GoYAU, op. cit.^ t. 111, p
PIE IX ET LES DIVERS ÉTATS DE L EUROPE
prêts à la résistance ; et cette résistance, dirigée par un homnne de haute valeur, fut à la fois habile et courageuse. Jusqu'au jour où un orgueil national exagéré en altéra la fière indépendance, elle valut aux catholiques allenriands l'honneur d'être proposés comme des modèles aux catholiques des autres nations.
Dans le grand-duché de Hesse-Darmsladt, dans le duché de Nassau, dans le royaume de Wurtemberg, dans le grand-duché de Bade, la lutte avait déjà éclaté. Dans le dernier de ces Etats en particulier, elle avait atteint une tragique intensité.
Non seulement les cours de Darmstadt, de Wiesbaden,de Stuttgart et de Karlsruhe n'avaient pas suivi, en iSliS, l'exemple de la Prusse, mais elles s'étaient concertées depuis 1820 pour maintenir une même politique religieuse ; et cette politique était celle d'une bureaucratie tracassière et tyrannique. Le souverain, chef suprême de l'établissement protestant, y revendiquait les mêmes attributions sur l'Eglise catholique. Le vieil esprit joséphiste y prévalait complètement.
C'est dans la Hesse-Darmstadt que s'ouvrit, en l'été de i85o, la lutte des catholiques pour la conquête de leurs libertés, sous la conduite du vaillant évêque de Mayence, Ketteler.
Né à Munster, en 18 11, le baron Guillaume-Emmanuel de Ketteler avait d'abord porté l'habit brodé de conseiller référendaire à la cour de Saxe. Les persécutions exercées, de i834à i838, contre les catholiques, lui firent prendre conscience de sa vocation ecclésiastique. En 18/ii, âgé de 3o ans, il commença ses études théologiques. Ordonné prêtre en i844, il fut d'abord nommé vicaire à Beckum, petite ville de 4.000 habitants, puis fut chargé, en i846, d'administrer comme curé la paroisse rurale de Hopsten, qui comptait à peine 2.000 âmes. Pendant près de quatre ans, Emmanuel de Ketteler fut le modèle des prêtres de campagne, préludant par la pratique des œuvres aux doctrines sociales dont il devait être le hardi théoricien. Les électeurs de i848 le firent entrer au parlement de Francfort. Dans une longue Lettre ouverte à ses électeurs, il s'était montré nettement opposé à la politique centralisatrice, u Tant que la famille et la commune peuvent se suffire, disait-il, on doit leur
Le
catholicisme
dans les Elats
rhénans.
Hostilité
de ces Elats
conlreTEglise.
la Hesse- Darmstadt.
Emmanuel
de Ketteler,
évêque
de Mayence (1811-1877).
Son ministère pastoral.
Ses idées
politiques
et sociales.
n est promu
évêque de iMayence
Les œuvres
de son épiscopat*
laisser leur libre autonomie. Que le peuple régisse lui-même les affaires communales : il y fera un apprentissage de la vie politique, et acquerra la capacité que donne à l'homme le sentiment de sa responsabilité. » Le nouveau député alla s'asseoir à l'extrême-gauche, et demanda « le plus de liberté possible pour tous, y compris les catholiques » ^.
Ketteler, cependant, avait peu de confiance dans les combinaisons purement politiques. Pour lui, la question politique était primée par la question sociale, et celle-ci par la question religieuse. Ce fut la doctrine qu'il professa, en novembre et décembre i848, dans six sermons éloquents prononcés à Mayence 2, après avoir donné sa démission de député pour se consacrer exclusivement aux fonctions de son ministère sacerdotal. Peu de temps après, Ketteler était appelé à diriger l'importante et unique paroisse catholique de Berlin, établie sous le patronage de sainte Hedwige. Il se dépensait sans compter dans la capitale de la Prusse, comme il l'avait fait dans l'humble village de Hopsten, quand le choix de Pie IX le fit monter sur le siège épiscopal de Mayence, jadis illustré par le grand apôtre de l'Allemagne, saint Boniface 2.
A peine installé, en juillet i85o, le nouvel évêque déploya, dans l'exercice de sa charge, l'activité apostolique que pouvaient faire prévoir ses précédents travaux . La fondation d'un grand séminaire et de retraites pastorales annuelles réveillèrent l'esprit sacerdotal, depuis longtemps assoupi. Des congrégations d'hommes et de femmes, des confréries, des associations charitables, bravant les tracasseries du joséphisme, se fondaient ici et là. Ketteler allait, d'un bout à l'autre de son diocèse, éveiller le zèle des uns, dissiper les malentendus ou les conflits des autres, soutenir tout le monde de ses conseils. Ce seigneur féodal avait, dans le premier mandement qu'il avait adressé à ses ouailles, fait devant elles le vœu de pauvreté ; et ce vœu, il le tenait ostensiblement.
Les progrès du catholicisme dans le diocèse de Mayence commençaient à soulever les protestations des protestants et à inquiéter la bureaucratie du grand-duché de Hesse. Sans se préoccuper outre
1. J. LiOKNET, Un évêque social, Ketteler, un vol. in- 12, Paris, 1906, p. 25.
a. Voir ces discours dans Decurtins, Œuvres choisies de Myr Ketteler, Bâle, 1892; LiONNET, op. cit.. p. 28-89, ^^ donne le résumé.
3. Voir dans Goyau, op cit., i. IV, p. 11- 12, comment Pie IX, passant outre aux volontés du chapitre de Mayence et de la cour de Hesse Darmstadt, désigna Ketteler. Cf. LiOMNET, op. cit., p. 43-44»
PIE IX ET LES DIVERS ÉTATS DE l'eUROPE
mesure de ces agitations et de ces inquiétudes, i'ardcnt prélat rêvait d'étendre son action au delà de son diocèse de Mayence. Si les souverains se concertaient pour le maintien de leur politique religieuse, pourquoi les évoques ne se fédéreraient-ils pas, de leur côté, pour la défense des droits de l'Eglise i* •
Les évoques rhénans, sous la conduite de leur vénérable métropolitain, l'archevêque Vicari, de Fribourg-en-Brisgau, répondirent à son appel.
Pour répondre à la coaiilion
des Etats de ia province
rhénane,
il propose une
fédération
des évêques
de cette
province.
VIÏI
Hermann de V'icari, né en 1778, avait alors près de quatre vingts ans. Tout jeune, il avait été installé dans les bureaux de la chancellerie épiscopale de Constance; plus tard, à Fribourg, sousl'épiscopat de l'archevêque Demeter, il avait courageusement soutenu la cause du droit canonique dans la question des mariages mixtes, u C'était un prêtre pieux, d'humeur douce, prompt aux élans de gaieté, plus prompt encore aux élans de charité. Sa charité n'avait aucunes bornes ; sa bonhomie n'avait aucuns dessous ^ » On eût étonné son entourage, on l'eût sans doute étonné lui-même si on lui eût prédit, au moment où il répondait à l'appel de Ketteler, que l'affaiie dans laquelle il s'engageait le mènerait à jouer bientôt le rôle d'un confesseur delà foi.
En i85o, un de ses prêtres, le professeur Ilirscher, avait invité la Chambre Haute de Bade à suivre l'exemple de la Prusse et à fournir à rarchevêque de Fribourg les fonds nécessaires pour la création des séminaires dont il avait besoin. La Chambre Haute l'avait applaudi ; mais la seconde Cliambre, obéissant peut-être à des sollicitations gouvernementales, avait opposé une fin de non-recevoir à sa dcmaude.
Quand, au mois de mars i85i, les évêques de la province ecclésiastique du Rhin, encouragés par un Bref que leur avait adressé' Pic IX le 26 juillet i85o, se réunirent à Fribourg sous laprésidence de leur métropolitain, Hermann de Yicari, ils se préoccupèrent des incidents du parlement de Bade, comme de tous les dénis de justice et de toutes les tracasseries administratives qu'ils avaient eu à subir
Dans le
grand duché de Bade.
Hermann
de \icari,
archevêque
de Frihourg,
Son portrait.
Les évoques de la province ecclésiastique
du Rhin
se réunissent
à Fribourg