‹ Histoire générale de l'Église (volume 4)Chapitre 196 sur 374 · PU IX acfa, Rome, i858, pars prima, vol. H, p. i^o-i^i · texte numérisé non relu

PU IX acfa, Rome, i858, pars prima, vol. H, p. i^o-i^i

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Méfiance

justifiée

de Pie IX.

Présentation

du projet

Siccardi

(a5 février

iS5o).

quitter leurs sièges. En même temps, Victor-Emmanuel laissait la presse attaquer impunément le clergé et les instituts monastiques avec une vivacité extrême. On eût dit que le dessein du roi était de terrifier le pape au moment même où on lui propoafiit d'entrer en conversation diplomatique avec lui. Pie IX se méfia, et refusa l'offre de Siccardi. L'histoire a justifié cette attitude du pape : la publication de la correspondance du président du conseil sarde a révélé, depuis, qu'à l'heure même où il faisait demander au Saint-Siège de renoncer au béaéfice d'une stipulation concordataire, il écrivait : « Avec le pape il faut beaucoup de formes, de salamalecs, de baisemains, mais une fermeté de fer, et surtout le fait accompli *. » . Les <v salamalecs » et les « baise-mains » n'ayant pas réussi, le « fait accompli » ne se fit pas trop attendre. Siccardi quitta Portioi en novembre iS/jq 2, et, trois mois après, le 26 février i85o, présenta aux Chambres un projet de loi abolissant les immunités ecclésiastiques. L'article i*' du projet portait que « les causes civiles entre ecclésiastiques seuls, tant pour les actions personnelles que réelles ou mixtes, de quelque nature qu'elles fussent, ressortiraient à la juridiction civile», et l'article 2 assujettissait à la même juridiction civile « toutes les causes concernant le droit de nomination active et passive aux bénéfices ecclésiastiques, ouïes biens appartenant à ces derniers ou à quelque autre établissement ecclésiastique » 3. C'était, sous prétexte de mettre fin à quelques usages mal vus des populations modernes, briser, par la volonté d'un seul contractant, des stipulations synallagmatiques, et, de plus, s'arroger, sur le terrain parement ecclésiastique des nominations aux bénéfices et des biens d'Eglise, des pouvoirs manifestement usurpés. Mais les défenseurs du

1. Massimo d'Azbquo, Lettere inédite^ p. 53. — Mazzini écrivait, à la même époque, dans un appel au clergé : « Prêtres italiens, écoutez-nous... Nous pourrions Yaincre sans vous, mais nous ne le voiflons pas » (Cité dans l'Ami de la religion d» 17 mars i85o, p. 442).

2. Après le départ du comte Siccardi, le Saint-Père députa à Turin Mgr Gharvaz, archevêque de Sébasle, pour expliquer au roi le motif de son refus. Le roi dans sa réponse, du 25 janvier, lui promit sa protection pour les deux prélats de Turiu et d'Asti, et déclara que les négociations entreprises pour le concordat seraient reprises en temps opportun. Un mois plus tard, il prétendait trancher lui-même la question par un acte unilatéral, sous prétexte que le pape avait (( refusé obstinément un nouveau concordat». L'histoire de toutes ces négociations, appuyée sur les documents diplomatiques, a été publiée dans un mémoire qui se trouve inséré à la suite de l'allocution pontificale du 22 janvier i855, dans les Acta Pa IX, pars prima, t. Il, p. 9 et s. Ce mémoire est une source historique du plus grand intérêt.

3. Voir le texte complet dans l'Ami de la religion du i5 avril i85o, p. 200-201.

PIE IX ET LES I)lVï:nS ETATS DE L EUROPE

projet de loi devant la Chambre des députés et devant le Sénat passèrent légèrement sur ces derniers points, et s'appliquèrent surtout à railler « le caiaclère gothique et suranné » des institutions qu'il s'agissait d'abolir, invoquant l'esprit moderne et l'opposant à la routine obstinée du Saint-Siège^.

La loi, votée par la Chambre, fut ralificc par le Sénat le 8 avril i85o, et promulguée le q avril, au milieu de bruyantes manifestations. Les cris de : A bas les prêtres ! se mêlèrent à ceux de : Vive la loi Siccardi 1 -

Le souverain pontife n'avait pas attendu le vote de la loi pour faire entendre une solennelle protestation contre un acte qui violait à la fois les droits de l'Eglise et la foi due aux traités 3.

La loi votée, les évoques de Savoie et ceux du Piémont élevèrent ]a voix, à leur tour, contre une loi qui, disaient ils, « rompant des concordats faits avec le Saint-Siège, et ne tenant aucun compte des traités les plus solennels, signés avec lui parles augustes prédécesseurs de Sa Majesté, blessait et aiïligeait tous ceux qui veulent vivre et mourir dans l'obéissance à la foi catholique ». « Peut-être, ajoutaient courageusement les évêqucs de Savoie, s'il s'agissait de traités conclus avec l'une des grandes puissances de l'Europe, on procéderait avec [)lus de réserve... Ces hautes puissances ont des moyens efficaces de se faire respecter ; mais Pie IX n'a pas d'armée, Pie IX est en exil *. »

Le cabinet sarde, toujours présidé par le marquis d'Azeglio, ne s'en tint pas là. Bientôt il réclama une nouvelle circonscription des diocèses, la suppression de certains évêchés, la sécularisation de plusieurs ordres monastiques. La cour romaine eut alors cette impression, que la cour de Turin n'avait qu'un but : acculer le Saint-Siège à des refus qu'elle constaterait bruyamment, en les présentant conmie des ivactions d'ancien régime contre l'esprit moderne, dont le Pic-

Vote cl jjro-

mulgalion

de la loi

(8-9 avril

Protestation du pape.

Protestation

des évéques

de Piémont

et de Savoie.

Autres

mesures persécutrices.

Tactique de la cour de Turin,

1. prtiâs son manifeste Aux préires italiens, Mazzini avait mis en demeure le cleigWlc choisir entre l'esprit de la ])apauté et l'esprit moderne, en lequel il feignait de voir l'esprit de lEvangile. « Enlre l'Esprit de l'Evangile et la parole des papes, disait-il, êtes-vous vraiment, décidément résolus à opter ? » [Ami de la relujim du 17 mars i85o, p. [\[\2).

2. Voir les récits faits par le Risorgimento du 9 avril i85o et par le joiirnal officiel d.i gouvernement de Turin à la même date (Ami de la religion, t. CMAII. p. 201 ).

3. L'acte de protestation, adressé par le cardinal Aniouelli au marquis de Spiuola] l.iTgé des affaires du Saint-Siège à Turin, est du 9 février i85o. ^ oir Cuantrel]

Atiiicles ecclt'siasti(]ue.'i, p. 9i-()2.

4. Ami de la religion, t. CXLVI, p. 485, 0o3 ri«t 'rf'Ti. fie l'Eelîse. — NI II

aO

HISTOIRE GÉNKRA.LE DE LÉGLISE

Chule

du ministère

d'Azeglio

Le comte

de Gavour

est nommé

premier

ministre

(4 novembre

mont se donnerait comme le défenseur. Un projet de loi sur le mariage civil, présenté le i2Juin 1862, provoqua de nouvelles protestations de la part de Rome. Le projet, voté par la Chambre des députés, fut rejeté par le Sénat. Mais, en celte même année 1862, des remaniements s'opéraient dans le ministère du roi Victor-Emmanuel, qui devaient avoir des conséquences historiques considérables. D'Azeglio, succombant sous un fardeau trop lourd pour ses épaules, cédait sa place au comte Balbo, lequel, après quelques semaines à peine, reculait à son tour devant l'énorme lâche que îe Piémont s'était donnée en se posant, devant l'Europe, contre le pape et contre l'Autriche à la fois, comme la puissance initiatrice de l'Italie une et régénérée. Le 4 novembre 1862, date importante pour l'histoire, la présidence du ministère sarde fut confiée au comte Camille de Cavour. En le nommant, en octobre i85o, ministre du commerce, le roi avait dit à ses autres ministres : « Prenez garde, celui-là vous prendra tous vos portefeuilles. » Certes, on n'avaitpas à craindre qu'aucun fardeau ne rebutât cet homme qui, avant même d'occuper aucune situation officielle, avait pu, en dépenrant une infatigable activité dans les domaines de l'agriculture, de î industrie, des finances, du journalisme^ de l'économie sociale et de la controverse religieuse, imposer partout l'autorité d'une étonnante faculté d'assi- , milation et d'une volonté qui ne connaissait pas d'obstacle. Cavour allait prendre sur lui l'immense tâche de poursuivre la lutte contre la cour de Rome et la cour de Vienne, et de travailler à faire de l'Italie une des grandes puissances de l'Europe, en l'organisant autour du royaume de Piémont,

Camille Renso, Agé de quarante-deux ans, Camille Benso, comte de Cavour, était de Garnir ^^^^^ ^^^^ ^^ maturité de l'âge et des forces. « Quiconque l'eût vu se promenant famihèrement dans les rues de Turin n'eût guère de- Son portrait, viné en lui le maître futur de l'Italie. Sa petite taille, sa myopie, son embonpoint précoce, une certaine apparence négligée et vulgaire, tout éloignait de lui les foules. Mais, à défaut des dons qui attirent, il avait les qualités qui subjuguent: la netteté des vues, la promp-

PIE IX ET LES DIVEHS KTA IS DE l'eLROPE

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titudeà les résoudre, l'énergie à accomplir ce qu'il avait résolu K » Son incroyable puissance de travail, son aptitude à tout embrasser, émerveillaient ses collègues. Lui, indiiïérent à l'admiration ou au Son caractère blâme, ne demandait qu'à faire triompher ses vues, se donnantcomme modéré et faisant appel aux complicités des pires révolutionnaires, se posant comme le chevalier d'un idéal de justice et foulant aux pieds le droit des gens, se proclamant catholique de cœur et ne craignant pas d'outrager l'Eglise dans ses institutions les plus saintes et dan3 ses chefs les plus vénérés. Savoyard par son père et Genevois par sa mère, issu de la famille de saint François de Sales et allié aux Clermont-Tounerre, doué, dès son enfance, d'une insatiable curiosité, qu'il avait cherché à satisfaire par de fréquents voyages, par des enquêtes approfondies sur les hommes et sur les choses, on eût pu croire que son esprit se trouvait ballotté par les multiples influences dont il avait été comme le carrefour ; mais l'unité d'un but très nettement conçu et très obstinément poursuivi : l'indépendance italienne, mettait l'ordre et la clarté, sinon la grandeur et la vertu, dans cette riche organisation ^,

Avec Cavour la politique du Piémont se précise et s'amplifie. Prendre en mains les intérêts de l'Italie tout entière, sans paraître lien abandonner des intérêts particuliers du Piémont ; organiser et acclimater dans la Péninsule les lourdes charges des grandes nations, la conscription et les impôts écrasants, sans soulever trop de murmures ; favoriser les mouvements libéraux de l'Italie sans efl'aroucher les monarchies voisines ; lutter contre le Saint-Siège sans rompre

Sa politique générale.

I. P. DE LA GoiiCE, les Origines de VUnité italienne^ dan» le Correspondant du lO novembre iSgS, p. 456-457.

a. On s'est demandé si le célèbre homme d'Etat a été franc-maçon et si la francmaçonnerie a joué un rôle dans la formation de l'unité italienne. On a souvent aftirmé, sur la foi de Gantû {Hérétiques d'Italie, trad. Digard, t. V, p 4^2) et do B\LiN {Storia d'Italia^ t. X, p. 324), que Cavour avait été grand-maître de la franc- maçonnerie. Les éludes publiées dans le Carrière dclla Sera du 3o octobre et du 7 novembre 1918 par Alessandro Luzio, directeur des Archives publiques de Manlouc, semblent détruire cette légende. Si le grand artisan de l'unité italienne avait obtenu ce haut grade, les francs-maçons s'en seraient glorifiés depuis. Cavour hii-même n'aurait pas dépensé tant d'ardeur à soutenir la Société nationale, organisme assez nouveau, s'il avait pu disposer de la puissante association. D'ailleurs Cavour, qui espérait bien mourir dans le sein de l'Eglise catholique et qui s'était assuré depuis longtemps les secours spirituels du P. Giacomo, ne paraissait pas être dans des dispositions favorables à la franc-maçonnerie. Quanta la secte elle-même, il est prouvé que, de i848 à 1860, elle ne donna pas signe de vie en Italie, ou du moins n'y exerça qu'une action très intermittente et très faible. Voir, sur ce point, les articles d'Alexandre Luzio, traduits en français dans la Revue internationale des sociél'^s secrètes du ao décembre iQiS, surtout p. 49o5.

(mai i855).

4o4 HISTOIRE GÉNÉKALE DE l'ÉGLISE

avec l'Eglise : tels sont les buts que le premier ministre de Victor- Emmanuel se propose. Il les poursuivra au prix d'efforts inouïs^ qui l'useront avant l'heure, mais l'impulsion donnée par lui sera si puissante, que son œuvre se poursuivra après sa mort. Sa politique Nous n'avons à étudier directement ici que le côté religieux de 1 reigieuse. cette politique. Comme simple député, Cavour avait contribué à faire voter la « loi du Foro » ; comme président du conseil des^ ministres, il proposa et fit voter, le 2 mars i855, par la Chambre des députés, et, le 22 mai, par le Sénat, la « loi des couvents ». Il y avait alors, dans le royaume de Sardaigne, quatre archevêchés, vingt six évêchés, plus de six cents communautés religiduses, uq nombre considérable de collégiales et de bénéfices, presque tous pourvus d'importantes dotations. L'objet de la nouvelle loi était de séculariser ou, comme on disait en Italie, àincamérer une grande La « loî partie des biens ecclésiastiques. On laisserait vivre les ordres reli- •CR couvents » gi^ux charitables ; mais on attribuerait les biens des ordres mendiants à une caisse du clergé, lequel, cessant désormais d'être un corps salarié par l'Etat, réaliserait la formule idéale : l'Eglise libre dans^ l'Etat libre ^. Cavour ne se dissimulait pas qu'une pareille mesure répugnait à la masse de la population, attachée dans son ensemble aux ordres religieux. Il dut lutter pendant plusieurs mois avec une ténacité qui eut enfin raison de toutes les résistances. Son projet, disait-il, n'avait aucun caractère agressif contre la religion. Economiquement très profitable à la nation, il aboutirait uniquement, au point de vue ecclésiastique, à une plus heureuse répartition des biens d'Eglise entre les membres du clergé. Le roi Victor-Emmanuel avait eu quelque répugnance à commettre cet empiétement du pouvoir civil sur les biens ecclésiastiques. La loi votée, il crut sans doute

I. c J'ai entendu plusieurs de mes collègues, écrit Gantû, se vanter d'avoir suggéré cette formule à Cavour ; mais Cavour lui-même n'en revendiquait pas la paternité : il dit, au contraire, qu'un <( écrivain illustre, dans un moment lucide », avait voulu, au moyen d« cette formule, démontrer à l'Europe que la liberté avait puissamment contribué au réveil de l'esprit religieux [Actes ofjîciels de 1860, p. 094). Il est de fait que le comte de Monlaiembert se plaignait que cette formule lui eût été dérobée et mise en circulation par un grand coupable [Correspondant^ août i863/. On saille jugement que d'Azegiio portait sur cette formule, et il a été démontré, par la session de juillet 1867, quel cas en faisaient les députés... Comme toutes les formules vagues, celle-ci n'a d'autre sens que celui qu'on lui donne.... Elle va fort bien à ceux qui aiment à créer des situations équivoques pour en profiter » (Ca-ntiIi, les Hérétiques d'Italie, t. V. p. 285-286). Cf. Charles Benoist^ la Formule de Cavour: VEgise libre dans l'Etat libre^ dans la Revue des Deux Mondei du i5 juillet 1906.

PTTÎ TX KT T,ES mVT.RS RTATS DE l'kLROPE 4o5

tranquilliser sa conscience en demandant que fussent exceptées de « rincam(^ration » deux chapelles que sa mère et sa femme aimaient à visiter ^ Sons celte réserve, il sanctionna la loi spoliatrice, qui devait préluder à tant d'autres spoliations.

Trente-cinq ordres monastiques tombèrent ainsi sous la proscription. Sept mille huit cent cinquante religieux furent dépouillés. Cons^quenew

* 1 T t • * déplorable»

Beaucoup de ceux que la loi qualifiait de contemplatifs entretenaient j^ ^^^j^ ^^-^

des œuvres charitables, qui périrent avec eux. D'autres travaillaient avec zèle aux progrès des sciences ; ils. ne furent pas épargnés. Mais •la loi n'outrageait pas seulement la religion, la science et la charité; elle violait ouvertement le droit constitutionnel du Piémont. En vain un ancien ministre du roi Charles-Albert, M. de Revel, avait-il rappelé l'article 29 du Statut : « Toutes les propriétés, sans exception d'aucune sorte, sont inviolables. » Le Parlement avait passé outre. Il jie fut pas même arrêté par la pensée de respecter la volonté des anciens princes de la Maison de Savoie, qui avaient voulu perpétuer la prière liturgique sur leurs tombeaux. Les religieux du monastère d'Hautecombe durent abandonner leur poste sacré ^.

Les formules de respect envers l'Eglise, prodiguées par Cavour au Autre»

cours des débals, n'avaient pas trompé le Saint-Père. L'emprisonne- mesures d'ho»-

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