‹ Histoire générale de l'Église (volume 4)Chapitre 183 sur 374 · I. Ami de la religion du a3 octobre i · texte numérisé non relu

I. Ami de la religion du a3 octobre i

a. L Veuillot, Mélangei, t. I, p. 20.

3 Bazin, op. cit., p. 355. Sur le mouvement social catholique en i848, voir H. JoLY, le Socialisme chrétien, un vol., Paris, 1892. Sur la presse catholique' et la presse socialiste de 18^8 à i85a, voir Hatin, Bibliographie de la presse périodique française, un vol. in-80 Parif, 1866, p. 436-525.

La questi'^n de la liberté d'enseignement.

Le corn te de Falloax.

ÏITSTOFRE GENERALE DE L EGT.TSE

U accepte le portefeuille de riaslruction publique, à la condition de travailler à établir lu liberté d'enseignement.

volulionnaire ; elles avaient montre le clergé sous un jour de plus en plus sympalliique au peuple ; enfin elles avaient mis en évidence l'énergie et le sang-froid d'un jeune député légitimiste du Maine-et- Loire, catholique ardemment convaincu, le comte Alfred de Falioux. A la date du i5 juin 18/18, le marquis de Normanby, ambassadeur d'Angleterre à Paris, écrivait dans ses notes : « Au milieu du naufrage de tant de réputations, il en est une qui, dans ce moment, commande en maîtresse à la tempête. M. de Falioux a montré un calme et une énergie qui lui ont assuré un ascendant parmi ceux mêmes chez lesquels son nom n'éveillait auparavant aucune sympathie *. » Et le chroniqueur de la Revue des Deux Mondes écrivait à son tour : « Celui-là pourrait aller bien loin. Il a de la mesure, du tact, du sang-froid, et, dans sa grande mine, l'air d'un fils des croisés *. » Quand, au mois de décembre 18/48, le prince Louis-Napoléon, nouvellement élu président de la République, proposa au comte de Falioux le portefeuille de l'Instruction publique, celui-ci se sentit assez fort pour poser ses conditions : il travaillerait à faire aboutir un projet de loi sur la liberté d'enseignement ^, Le prince consentit d'autant plus volontiers qu'il désirait alors l'appui des catholiques. D'ailleurs la cause de la liberté d'enseignement avait gagné du terrain depuis quelque temps. L'abbé Dupanloup venait d'y gagner l'un des hommes politiques les plus influents du centre gauche, Adolphe Thiers. « Cousin, Cousin, disait l'ancien ministre de Louis-Philippe au célèbre universitaire, l'abbé a raison. Oui, nous avons combattu contre la justice, contre la vertu, et nous leur devons réparation*. » a Je ne vois de salut, écrivait-il, que dans la liberté d'enseignement, que dans l'enseignement du clergé. Notre ennemi, c'est la démagogie. Je ne lui livrerai pas le dernier débris de l'ordre social, l'établissement catholique ^. »

Le ministre de l'Instruction publique agit avec décision et promp-

1. Marquis de Norma.nby, Une année de Révolution, a vol., Paris, 1860, t. II, p. 57.

S. Revue des Deux Mondes du 3o septembre i848. * 3. Falloux, Mémoires d'un royaliste, t. I, p. 89 1-899.

/i, Thureau-Dangim, V Eglise et VEtat sous la Monarchie de Juillet, p. 483.

5. Parmi les initiatives privées qui avaient favorisé la cause de la liberté d'enseignement, il faut mentionner celle de l'abbé Emmanuel d'Alzon, qui, depuis 1843, mettait sa jeunesse, sa parole, son ardeur, sa brillante fortune au service de cette cause, et avait créé à Nîmes, sous le titre du collège de l'Assomption, un des plus beaux collèges du Midi. Voir Mgr Besson, le t\. P. d'ALZON, dans la collection Les Contemporains. (CEuvre de la Bonne Presse.)

PIE IX ET l'Église de frange 879

tilude. Dès le 4 janvier 1849, ^^ nomma deux commissions extra- ^ ''P^^^^^j^^^^' parlementaires, chargées d'étudier toutes les questions relatives, ji},crié d'eal'une à l'instruction primaire, l'autre à l'instruction secondaire K seignement. Trois mois après, un i)rojet de loi était présenté. Ce projet : i** déclarait l'enseignement libre ; 2° transformait le Conseil de l'Université en Conseil de l'instruction publique et y admettait des représentants de l'enseignement libre : évêques, rabbins, pasteurs et laïques; 3" reconnaissait le droit d'enseigner soit aux individus, soit aux associations. Sous ce dernier terme fallait il comprendre les congrégations religieuses, reconnues ou non reconnues ? Les auteurs du projet n'avaient pas voulu se prononcer ; mais on savait, parles discussions qui avaient eu lieu dans la commission, que les commissaires n'avaient pas voulu exclure les jésuites. En retour de ces concessions, l'Etat se réservait : 1" la collation des grades universilaires ; 2**un droit d'inspection sur tous les établissements d'instruction, y compris les petits séminaires.

Ce projet eut pour effet immédiat de provoquer les récriminations Oppositions les plus violentes . des partis d'extrême-gauche et d'extrême-droite. ^^ fg proLt 'Du côté de l'extrême gauche, on s'écria que « la France était livrée aux jésuites », que « le moyeu âge renaissait ». Du côté de l'extrêmedroite catholique, on reprocha au projet : i" de disposer des droits de l'Eglise sans l'assentiment de l'Eglise elle-même^; 2° de ^donner à l'Eglise, non pas la liberté, mais une faible part du mono- «pole universitaire ^ ; 3° de faire siéger des évêques, au Conseil de 1 l'instruction publique, à côté des rabbins et des pasteurs *.

Le projet Falloux (c'est ainsi qu'on l'appela) était défendu par Ses

îles partis du centre. « Nous n'avons pas pensé, écrivait l'abbé Du- défenseurs, panloup, que le moment fût venu, s'il doit jamais venir, de dire : Tout ou rien... L'Eglise peut affronter des périls, elle ne doit Dupanloup.

I. H. de Lacombb, les Débats de la Commission de f8ù9, nouvelle édition, un 'vol, in-13, Paris, 1899, p. 11-12.

a. (( Ce projet de loi avait le tort très grave de disposer de l'Eglise sans son assenlimenl. » (Eugène Vllillot. Louis VeuUlot, t. II, p. 350 )

3. w Qu avons-nous demandé ? La liberté. Que nous olTre le projet? Une faible part du monopole, u (Louis Veuillot, dans l'I/nfuers du 29 juin 1849.)

4. (( Les auteurs du projet de loi avaient décidé que des évêques figureraient dans les conseils au même litre que des protestants et des rabbins. Il }• avait \k, pour les catholiques, motifs à réclamation. » (E. Vemllot, op. cil., t. II, p. 356 ) « On veut pousser 1 Eglise, disait Mgr Pie, à faire alliance avec le grand parti du rationalisme conservateur. L'Etat-Dieu est encensé par tous, et Jésus-Christ n'est plus qu'un des demi-dieux rangés autour de son autel. » (Baunard, Ilist. ducard. Pie,

Thierf,

Dom Guéranger,

jamais courir des aventures *. » Thiers, se tournant vers les catholiques, leur disait : « Si vous vous obstinez à outrepasser notre projet de loi, notre laborieux ouvrage échouera. Je le regretterai pour la religion, pour l'Etat, pour la société tout entière. » Puis, se retournant vers les universitaires, il les suppliait en ces termes : « Gomment î le projet laisse à l'Université la juridiction, la collation des grades et l'inspection, et vous vous plaignez ^ 1 n Tous les amis de l'Univers, d'ailleurs, ne souscrivaient pas aux critiques amères de Louis Veuillot. L'Abbé de Solesmes, dom Guéranger, écrivait : « Le monopole est aboli, l'Université est entamée sans retour ; et, au lieu de nous féliciter de ces avantages, nous les dédaignons, et nous risquons de prolonger sans fin un régime qui a fait tous les maux de l'Eglise et de la société I... Dans notre contrée, tous lisent et AÎmentV Univers ; mais les membres les plus intelligents du clergé se séparent expressément, sur ce point, de la manière de voir de leur journal ^. « Le P. de Ravignan, (out en critiquant, comme Dom Guéranger, certaines dispositions du projet de Ici, exprimait des sentiments semblables *.

Ouverture ^^^ débats s'ouvrirent à l'Assemblée législative le i4 juin i85o '.

des débats Le projet de loi fut attaqué, du côté srauche, par Barthélemy-Saintà la Chambre „., . ^ ,,. tt t • .m

(i4 janvier ndaire et par Victor Hugo. Le premier orateur s éleva contre le i85o}. principe de la liberté d'enseignement : i° au nom de l'Etat et de l'Université, dont la loi proposée « serait, dit il, une sorte de destruction 6 » ; 2° au nom des principes de 89, c'est-à-dire, dit -il, « de l'esprit même du siècle, de ses œuvres, de ses espérances et Intervention ^^ ^es principes'^ ». Victor Hugo agita le spectre clérical. H com-

de mença par déclarer qu'il voulait la religion, qu'il voulait « faire

Victor H igo. , ^ , . ^ , . , ,

lever toutes les têtes vers le ciel », que « la croyance en un monde

I. Lagra^ngb, Vie de Mgr Dupanloup, t. II, p. 5o5. a. Ibid., p. 5oa.

3. Dom Guéranger, Lettre du 21 juillet 1849, dans l'Ami de la Religion du 28 juillet 1849, t. GXLII, p 254.

4. Lecanuet, Montalemhert . II, 476 ; P, de Ponlevot, Vie da P. de Ravignan^ t. II, ch. XX ; H. de Lacombe, 0/). cit., p. 334 335.

5. Le comte de Falloux venait de donner sa démission pour cause de maladie, et était remplacé au ministère par M. de Parieu.

Page 1