Ibid., p. 453, col
Discours de TLiers,
Vote de la loi (i5 mars
fait la guerre, et je l'ai aimée... Mais j'ai pensé qu'en présence du danger commun, en présence des dispositions que je rencontrais chez des hommes que nous avions été habitués à regarder comme des adversaires, le premier de nos devoirs était de répondre à ces dispositions nouvelles '. » Thiers avait à se justifier d'un reproche semblable vis-à-vis de ses amis de la gauche. Il le fit avec cet esprit familier, un peu terre à terre, mais pétillant, souple et primesautier, qui lui était habituel. « Oui, déclara-t-il, oui, en présence des dangers qui menacent la société, j'ai tendu la main à ceux qui m'avaient combattu, que j'avais combattus ; ma main est dans la leur; elle y restera, j'espère, pour la défense commune de cette société qui peut bien vous être inditférente, mais qui nous touche profondément ^. » Et, comme il avait été longuement question des jésuites : « Maintenant, dit-il, je passe aux jésuites. (A gauche : C'est fait depuis longtemps.) Les jésuites rentreront. Et je vous demande comment, au nom de vos principes, vous les empêcheriez de rentrer. Un individu se présente, vous apportant les deux preuves exigées de capacité et de moralité. Il n'y a plus rien à lui demander. Vous ne pouvez rien lui demander de plus. Cela ne se peut pas... On me dit, je m'y attendais bien, que nous aurons à examiner ce point lors de la loi sur les associations. Soit. Seulement, permettezmoi de vous dire que je vous y attends, à ce jour-là, pour savoir comment vous vous y prendrez pour interdire les jésuites, vous 1 vous 3 !» Le Moniteur signale, à ces mots, une longue hilarité.
La loi fut votée le i5 mars i85o, à une majorité de Sgg voix contre 287 *. Le lendemain, Louis Veuillot écrivait dans V Univers : « Qu'il soit bien entendu que cette loi n'est pas notre ouvrage... Cette loi n'est, à nos yeux, que la forteresse restaurée et agrandie du monopole... C'est un compromis plein de pièges, un pacte avec des adversaires à la loyauté desquels nous ne croyons pas. » Mais l'article se terminait par cette chrétienne et méritoire déclaration : « Nous sommes prêts à défendre la loi, si nous nous sommes trom-
1. Moniteur du 18 janvier i85o, p. 199, col. 3 ; Montalemsert, Œuvres, t. III, p. 573.