‹ Histoire générale de l'Église (volume 4)Chapitre 172 sur 374 · CuA.MTR8L, Annales, p · texte numérisé non relu

CuA.MTR8L, Annales, p

LoTii»-

Napoléon

désavoue

la publication

et le caractère

ofiBciel

de la lettre

à Edgard Nej.

Energiques

déclaration»

de Thiers

en faveur du

respect

du pape.

Discours de Montalembert

sur

l'expédition

de Rome

( 1 9 octobre

une Consulte d'Etat, ayant voix délibéra tive sur les questions financières. Les membres de la Consulte seraient choisis par le pape sur une liste dressée par les Conseils provinciaux. Le Motu proprio assurait, de plus, des libertés provinciales et communales étendues, et annonçait la réforme des lois civiles et judiciaires *.

Louis-Napoléon commençait à se rendre compte de l'inopportunité de sa lettre à Edgard Ney. Le 10 septembre, une note officielle du Moniteur déclara que « la publication de cette lettre avait été purement officieuse », qu'elle « excluait toute espèce de publicité» *. Le 18 octobre, le rapporteur de la commission chargée d'examiner une demande de crédit pour l'expédition de Rome, Adolphe Thiers, fil un long historique de la question sans nommer même la malencontreuse missive. Au sein de la commission, il eut, en faveur du pape, des paroles chaleureuses, qui excitèrent l'admiration des catholiques. « Nous ne pouvons pas, s'écria t-il, faire violence au pape. Pourquoi? Parce qu'il est fort ? Non, mais au contraire parce qu'il est faible. Savez-vous ce que vous seriez, si vous faisiez violence au pape ? Vous ne seriez pas seulement un soldat battant un prêtre, ce qui est lâche et vil ; vous seriez un homme battant une femme, et il n'y a pas de nom pour cette indignité-là. » Au cours de la discussion, Alexis de Tocqueville, ministre des affaires étrangères, déclara, au nom du gouvernement, qu'il acceptait la lettre du président, mais qu'il trouvait dans le Mota proprio du pape des garanties suffisantes.

Les passions étaient surexcitées. Au cours de la séance du 19 octobre. Victor Hugo, se séparant de la majorité dont il avait fait partie jusque-là, attaqua violemment la politique et Thistoire du gouvernement pontifical. Montalembert lui répondit par un de ses plus magnifiques discours. « L'histoire, s'écria-t-il, dira que, mille ans après Charlemagne et cinquante ans après Napoléon, la France est restée fidèle à ses traditions et sourde à d'odieuses provocations... Savez-vous ce qui ternirait à jamais la gloire du drapeau français ? Ce serait d'opposer ce drapeau à la croix ; ce serait d'échanger le rôle et la gloire de Charlemagne contre une pitoyable contrefaçon de Garibaldi. » Puis, reprenant et amplifiant la comparaison de Thiers : « Quand un homme est condamné à lutter contre une

I. Gba.ntrbl, Annales j^. 84-85 a. Moniteur du 10 septembre i84'

PIE IX ET LES ETATS POiNTIFIGAUX

femme, si cette femme n'est pas la dernière des créatures, elle peut le braver impiinémeût. Elle lui dit : Frappez, mais vous vous déshonorerez, et vous ne vaincrez pas 1 Eh bien 1 l'Eglise n'est pas une femme ; elle est bien plus qu'une femme, c'est une mère 1 C'est la mère de l'Europe, c'est la mère de la société moderne, c'est la mère de l'humanité moderne I. » « A ces mots, disent les journaux du temps, des applaudissements éclatèrent, tels qu'on n'en a sans doute jamais entendus dans une assemblée délibérante ^ »

Le 12 avril i85o. Pie IX fit dans la Ville éternelle son entrée triomphale. Le 17 du même mois, il écrivit au général Baragueyd'Ililliers, commandant en chef du corps expéditionnaire d'Italie : « Il est doux à mon cœur d'exprimer les sentiments de vive gratitude que je professe pour la nation française, qui n'a épargné ni ses fatigues ni son sang pour assurer au Vicaire de Jésus-Christ son indépendance ^. » Il avait déjà écrit au général Oudinot : « Le triomphe de l'armée française a été remporté sur les ennemis de la société humaine ^. » Ce jugement du souverain pontife doit être le jugement de l'histoire.

Rentrée

triomphale

de Pie IX

à Rome

(la avril

I. Tout le discours est plein de traits d'une verve merveilleuse. Le disccuri de Victor Hugo, à qui 1 orateur répondait, avait été vivement applaudi par l'extrêmogauche, « Messieurs, dit Montalembert en débutant, le discours que vous venex d'entendre a déjà reçu le châtiment qu'il méritait dans les applaudissements qui l'ont accueilli. » Des murmures et des protestations violentes interrompent l'orateur. Le président Dupin lui fait observer que son expression n'est point parlementaire. Montalembert reprend : (( Puisque le mot de châtiment vous blesse, meslicurs, je le retire, et j'y substitue celui de récompense ^ (Mowtaljembert, Œuvres, t. III, p. 254).

a. Gh\ntrel, Annales, p. 96.

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