aux assiégés une dernière sommation, puis poussait l'attaque avec vigueur. Le siège fut prolongé par suite des recommandations faites à l'artillerie de ménager les monuments de la Ville Eternelle. Enfin, le 29 juin, fête de la Saint-Pierre, un assaut général permit à l'armée française de s'emparer du sommet du Janicule, et de s'y installer solidement, dominant la ville. Le 2 juillet, les triumvirs durent se rendre sans conditions. Le 3, l'armée française entra dans Rome. Garibaldi, en fuite avec ses troupes à travers l'Apennin, fut traqué par les Napolitains et les Autrichiens. En même temps, le colonel Niel, chef d'état-major du génie, partait pour Gaëte, afin de remettre au pape les clés de sa capitale pacifiée. Pie IX reçut avec émotion le vaillant soldat, et lui dit : « La France ne m'avait rien promis, et pourtant c'est sur elle que j'ai toujours compté. Je sentais qu'au moment opportun, la France donnerait à l'Eglise son sang, et, ce qui est plus difficile, ce courage contenu auquel je dois la conservation de ma ville de Rome* ».
Toutefois Pie IX ne jugea pas à propos de rentrer aussitôt dans sa capitale. Il se contenta d'y envoyer une commission de trois cardinaux, chargés de prendre en son nom les mesures les plus urgentes. Par cette tactique, le pape voulait ménager les susceptibilités des cours de Vienne, de Madrid et de Naples, qui n'avaient cédé quà regret à l'armée française le rôle décisif, et qui désiraient se ménager, après l'action militaire de la France, une action diplomatique ; mais -ce retard donna le temps aux partis avancés de la Chambre française de formuler des plaintes amères contre la politique du prince-président, qu'on accusait d'avoir outrepassé les intentions de la représentation nationale dans l'expédition de Rome. Ce fut pour mettre fin à ces op|X)sitions et pour donner des gages aux partis extrêmes que Louis-Napoléon, sans consulter ses ministres, et sachant même qu'il allait à l'encontre des idées de la plupart d'entre eux, fit, une fois de dIus, un de ces actes où se pressen-