Massimo d'Azeglio, Lettere incditc, p
». Bastiqe. la lU'publique française et illalie, p. ia3.
OU bien lier partie avec le pape, en l'assujettissant à ses vues, ou bien se tourner nettement contre lui. Les tentatives faites pour gagner le pape aux projets du roi de Sardàigne ayant été repoussées, Victor-Emmanuel se résigna à avoir la cour de Rome pour ennemie. Mais une telle situation n'était pas sans l'effrayer. Il s'efforça d'éviter à tout prix toute divergence d'ordre dogmatique ou disciplinaire, et de limiter le désaccord à des questions d'ordre purement politique. Tel fut le but auquel tendirent tous les efforts de sa diplomatie. Nous verrons comment la force des choses rendit ces efforts inefficaces, et comment la cour de Turin fut entraînée à des mesures nettement persécutrices.
Tactique
des sociétés
secrètes.
Difficile situation du roi do Sardàigne.
L'opinion publique, habilement exploitée par les sociétés secrètes, l'attirait vers cette voie. Mazzini et ses adeptes avaient eu l'adresse, nous l'avons vu, d'associer aux revendications nationales de l'Italie un esprit d'opposition au Saint-Siège qui se teintait d'un vague christianisme. « Il y a bientôt deux mille ans, écrivait Mazzini, qu'un grand philosophe, nommé Christ, a prêché la fraternité que cherche encore le monde ». Et il ajoutait : «■ Tous les mécontentements personnels, toutes les ambitions passées peuvent servir la cause du progrès^ ». C'était faire appel à la fois au fond de christianisme qui était dans l'âme populaire et à toutes les mauvaises passions. Cette pression occulte exercée sur l'opinion publique n'avait pas échappé aU roi Charles-Albert. Elle lui avait fait écrire au prince de Metternich une étrange lettre, que ce dernier a insérée dans ses Mémoires. « Il y a dans le monde, disait le roi, une vaste conspiration... Ce n'est pas à vous que j'entends rien apprendre à cet égard... Ce qui est certain, c'est que la position de tout roi de Sardàigne est la plus difficile de tou*es les positions... Elle n'est jamais libre 2. » Cette pénible situation, le roi Charles-Albert pouvait bien se dire qu'il avait contribué à la créer. Son fils résolut d'en sortir, non poiut en résistant au courant populaire, ni en essayant d'en rectifier la direction, mais en l'acceptant tel quel et en lui
I. LuBiENSK.1, Guerres et révol. d'Italie, p. 46. a. Metternich, Mémoires, t. IX, p. 367,
PIE IX ET LES DIVERS ÉTATS DE l'elROPE SqQ
cédant, a II se résigna à servir la cause de la Révolution, parce qu'il Victorse flatta de travailler ainsi à ses propres affaires. Il se mit à la tête ^^ ^^^ du mouvement national, dont les sociétés clandestines organisaient à la remorque à heure fixe les démonstrations tapageuses*. » mouvement
Victor-Emmanuel II connaissait-il alors cette phrase des Instruc- populaire, tions de Mazzini : « Le globe terrestre est formé de grains de sable ; quiconque voudra faire en avant un seul pas doit être des nôtres ^. » En tout cas, il s'inspira de cette tactique, et n'avança dans la voie de la persécution qu'à pas comptés.
Le premier pas fut fait par la loi dite loi du Foro ou loi Sic- Premier pas
i> fait dans
cardi. I • 1
la voie de
Le terrain fut très habilement choisi. Certaines prescriptions du la persécution droit canonique soustrayaient un certain nombre de causes reli- re igieuse. gieuses, et, dans certains cas, la personne même des clercs à la juridiction des tribunaux civils, pour les rendre justiciables des tribunaux ecclésiastiques. Ces prescriptions étaient tombées en désuétude dans la plupart des Etats; mais elles étaient encore observées en Sar- Origine» daiG:ne, et le concordat du 27 mars i8/ji , conclu entre Gréofoire XVI ^^ '* ^o' '^^f®.
, • ^, , 4 1. 1 . V . • • • du Foro ou loi
et le roi Charles-Albert, les avait confirmées, amsi que certams Siccardi,
vestiges de l'ancien droit d'asile ^. Que cette législation fût destinée à disparaître peu à peu dans les Etats Sardes, cofnme dans les autres Les privilège» Etats européens, on pouvait le conjecturer. A mesure que la foi s'af- canoniques faiblissait dans les masses, elles devenaient moins aptes à comprendre siastique ». la raison de pareils privilèges ; et le scandale injustifié qui en résultait pouvait ne pas être compensé par le bien que ces privilèges procuraient à l'Eglise. Nul n'eût donc trouvé mauvais que le gouvernement des Etats Sardes entrât en pourparlers avec le Saint-Siège pour discuter loyalement la question des modifications àapporter au concordat de Charles-Albert.
On put croire que telle était l'intention du roi de Sardaigne, quand, Députaiion en octobre i84q, il députa à Portici, où le pape résidait encore, ^^,
1 o- !• 1 f 1. 1 1 1 • comte Siccardi
le comte biccardi, charge d entamer des pourparlers concordataires. auprès
Mais la démarche parut suspecte, quand on vit l'envové extraor- ^" P^P^ 1- • 1 • , 1 , , , 1 1 . (octobre 1849;.
dinaire du roi demander préalablement, au nom de son souverain,
que l'archevêque de Turin et l'évêque d'Asti, coupables d'avoir protesté contre les empiétements du pouvoir civil, fussent invités à