PIE IX ET L ÉGLISE DE FRANCE
il en fallait si peu ! « Assez seulement pour payer les frais de composition et de tirage du premier numéro, et, en mettant les choses au pis, des cinq ou six suivants K » Le reste était l'affaire des abonnés. Vers les premiers jours de mars 18/18, le P. Lacordaire, après une e.ilente avecOzanam et labbéMaret, donna, au Cerclecalbolique, une conférence sur la situalion des esprits, au cours de laquelle il comm iniqua le projet de fonder une feuille quotidienne. Une souscription fut ouverte séance tenante, et s'éleva à la somme de onze mille cinq cents francs. Le nom d'Ere nouvelle fut donné par acclamation a-i nouvel organe des catholiques 2. Quelques jours après, un prospectus, tiré à 5o.ooo exemplaires, exposait l'esprit du journal, a II y a aujourd'hui, disait-on, deux forces victorieuses : la nation et la rehligion, le peuple et Jésus- Christ. Si ces deux forces se divisent, nous •sommes perdus ; si elles s'entendent, nous sommes sauvés. Elles peuvent s'entendre si l'Eglise travaille au bien de la nation et si la nation consent au bien de l'Eglise 3. » Cette déclaration était signée : Lacordaire, Maret, Ozanam, Charles de Coux, Lorain, Charles Sainte- Foi L'abbé Gerbel et l'abbé Cœur allaient bientôt se joindre aux premiers rédacteurs. Une crainte pouvait arrêter les adhésions : celle de voir ressusciter, sous une nouvelle forme, le journal l'Avenir. Une 1 ttre de Mgr Affre, datée du 16 avril, vint rassurer les consciences. « Non seulement, disait le prélat, je suis complètement rassuré contre 1( danger d'une prétendue résurrection de l'Avenir, mais je sais que vous combattrez efficacement ce que les théories de ce journal ont eu de répréhensible *. » Effectivement, Lacordaire, réfutant ses articles de l'A ueAifV, exposa les raisons pour lesquelles on devait conserver le budget des cultes.
Ij'Ere nouvelle obtint un succès considérable. Le 26 mai, elle
comptait 3.200 abonnés ; en juin, elle tira jusqu'à 20.000 exem-
; ])!aires.„Le nouveau journal faisait une place de plus en plus grande
• aux questions sociales, u Les tiiéories politiques, disait-elle, n ayant
|) ;s produit les félicités promises, l'infatigable pensée demande une
a itre solution au problème de l'harmonie sociale. » Cette solution,
î. Edmond Biré. la Presse royaliste de 1830 à i8ô2, Alfred J\'etlemeit, sa vie et 9es œuvres, un vol. in 8», Paris, 1901, p. 306
a. G. Bazik, Vie de Mgr Marcl, 3 vol. in 8 , Paris, lîSyi, l. I, p 227 aa8. M. l'abbé Bazin revendique pour ,1 abbé Maret l'initiative de reniie[>rise. Quoi qu'il en soit, Ozanam eut le principal rôle dans la rédaction du nouveau journal.