‹ Histoire générale de l'Église (volume 4)Chapitre 182 sur 374 · Ibid., p, aSo · texte numérisé non relu

Ibid., p, aSo

4 Ibid., p. a32-233.

Fondation de l'Ere nouvelle.

Esprit du nouveau

journal

En quoi

il se distingue

de l'Avenir.

Son

programmt

social.

Les journées de juin 1848.

Rôle d'Ozanara

et de ses amis au milieu

de l'émeute.

Mort de Mgr Affre.

les ardents journalistes la voyaient d'abord dans l'association, dominée par la religion. « Nous avons, disaient-ils, les moines de la science, de l'apostolat, des hautes classes ; il nous faut des moines du travail, de l'industrie, des classes laborieuses. » Ils projetaient aussi de fonder une école sociale catholique. « La science sociale, disaient-ils, parfaitement chrétienne dans son but, a été inaugurée par l'impiété... Il serait urgent de former nous-mêmes une école sociale. On réunirait dans un même foyer tout ce qu'il y a de bon, de vrai, de juste, dans les productions économistes et socialistes, et là s'analyseraient, se jugeraient sérieusement et impartialement tous les ouvrages de ce genre. Nous adjurons tous les économistes catholiques, les membres des sociétés charitables de s'entendre pour arracher aux sectes hétérodoxes le pouvoir dangereux qu'elles amassent par leur active propagande *. »

Les journées de juin portèrent un coup terrible à l'Ere nouvelle. Cette bataille de cinq jours souleva l'opinion générale, non seulement contre les socialistes, mais contre tous ceux qui se plaçaient sur le même terrain, fût-ce pour les combattre et les supplanter. Ce que ÏEre nouvelle avait appelé « le parti de la confiance » commença è se disloquer. Beaucoup de catholiques, suivant le mouvement général, se tournèrent vers l'autorité plus que vers la liberté. Certes, Ozanam et ses amis avaient eu, au fort de l'émeute, un rôle courageux et glorieux. C'est à leur initiative que fut due l'héroïque démarche de l'archr vêque de Paris, entreprenant de se faire médiateur au milieu de l'effroyable guerre civile. C'est accompagné d'Ozanam, deCornudet et de Bailly, que Mgr Affre alla prévenir le général Ca« vaignac de sa périlleuse tentative ; c'est avec eux qu'il prit la route des quartiers insurgés ; et, s'ils durent le laisser s'avancer seul vers les barricades, ce ne fut que par obéissance à l'ordre du prékt, qui voulut se présenter seul, pour que sa présence eût une apparence plus pacifique. La mort du prélat, tué d'une balle devant une barricade du faubourg Saint-Antoine, au moment où, tenant en main la promesse de grâce, il commençait i incliner les coeurs à la conciliation, fut, pour bien des catholiques, comme un nouveau grief à la charge des masses populaires. Cet attentat sembla symboliser le péril de la société chrétienne, assaillie par la barbarie socia-

i.G. B^zin, Vie de Mgr Maret, t. I, p. agd-agS. Voir dans les Œuvres complètes d'Ozanam, t. VII. plusieurs fragments de ses articles parus dans VEre nouvelle, eu particulier une étude philosophique et historique sur les Origines du socialisme

PIE TX ET L'éOLlSE DE FRANCE

liste. Le P. Lacordaire estima que l'intérêt de son Ordre et celui de sa prédication lui faisaient undevoird'abandonner la responsabilité dû r^re Aiouye//^, sans lui retirer son affection. Montalembert publia, dans VA ml de la Religion, un article assez amer, où, sans nommer VEre nouvelle, il la visait assez clairement, en parlant des catholiques qui s'étaient faits, «non pas certes des complices, mais des dupes des aberrations socialistes » ' ; et Veuillot, plus directement, accusa VEre de pactiser avec les phalanstériens, d'entretenir de bonnes relations avec le gouvernement, bref, de prêcher la conciliation à l'Eglise, cf qui n'agit qu'en vertu d'un dogme, dont elle ne peut rien retrancher, rien distraire » ^. Finalement, un légitimiste, La Rochejaquelein, se rendit acquéreur du journal, et le fît disparaître 3. En 187 1 , au lendemain des massacres de la Commune de Paris, deux officiers français, le comte de Mun et le comte de La Tour du Pin, devaient reprendre, sur des bases plus larges et plus sûres, l'œuvre ébauchée en i848 par Lacordaire et Ozanam.

Fin de VEre nouvelle.

Si l'insurrection de juin avait eu le résultat fâcheux d'interrompre la généreuse tentative d'Ozanam sur le terrain des réformes sociales, elle eut l'heureuse conséquence de donner un nouvel essor à la campagne entreprise parles catholiques en faveur delà liberté d'enseignement. Non point que, dans cet assaut contre le monopole universitaire, l'union ait toujours régné entre les défenseurs de l'Eglise. Les conflits, au contraire, y furent ardents et nombreux. Mais, chez les uns comme chez les autres, l'élan fut si magnifique, et l'Eglise se révéla si apte, par ses croyances et par sa hiérarchie, à combattre le péril révolutionnaire, que tous les hommes ayant souci de l'ordre et de la morale dans la société n'hésitèrent pas à lai accorder le droit d'enseigner la jeunesse.

Les tragiques journées de juin avaient eu trois effets immédiats : elles avaient convaincu les plus insouciants de It réalité du danger ré-

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