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CHAPITRE X

PIE IX ET LES DIVERS ÉTATS DE l'eUROPE PENDANT LA PREMIERE PAUTIB DE SON PONTIFICAT (l 846-1 855).

Le mouvement libéral

en Europe.

Sou caractère

équivoque.

Gomme les Etats pontificaux et comme la France, les divers Etats de l'Europe, et principalement l'Italie, l'Autriche, la Prusse, la Suisse, l'Angleterre, la Hollande, la Belgique, l'Espagne, avaient été plus ou moins agités vers l'année i848. Là aussi, le mouvement libéral s'était montré équivoque, plein de malentendus, mêlé de mal et de bien. Ce n'est qu'en l'étudiant en particulier dans chaque Etat, qu'il est possible d'en déterminer les véritables éléments, d'en discerner les propres caractères.

La situation jîolilique en Italie.

Altitude

religieuse

des

divers £ ta ts.

La situation politique de l'Italie était aussi complexe que sa situation religieuse. Le royaume de Lombardie-Vénétie, rattaché à l'Autriche, et les duchés de Parme, de Modène et de Lucques, placés sous la protection exclusive de la cour de Vienne, aussi bien que le royaume des Deux-Siciles, plus jaloux de son indépendance à l'égard de l'étranger, et que le grand-duché de Toscane, qui suivait une politique équivoque, étaient, par leurs constitutions, par leurs origines, par les princes qui les gouvernaient, ennemis-nés de la Révolution. Mais l'esprit de méfiance envers le Saint-Siège et les traditions d'ingérence dans les affaires ecclésiastiques, que Joseph II d'Autriche et Léopold II de Toscane avaient propagés à la fin du dernier siècle, leur survivaient encore dans les cours de ces divers Etals.

Naples n'avait pas cessé de se prévaloir des prétendus privi-

PIE IX ET LES DIVERS ÉTATS DE l'eUROPE

lèges de la « moaarcliie sicilienne^ », et Florence ne se résignait pas à laisser tomber en désuétude les principes proclamés au pseudoconcile de Pistoie. De pareilles inconsistances se manifestaient dans le mouvement libéral, qui, inauguré aux cris de : Vive la religion ! Vive le Christ ! et Vive Pie IX ! acceptait les inspirations du conspirateur Mazzini. Ce derniers'appliquait à enlrelenir, par son langage et par ses actes, une équivoque qui ne pouvait que compromettre le Saint-Siège et profiter à la névolulion. Le royaume de Sardaigne, qui était, comme les autres Etats de la péninsule, un Etat d'ancien régime, mais que la perspective d'une hégémonie sur rilalie rendait presque révolutionnaire, oscillait entre les doubles tendances, politiques et religieuses, dont nous venons de parler.

Comment l'Italie pourrait-elle sortir de cette incohérence ? Le mal, quoique profond, ne paraissait pas irrémédiable. Au milieu de tant de courants divergents ou contraires, on pouvait distinguer un courant plus large, ca[)able d'entraîner avec lui tous les autres vers un idéal commun : l'idéal d'une Italie une et constitutionnelle.

En 1846, Pie IX avait essayé de diriger ce grand courant. Il avait convié les princes italiens à rajeunir leur gouvernement, à se dessaisir d'une partie de leurs attributions pour mieux gagner la confiance de leurs peuples ; et lui-même, donnant l'exemple, avait inauguré dans ses Etats, aux applaudissements de ses sujets et du monde, le régime constitutionnel. Mais la Révolution avait aussitôt tenté de confisquer l'œuvre, à peine commencée, du pontife. Mazzini s'était empressé de mettre en avant son programme d'une Italie une et libérée, et, n'ayant pu entraîner le pape dans son entreprise, l'avait dirigée contre lui. Ce nouveau plan avait échoué à son tour. L'évolution de l'Italie devait se faire, non pour l'Eglise, avec Pie IX, ni pour les sectes antichrétiennes, avec Mazzini, mais d'une manière équivoque, pour le Piémont, avec Victor-Enmianuel.

A ne consulter que les apparences, le jeune roi qui venait de succéder, en 1849, s^"^ ^^ trône de Sardaigne, au roi Charles-Albert, ne semblait pas destiné à une œuvre pareille. Les alliances de sa maison, ses traditions de famille, les circonstances de son avènement, son caractère même, semblaient l'en écarter. « C'est aux plus vieilles races de l'Europe, à la maison d'Autriche, à la maison de Bourbon, que la maison de Savoie, à laquelle appartenait le nouveau roi, avait

Inconsistance et équivoque

de cette allltude.

Lès divers courants d'idées semblent dcY.ir

se fondre

en un grand

mouvement

oaùonal.

Mais ce grand

mouvement

national,

après quelques

oscillations,

devient

lui-môme

équivoque.

Victor- Emmanuel II,

roi

de Sardaigne (1820-1878).

I. Cf. llisl. gén. de iEylise^ l. lY, p. a38-a39, ^» ^^l> P- ^9 ^o, 4oy-4io.

SgG

Son

avènement

au trône

<' a 3 mars 1849)'

Sa politique :

réaliser par des moyens pratiques les rêves Aî son père Charles- Albert.

demandé des épouses. Victor-Emmanuel était neveu du grand-duc de Toscane et de l'archiduc Rainier ; une proche parenté le liait aux Bourbons de Naples ; lui-même avait épousé une princesse autrichienime*. » D'autre part, « la dynastie de Savoie, parmi ses titres d'honneur, ne prisait rien tant que son traditionnel renom de fidélité à l'Eglise, d'orthodoxie rigoureuse et d'austère dévotion* ». « Les circonstances de l'avènement de Victor-Emmanuel semblaient elles-mêmes devoir le détourner de la politique d'aventure. Le premier jour de son règne avait été l'un des plus tragiques de l'histoire de son pays. C'est le soir même de Novare, le 28 mars 1849, diins le désarroi de la défaite, en face du camp ennemi, que, des mains de Charles-Albert partant pour l'exil, il avait recueilli un sceptre à demi brisé par la fortune. Le premier acte de son pouvoir avait été d implorer de Radetzky un armistice et la paix. A peine échappé au péril, voudrait-il s'y rejeter ^ ? » Personnellement, Victor-Emnanuel n'avait, jusque-là, manifesté aucune espèce d'ambition, hormis une seule, celle de se soustraire à l'étiquette, qui, dès cette époque, lui déplaisait, et qui, plus tard, lui fit horreur. « Son éducation avait été celle d'un gentilhomme plutôt que d'un politique. Elevé loin des afî'aires, il n'avait été initié par aucune épreuve progressive à l'art de gouverner'^. »

Telles étaient les apparences. Mais le jeune roi possédait, comme l'avenir de son règne le montra, une faculté naturelle d'intuition, qui souvent lui tint lieu d'étude ou de génie. Il comprit bien vite, dès les premiers contacts avec son peuple, que les rêves mystiques de son père Charles-Albert sur « l'Italie une et libérée parle Piémont » trouvaient un écho profond dans l'opinion publique. Il ne s'agissait que de les réaliser par des moyens pratiques. De tous les groupements ethniques de la péninsule, ces peuples sarde, piémontais,savofsien, que la diplomatie de Vienne avait placés sous la domination de la maison de Savoie, lui apparurent comme les plus robustes, les plus habiles au maniement des armes, les mieux assouplis à la discipline militaire. Les liens d'obéissance qui les attachaient à la dynastie étaient solides, se confondaient avec cet amour du pays

I. P. DE LA Gorge, les Origines de l'unité italienne, dans 1© Correspondant du 10 novembre 1898, t. CLXXIII, p. 44i.

2 Ibid.

3 Jbid.^ p. 443. 4. Ibid,, p. 44i.

PIE IX ET LES DIVERS ÉTATS DE l'eUROPE

natal, si puissant parmi ces générations de pâtres, de chasseurs de la montagne et de laboureurs de la plaine. De plus, le roi se sentait entouré d'hommes d'élite. Dans l'armée, il ne tarda pas à pressentir que des hommes de guerre comme le général La Marmora et le colonel Menabrea seraient pour lui des instruments de première valeur. Dans sou conseil, des diplomates comme le comte Balbo et le chevalier Massimo d'Azeglio le frappèrent par la hardiesse et la décision de leur pensée, autant que par la souplesse de leur esprit. C'étaient là des qualités que le jeune prince possédait à fond luimême. « J'aime la loyauté pour plusieurs raisons, écrivait d'Azeglio ; entre autres, parce qu'elle sert souvent à tromper les autres ^ » .

De franchise et de dissimulation, de brusques attaques et de manœuvres cachées, il faudrait beaucoup user pour arriver au but convoité, pour se ménager des amis puissants, pour endormir la vigilance de ceux-ci et pour exciter l'activité de ceux-là.

Ce qui accroissait la confiance du roi de Sardaigne, c'était l'attitude, promptement discernée par lui, de la chancellerie française. « Nous défendrons la frontière du Tessin comme celle du Var », écrivait, le 23 octobre 18/18, le ministre des affaires étrangère» de FraFice^. Certaines paroles de Louis-Napoléon, prononcées, au milieu d'entretiens conlidentiels, dans le même sens, avaient été aussi remarquées. On les répétait en Sardaigne, et on les amplifiait. On se souvenait que le prince avait été naguère l'ami, le complice des libéraux italiens, et l'opinion pubhque comptait sur lui pour entraîner la France dans une cause qui devait lui être personncilemenl chère.

Restait la question de l'attitude à prendre à l'égard du Saint- Siège. Le roi de Naples n'ayant aucuue visée de conquête ou de suprématie, et les autres princes italiens étant paralysés, soit par leur inféodation à l'Autriche, soit par leur propre faiblesse, le pape et le roi de Piémont demeuraient ies seules puissances prépondérantes en Italie : le pape, avec le prestige de sa majesté religieuse ; le roi de Sardaigne, avec celui de sa puissance militaire et de ses ambitions. Ce dernier, subordonnant toute sa politique à son projet de domination en Italie, se trouvait en face de cette alternative :

Ses principaux

auxiliaires :

La Marmora,

Menabrea,

lîalbo.

d'AzegUo.

11 escompte

l'appui du prince

Loui»- Napoléon,

St politique

envers

le Salut-Sicge*

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