PIE IX ET L ÉGLISE DE FRANGE
Nîmes, Donoso Cortès, récemment converti au catholicisme, et surtout le rédacteur en chef de l'Univers, Louis Veuillot, s'en firent les ardents défenseurs. Mais les jésuites, dont l'abbé Gaume combattait les traditions scolaires, l'évéque de Chartres, Mgr Clausel de Montais, que nous avons vu défendre avec tant de fougue les idées de Y Univers dans la lutte contre le monopole universitaire, et Mgr Dupanloup, récemment nommé évêque d'Orléans, se rencontrèrent pour combattre les doctrines du Ver rongeur. La polémique fut des plus vives. « C'est l'affaire la plus chaude, a écrit Louis Veuillot, où je me souvienne d'avoir passé*. » Le 19 avril i852, l'évéque d'OrléanS écrivit à son clergé une lettre très vive pour lui recommander de faire une place, dans les études de la jeunesse, aux classiques de l'antiquité profane 2. Dans trois longs articles, parus les 7, 8 et lo mai suivants dans l'Univers, Louis Veuillot dirigea contre l'écrit du prélat les traits les plus ironiques. La lutte entre ces deux hommes, qui, dès le début de leurs relations, avait été et qui, dans la suite, devait rester presque sans relâche et, pour ainsi dire, instinctive, fut si aiguë, qu'elle dépassa le domaine de la question scolaire, qu'elle se présenta, pour les uns, comme la lutte de l'élément laïque contre l'épiscopat ; pour les autres, comme le combat du vieux gallicanisme contre l'esprit romain. L'ensemble du clergé et des catholiques de France se trouva divisé. Le journal F Univers fut même interdit, à cette occasion, à tous les professeurs des séminaires du diocèse d'Orléans, pour avoir usurpé sur l'autorité épiscopale 3. Malgré tout, la polémique, avec ses vivacités regrettables, aboutit à un véritable bien. L'attention publique fut éveillée sur la grande question de l'éducation. L'étude des auteurs chrétiens, que l'Université n'avait pas complètement dédaignée, puisque Villemain avait publié en 1849 son beau livre sur l'Eloquence chrétienne au IV^ siècle *, fut remise en honneur. L'abbé Gorini publia ses remarquables extraits des Pères ^, prélude de ses beaux travaux historiques sur la Défense de l'Eglise, L'Université de France, de son côté, fit
Lei défenseur»
des
classiques
profanes.
Vivacité et ampleur
de la polémique.
Heureux
résultats de la
controverse.
I. E. Taverî^ibr, Louis Veuillot, un vol. in-13, Paris, 1918, p. 3o i. — On doit compter aussi, parmi les partisans des humanités classiques', l'abbé Landriot, depuii évêque de la Rochelle, puis archevêque de Reims, et Charles Lenormànt. Le P. Daniel .prit la défense des méthodes des jésuites.
a. Ami de la religion, t. GLVI, p. a53.