Hergenroether, Hist. de VEglise, t. VIT, p
3. « Depuis cinquante ans, a écrit Metternich lui-même, la situation morale d%
PIE IX ET LES DIVERS ÉTATS DE l'eLROPE ^OQ
archevêque de Salzbourg, écrivait : « Des millions de citoyens autrichiens saluent le nouvel ordre des choses, non seulement parce quil leur garantit plus de liberté politique, mais parce qu'il promet à l'Eglise catholique les mêmes impulsions de liberté » *.
Cette impression optimiste ne devait pas durer. Le nouvel empe- L'empereur reur, François-Joseph, de qui le long règne devait être marque par Joseph, tant de tragiques aventures dont l'histoire doit lui faire porter la lourde responsabilité, n'était point l'homme destiné à faire régner, dans son royaume et dans l'Eglise d'Autriche, un régime de liberté. Personnellement violent, autoritaire et sensuel, d'intelligence Son portrait, moyenne, non sans finesse, mais sans envergure et sans élévation, il était surtout, par suite d'une éducation systématique, qui n'avait eu pour but que de lui inculquer les traditions, les manières d'agir et de penser d'une dynastie, l'homme de cette dynastie, le Habsbourg, le gardien d'un dépôt, d'un système de gouvernement dont il ne se ^'^ politique. sentait comptable qu'à Dieu, à ses ancêtres et à ses héritiers ; ca somme, moins un homme qu'un personnage, moins un caractère qu'un anneau dans une chaîne *. Au point de vue religieux, François Joseph de Habsbourg-Lorraine, empereur d'Autriche et roi apostolique de Hongrie, multipliera les témoignages publics de sa piété et contribuera à donner une splendeur inouïe aux fêtes du congrès eucharistique de Vienne en 19 12 ; mais il mourra, en 19 16, sans s'être lavé de la responsabilité d'une guerre qui, suivant les paroles du pape Pie X, a « ensanglanté ses cheveux blancs » ; et son testament portera l'aveu public d'une inconduite qui a déshonoré son fo}er jusqu'à ses derniers jours 3,
Sous son règne, les libertés publiques accordées par la Constitution de i8/j8 ne devaient pas longtemps subsister. Sa première proclamation annonça l'intention de réunir tous les pays de la mo- Constitution
narchie en un grand Etat. Une Constitution, qu'il octroya, de son impériale . , , u • 1 du 10 mars
autorité propre, a tout 1 empire, le i5 mars 1849, ^^ accordait aux 1849.
l'Autriche est celle-ci : elle est engagée dans une guerre secrète contre l Eglise, tandis qu'elle se trouve en état de guerre ouverte contre la Révolution. » Metter- Nicii, Mémoires, t. VII, p. ^\.
I. WoLFSGRUBBR, Joscph Othmar, cardinal Rauscher..,, Fribourg, Herder, 1898, p. 98.
3. Voir René Pinon, François-Joseph dans la Revue des Deux Mondes du iC janvier 1917 ; Henry WicKAM, la Monarchie des Habsbourg, trad. F. Roz, Paris. 191 4, et r.ouis RisENMANN, le Compromis austro-honffrois, Paris, 190/1.
3. Au lendemain de la mort de François-Joseph, les journaux ont annonce (ju'il laissait par testament un million à une ancienne aclrice, Mlle Catherine Schratt.
Retour au
gouvernement
personnel
Persistance de l'esprit joséphiste
dans
rapplication
du concordat.
Malgré les
réclamations
de Pie IX,
empereur
continue
à occuper
militairement
la Lombardie
et la Vénétie.
citoyens la liberté personnelle et religieuse, mais avec des restrictions capitales. Elle proclamait les droits de toutes les nationalités, mais sans en établir aucune garantie^ ». Celte Constitution ne fut jamais appliquée. L'écrasement de la Hongrie, révoltée pendant l'été de iS/ig, ramena dans l'empire le régime du pouvoir strictement personnel, dont les deux caractères furent l'absolutisme dans le gouvernement et la germanisation dans les tendances ^.
En reprenant en bloc les traditions de sa dynastie, François-Joseph reprit celles du joséphisme. Eu vain^ par un concordat conclu en i855, rendit-il à l'Eglisejuridiction sur l'éducation, sur le mariage, sur les actes de la vie civile qui intéressent directement la vie religieuse 3, « Les dispositions du concordat se heurtèrent aux habv tudes joséphistes du clergé et aux traditions policières de la bureaucratie. Une partie du clergé séculier et régulier craignit, s'il cherchait un appui du côté du Saint-Siège contre les empiétements de l'Etat, de subir le contrôle que ses mœurs, corrompues par la richesse, rendaient particulièrement nécessaire. L'Etat, lui, redoutait qu'un clergé trop zélé pour le bien des âmes ne cessât bientôt d'être un instrument docile de la couronne et de la bureaucratie. L'esprit joséphiste continua donc de régner dans l'Eglise officielle austrohongroise *. »
Un autre sujet de tristesse était donné au pape par l'empereur François-Joseph. Malgré les exhortations pressantes de Pie IX, les troupes impériales maintenaient toujours la Lombardie et la Vénétie sous le joug oppresseur de l'Autriche ; et l'empereur restait sous le coup des reproches sévères adressés par le souverain pontife à son prédécesseur, lorsque, dans sa lettre du 3 mai, il suppliait Sa Majesté apostolique de (( retirer ses armes d'une guerre qui, impuissante
I. Louis E1SENMA.NH, dans VHist. gén. de Lavisse et Rambaud, t. XI, p. 128.
a. La langue allemande devint la langue officielle de l'empire.
3 Voir le texte de ce concordat dans ÏAmi de la Religion du 29 novembre i855, l. CLXX, p. 424-/i3i.
4. R. PiNos, op. cit., p. 63. Le concordat autrichien, composé de 36 articles, fut promulgué en consistoire par Pie IX le 3 novembre i855, et par l'empereur d'Autriche le 5 du même mois. « Pie IX, voulant tirer de ce concordat tout le bien possible, crut devoir adresser aux évêques de l'empire d'Autriche un bref, daté du 17 mars i856, où, louant le zèle et la prudence des vénérables prélats, il les presse de mettre à profit les moyens que leur fournit la nouvelle législation pour préserver leurs diocésains des funestes doctrines du rationalisme et de l'indifférence. Mais la législation concordataire, après avoir été mal observée, fut d'abord en partie violée par des lois sur le mariage et sur les écoles, puis brutalement abrogée par les pouvoirs publics. » (A. Pougeois, Histoire de Pie /A", t. IV, Paris, 1880, p. 62.)
PIE IX ET LES DIVERS ÉTATS DE i/eUROPE
à conquérir les cœurs des Lombards et des Vénitiens », ne pourrait aboutir qu'à « une domination sans grandeur et sans résultats heureux, puisqu'elle reposerait uniquement sur le fer » ^.
Un dernier point noir obscurcissait l'horizon de la chrétienté, du côté de l'Autriche. Malgré ses défaillances et ses fautes, la monarchie des Habsbourg représentait encore le cathohcisme. Or, depuis i848» la question se posait de savoir si sa puissance n'allait pas êlre absorbée, dans le projet d'une nouvelle Allemagne, par la puissance grandissante de la Prusse, ou même si elle ne serait pas expulsée de la Fédération que la Prusse rêvait ; et le motif de ces projets d'absorption ou d'exclusion de l'Autriche, était précisément son catholicisme officiel . Ce que projetait déjà la monarchie des Hohenzollern, ce n'était rien de moins qu'une ligue des souverainetés protestantes faisant front au catholicisme et front à l'Autriche -, « Catholicisme et ennemi de la Prusse, écrivait Bismarck le 20 janvier 1854, sont des termes synonymes ^ ». Il était visible que, si un pareil rêve se réalisait, « l'Allemagne du lendemain n'aurait ni la même configuration ni la même personnalité confessionnelle. Avec l'Autriche au sommet, le corps germanique faisait figure catholique ; amputé de l'Autriche et cherchant à Berlin son point d'appui, il prendrait l'aspect d'une puissance protestante * ».
La PrusM
arrive
à dominer et
liroteslantiseï
rAUemagne.
Le péril était d'autant plus grand que ce dessein d'une Allemagne groupée autour de la Prusse et régentée par elle, était celui que poursuivaient depuis longtemps ces sociétés secrètes que nous avons vues travailler à la ruine de la foi catholique et au triomphe de la libre pensée.
Les mémoires du général Lamarque montrent que ce plan était déjà fixé en 1826 s. Racontant l'entrevue qu'il eut, à cette date, avtc
Rôle
des sociétéi secrètes dan
les projets d'hégémonie
prussienne
et protestante
en Allemagne.