I. GOYAL, IV
HISTOIRE GE?fERALE DE L ÉGLISE
Ils rédigent
un mémoire
sur la situation
faite à leurs
Eglises.
Deuxième
assemblée
de Fribourg
Les Etats
de Hesse,
de Nassau,
de Bade et de
Wurtemberg
rejettent les
réclamations
des évêques.
Les évêques administrent leurs diocèses
sans
se préoccuper
des lois
restrictives
que leur
opposent
ces Etats.
de lapait des petits Etats encadrés dans la circonscription ecclésiastique qu'ils représentaient. Le résultat de leurs délibérations fut un mémoire que chacun d'eux présenta à son gouvernement respectif. Ils demandaient qu'on les rendît maîtres de l'éducation de leurs clercs, qu'on leur permît de fonder des écoles catholiques, qu'on les laissât administrer les biens de l'Eglise sans entraves.
Onze mois après, aucun des gouvernements n'ayant donné une réponse à leur mémoire, les évêques se réunirent une seconde lois à Fribourg, et protestèrent ouvertement contre « un système dont la pratique entraînerait la ruine de l'Eglise dans la province ». Les Etats rhénans virent dans cette formule le début d'une lutte ouverte contre leur politique religieuse. Ils ne se trompèrent pas. Dès le mois de mai i85i, Kelteler, en vertu de l'indépendance que le droit naturel et le droit divin assurent à l'exercice de tout pouvoir purement spirituel, avait ouvert un séminaire sans demander aucune autorisation au gouvernement hessois. En mai 1862, le ministère badois ayant demandé à l'archevêque de Fribourg un service funèbre pour le grandduc Léopold, mort protestant, Vicari refusa de célébrer le service, en alléguant des lois de l'Eglise catholique. Le gouvernement, irrité, essaya de peser sur les prêtres. Sur 800, 740 lui opposèrent le même refus que leur archevêque.
Le 5 mars 1 853, les quatre gouvernements de Hesse, de Nassau, de Wurtemberg et de Bade se résolurent à répondre aux mémoires épiscopaux de i85i et de 1862. Ils rejetaient, en bloc et en détail, toutes les demandes. Vicari répliqua à cet acte gouvernemental en signifiant au ministère badois que les évêques catholiques étaient résolus à gouverner librement leurs diocèses, à administrer librement les biens ecclésiastiques. Presque en même temps, Ketteler disposait des cures sans en référer au gouvernement de Darmstadt ; Blum, évêquede Limbourg. agissait de même sans prévenir le grand-duc de Nassau ; les évêques de Wurtemberg prenaient la même attitude.
Le grand-duc essaya de couper court au mouvement d'indépendance en promulguant, le 7 novembre i853, un décret prescrivant qu'« aucune ordonnance rendue par l'archevêque de Fribourg ne serait reconnue en aucune façon, si la publication n'en était pas expressément autorisée par lui, grand-duc de Bade, ou par un commissaire spécialement nommé par lui. Le 11 novembre, Vicari répondit en excommuniant nommément le commissaire royal, nommé Burger. Le gouvernement défendit de lire en chaire la sentence épiscopale,
PIE IX ET LES DIVERS ETATS DE L EUROPE
et essaya de terroriser le clergé et le peuple en procédant à un grand nombre d'arrestations. La population badoise, malgré l'insuflisance d'un clergé trop soumis aux influences gouvernementales, étaitrestée très pieuse. La persécution raviva le zèle des attiédis. « Cbez les bons catholiques, écrivait le. publicisteAlbanStolz, c'est à peu près une gloire d'avoir été emprisonné. » Envain le gouvernement eut-il recours à l'une de ces habiletés basses qui déshonorent un régime. On fît dire aux jésuites qu'ils seraient épargnés s'ils blâmaient les actes de l'archovôque. Les jésuites pré fêlèrent déserter Fribourg que déserter la cause du chef du diocèse ^. Le vieil évêque semblait rajeuni dans la lulle. Pour répondre aux adresses que lui adressaient des catholiques de toutes nations de l'Europe 2, il trouvait des paroles dignes des Atlianase, des Ghrysostome et des Hilaire. Il avait des mots émus que Dœllinger ne pouvait entendre sans pleurer. Des protestants indépendants, tels que Léo et Gcrlach. savaient gré à Vicari d'avoir osé dire que « les choses d'Eglise ne regardent que l'Eglise ». Un tel mouvement était dénature à effrayer le gouvernement de Bade, Il se demanda même si l'agitation religieuse n'allait pas orienter vers l'Autriche certaines populations catholiques, jadis sujettes des Habsbourg. La cour de Vienne offrait son entremise diplomatique pour apaiser le différend. Il fallait devancer une pareille entreprise. On pressentit Ketteler, qui consentit à entrer en pourparlers avec les représentants des divers Etats. Une entente aurait peut-ctre pu se faire en celte année i854. Mais des entraves survinrent du côté de celte Prusse dont les catholiques invoquaient la législation ecclésiastique comme un modèle auprès des divers Etats protestants. Bismarck, qui se trouvait alors, comme représentant du roi Frédéric Guillaume, à la dièle de Francfort, plaida fortement la cause du protestantisme, qu'il représenta comme menacé par l'agitation catholique : si bien qu'il obtint non seulement la suspension des pourparlers, mais son envoi personnel à Karlsruhe et à Nassau. Quand il quitta ces deux villes, les désirs d'entente avaient fait place, dans l'esprit des deux souverains, à la volonté de poursuivre à outrance la répression de toute manifestation jugée hostile au gouvernement. Le 19 mai iSo\, Vicari, accusé d'excitation à la désobéissance, fut déclaré en état d'arrestation et