‹ Histoire générale de l'Église (volume 4)Chapitre 203 sur 374 · Cité par Gotau, op. cit., t. III, p · texte numérisé non relu

Cité par Gotau, op. cit., t. III, p

3. Ernest De:«is, la Fondation de V empire allemand, p. i32-i33.

4. GuiLLATïD, C Allemagne nouvelle et ses historiens, Paris, 1900, p. 169.

PIE IX ET LES DIVERS ÉTATS DE l'eUROPE 4»5

trente deux ans, il avait déjà cette attitude autoritaire, cet air roide Bismarck.

•^ , , , . T Son portrait.

et sec, ce regard dur, et, sous la moustache épaisse, ce pli sarcas-

tique des lèvres, qui ne fit que s'accentuer avec l'âge, lorsque les succès de ses entreprises ajoutèrent à sa physionomie une expression d'orgueil satisfait et de triomphe féroce. Le moral répondait au physique. Ses lettres, comme ses discours, abondent en images fortes, en ripostes nettes, en saillies brutales. Sceptique et cynique, il méprisait les hommes, et avait l'habitude de dire que tous étaient à vendre pourvu qu'on y mît le prix. Il affirmait avec beaucoup de force, sa croyance en Dieu ; mais il se débarrassait facilement du fardeau de la morale. « Les scrupules ne l'arrêtaient pas plus que les rancunes ; les traités n'étaient pour lui que des combinaisons momentanées, et il les jugeait épuisés aussitôt qu'il en avait tiré tous les avantages désirés ^ » « Les conflits, disait-il, deviennent des questions de force. Celui qui a la force en main va de l'avant. » C'est cette parole que le comte Schwerin précisa dans la formule célèbre : a La force prime le droit ». Chrétien à sa manière, Bismarck était, à coup sûr, plus Allemand que chrétien, et plus Prussien qu'Allemand. Il était prêt à tout subordonner à son double objectif: la domination de la Prusse sur l'Allemagne et la domination de l'Allemagne sur le Sa politique, monde. « L'importance matérielle de la Prusse, disait-il, ne correspond pas à son importance intellectuelle... L'histoire de la Prusse depuis cent ans ne représente qu'une série d'occasions manquées. » En parlant d' «occasions manquées », il faisait allusion à la négligence que la Prusse aurait montrée, selon lui, à établir son hégémonie en Allemagne. Aussi, à peine arrivé au pouvoir, le vit-on aller droit au but, foncer sur ses adversaires avec une audace imperturbable. A la Diète, le représentant de l'Autriche avait des preroga- Son tives exceptionnelles. Il avait seul, entre autres privilégies, le droit ï™P^'"^j^'"babie

^ ' ^ o audace.

d'y fumer. Bismarck y apporte un long cigare, et ose demander du feu à l'ambassadeur autrichien. Tout Bismarck est là, dans ce mince détail. L'incident du cigare lui conquiert un prestige parmi les diplomates. Désormais, il n'est rien qu'il n'ose tenter. « L'unité de Son plan: l'Allemagne, a-t-il écrit dans un rapport célèbre, sera réalisée, non 'V^^jl^^Jj^" par des discours ni des décisions de majorité, mais par le fer et le allemande sang, Jerro et saïKjaiae. » Cette unité, en ctfel, se réalisera pai' trois ^^^^^^

\. Ernest Dbnis, Hist. (jt'n.^ t. XI, p. 3i8.

âi6

HISTOIRE GÉNÉRALE DE l'ÉGMSE

guerres : par la défaite du Danemark en 1864, par l'écrasemeiit de l'Autriche en 1866, et par la victoire remportée sur la France en

Attitude

des catholiques

allemands.

Leur

conception

de 1 unité

allemande.

Le

catholicisme en Prusse.

La

Constitution de i848 et

celle de i85o accordent

. la liberté à

l'Eglise catholique.

En présence de tels desseins, quelle avait été l'attitude des catholiques allemands? La plupart d'entre eux acceptaient volontiers, prônaient même avec enthousiasme l'idée d'une unification de l'AUemagne. Mais ils repoussaient l'idée d'une Allemagne unifiée qui aurait Berlin pour capitale et qui exclurait ou absorberait l'Autriche catholique. Le député rhénan Auguste Reichensperger se fit l'éloquent défenseur de cette conception, qui opposait à la u Petite Allemagne » protestante une « Grande Allemagne » catholique par ses éléments et par ses visées. Plus tard, une nouvelle idée se fera jour parmi les catholiques, comme plus conforme à l'état des esprits et comme plus facilement réalisable : celle d'une unité allemande fondée sur la liberté des Eglises. Mais la situation faite au catholicisme était si différente dans les diverses souverainetés, qu'elle doit être l'objet d'une étude particulière pour chacun des principaux Etats.

En Prusse, l'attitude des catholiques fut d abord hésilante, anxieuse. D'une part, en entendant des hommes d'Etat comme Bismarck affirmer si haut l'alliance, l'identité de l'idée prussienne et de l'idée prolestante, ils se demandaient s'ils n'allaient pas subir le sort de leurs frères belges aux Pays-Bas et de leurs frères irlandais en Angleterre. D'autre part, les libertés accordées en Prusse aux catholiques semblaient faites pour les rassurer.

; Le statut de lEglise catholique en Prusse venait, en effet, d'être réglé par la Constitution même. L'acte constitutionnel de i848 avait proclamé l'autonomie des Eglises. Les évêques prussiens avaient aussitôt profité de cette déclaration pour correspondre librement avec le pape et pour conférer les bénéfices ecclésiastiques de leur propre autorité. La Constitution du 5 février i85o confirma ces libertés. L'article 12 portait que « l'Eglise évungélique, l'Eglise romame et les autres sociétés religieuses étaient libres d'organiser elles-mêmes leurs affaires ». L'article i3 leur permettait de communiquer librement avec leurs chefs. L'article i5 dépouillait l'État prussien de son droit d'intervention dans les nominations ecclésiastiques.

PIE IX ET LES DIVERS ETATS DE L EUROPE

Ces dispositions favorables à l'Eglise romaine avaient été inspirées j)ai' des vues politiques, plutôt que par un esprit de bienveillance envers le catholicisme. Elles faisaient partie d'une constitution libérale, issue, en Prusse comme ailleurs, du mouvement libéral de 1848. D'ailleurs, la Prusse, pour faire triompher son dessein de domination sur l'Allemagne, avait besoin de se conciher d'abord les sympathies du parti catholique, d'où pouvaient lui venir les oppositions les plus redoutables. Mais ces habiles calculs, que des événements postérieurs ont clairement mis à jour, n'étaient pas bien visibles. Les catholiques de Prusse, la cour de Rome elle-même purent s'y tromper.

Sans dissimulation ni réticences» l'Eglise de Prusse s'abandonna à la joie. (( Pie IX lui donna deux cardinaux, Diepenbrock, de Breslau, et Geissel, de Cologne. Elle assistait, surprise et reconnaissante, aux honneurs que recevait à Breslau le nonce de Vienne, Yiale-Prelà, lorsqu'en novembre i85o il portait à Diepenbrock les insignes cardinalices. Dans cette Prusse qui, si longtemps, avait repoussé, comme un messager de l'antéchrist, tout envoyé du pape, militaires et fonctionnaires s'associaient officiellement aux pompes qui fêtaient Viale-Prelà. A Berlin môme, pour la première fois depuis la Réforme, une procession de Fête-Dieu, conduite par le curé Ketteler, se déroulait tout le long des Tilleuls, a Le mouvement de l'Allemagne vers le catholicisme, lisait-on dans Civlltà Cattolica, est aujourd'hui si fort, que les peuples et les gouvernements cèdent à une impulsion commune, sans peut-être s'en rendre compte eux-mêmes ^ » u Beaucoup des grandes œuvres charitables dont l'Allemagne catholique se glorifie datent de ces premières années de liberté : tel, par exemple, à Berlin, l'hôpital Sainte-Hedwige, fondé pour cinquante malades en i8/|6, et qui fut, en [85i, réorganisé parle curé Ketteler dans une bcUisse nouvelle, et tout de suite pourvu de trois cents lits ; telle, à Munster, la P'raternité de Saint- Vincent-de-Paul, qui, dès 18/19, groupait i.3oo catholiques de bonne volonté pour aviser au ])lacement des jtauvres enfants. Le seul diocèse de Cologne abrita des lazaristes dès iSji, des franciscains dès i853. Les jésuites les avaient devancés. Leur premier noviciat s'ouvrit en Westphalie en i85o. De grandes missions s'inaugurèrent. Celles de Cologne en i85o, de lieidelbcrg en i85i, de Francfort en 1802, d'Augsbourg

Joie des catholiques.

Heureux

résultats de la liberU de l'Ëglisê.

1. Civillà catlolica, i-i5 décembre i85i, p 707-709. Ilisl. géu. de 1 Eglise. - \ III

/ii8

\larmes

des

protestants.

Attitude

des

Ils se placent

sur le terrain

de la

Constitution

et du droit

commun.

en i853, remuaient profondément l'Allemagne religieuse ^. » De nobles esprits abjuraient le protestantisme et venaient grossir le nombre des apologistes de l'Eglise romaine. De ce nombre étaient la célèbre comtesse Ida de Hahn-Hahn, et le futur sociologue Vogelsang, qui devait fonder en Autriche l'école chrétienne sociale. Une grande association fut fondée, sous le patronage de saint Boniface, qui eut pour but de grouper les catholiques, de coordonner leurs efforts et de soutenir pécuniairement leurs œuvres d'apostolat.

En donnant la liberté à l'Eglise catholique, Frédéric-Guillaume IV ne s'était sans doute pas attendu à de tels progrès. L'Eglise protestante s'alarma. « 11 faut être aveugle, écrivait en i85i la Gazette de la Weser, pourne point voir quels périls court le protestantisme -. » En août i852. l'assemblée de la Société Gustave-Adolphe ^ appela l'attention des protestants sur la gravité de la situation. En septembre, le congrès protestant de Brème vota une déclaration semblable.

Les catholiques se disaient qu'ils avaient pour eux là Constitution, et que toucher à la Constitution ce serait ameuter contre le gouvernement tout le parti libéral ; que le roi n'oserait rien tenter de ce côté. Par suite, ils étaient amenés souvent à combattre côte à côte avec les libéraux, parfois même à se coaliser avec eux, pour défendre, contre les interprétations trop étroites des conservateurs, le texte de l'Acte qui leur avait donné la liberté. Gomme le faisaient, en ce moment même, les catholiques de France dans leur campagne pour la liberté d'enseignement, les catholiques d'Allemagne, tout en réprouvant le libéralisrnedoctrinal, se plaçaient hardiment sur le terrain de la ConstitutioQ libérale et du droit commun *. Ils ne réclamaient aucun droit pour eux-mêmes qu'ils ne le réclamassent en même temps pour autrui. Auguste Reichensperger intervint plus d'une fois à la Chambre pour défendre les droits lésés des protestants ^. Cette politique lui valut, à lui et à ses collègues catholiques de la Chambre, une vraie popularité. En 1802, le groupe des députés catholiques siégeant à la Chambre prussienne, au nombre de soixante-dix, était une puissance politique avec laquelle il fallut compter. *

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