MoNTA.LBMui;uT, Œuvres, t. II, p
2. /(/., ibi<l , p. ()S3-0S6. Ce discours de Monlaicmbert est rejaidé comme ut* de ses plus beaux chefs d'œuvre oraloires.
Honstilution fé'It'ralt! suisse
du
i3 septembre
18^8 organise
fortement
le pcuivoir
central.
Elle proclame
en principe
la liberté des
cultes.
Mais elle
n apporte
pas un terme
aux mesures
oppressives.
Le concordat
des cinq cantons
organise
la persécution
légale du
rr, 1 1" ' 'r!«rr' >
(i5aoùti848).
Résistance
des catholique».
que nous venons de raconter, marque une transformation notable dans le régime politique de la Suisse. Le pouvoir central y fut fortement organisé, et la puissance des cantons y fut notablement restreinte. Quant à la question religieuse, le chef du parti triom[)hant, James Fazy, épris du libéralisme américain, eût bien voulu briser l'alliance trop intime de l'Eglise dite nationale et de l'Etat, qui faisait, depuis trois siècles, du gouvernement de Genève une théocratie protestante. Mais le gros de son parti ne lui permit pas de réaliser son idée. Sans doute, un article fut inscrit dans la Constitution, qui reconnaissait la liberté des cultes en lant qu'elle ne serait pai contraire à la paix publique et au maintien de l'ordre entre les diverses confessions. Mais, si l'on se montrait libéral en théorie, on le fut peu dans la pratique. L'Ordre des jésuites fut interdit, et, en maintes occasions, le gouvernement eut recours aux procédés les plus mesquins et les plus odieux pour frapper l'Eglise catholique et ses ministres.
Le i5 août 18/48, les cinq cantons qui composaient le diocèse de Genève et de Lausanne, ceux de Genève, Fribourg, Vaud, Berne et Neuchâtel, avaient conclu, sous le nom de concordat, un accord concernant les relations de l'Eglise catholique avec le pouvoir civil. Les cinq Etats se réservaient la nomination des évêques, qui devaient prêter serment d'obéissance à la Constitution et à toutes les lois de leur canton. Les candidats au sacerdoce devaient passer un examen devant une commission mixte. Le placet du gouvernement était exige pour la « postulation aux bénéfices » et pour l'exercice de toute fonction épiscopale ; Vexequatiir, pour toute publication venant du Saint-Siège ; et des réserves étaient faites contre l'admission des décisions du concile de Trente *.
En publiant ce document, {'Observateur de Genèvef organe des catholiques, écrivait : « Partout, les catholiques doivent sVcrier: Non possanms, nous ne pouvons pas. Ils doivent ajouter, avec la même fermeté : Non voliimus, nous ne voulons pas. Et, s'il faut subir la persécution, comme autrefois les martyrs, eh bien I nous verrons^. » Le clergé de Genève, réuni en conférence, dénonça solennellement, sous la forme d'une lettre adressée à son évèque, contre « l'apparition d'un plan subversif de la constitution divine de
I. Voir le texte intégral du concordat dans l'Ami de la Rtliçjion du lo septembre x848, p. 732 733.
a. Ami de la Relujion, loc. cit., p. 722.
PIE IX ET LES DIVEI\S ETATS DE L EUROPE
l'Eglise* ». Par une lettre du 18 septembre i848, l'évêque de Lausanne et Genève, Mgr Marilley, prolesta contre le serment que la population de Fribourg allait être appelée à prêtera la Constitution. Sommé par trois fois de retirer sa protestation, le prélat déclara que, à l'exemple des apôtres, il « devait obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes 2 ». Le 3o septembre', le cardinal Soglia, secrétaire d'Etat de Pie IX, protesta à son tour, au nom du pape, tout spécialement contre le droit que s'adjugeaient les cinq cantons de nommer les évêques, et contre l'obligation qu'ils prétendaient imposer aux fidcle£ de prêter serment à une Constitution contraire aux droits de 1 Eglise-^. Le gouvernement ré[)liqua eu arrêtant, le 25 octobre, Mgr Marilley, en l'emmenant de Fribourg par la force et en l'internant au château de Chillon. Le Conseil d'Etat de Fribourg déclara qu'il prendrait lui-même les mesures nécessaires pour l'administration provisoire du diocèse. Mais le clergé et les fidèles ne reconnurent jamais d'autre autorité spirituelle que celle de leur évêque, qui, consolé par Pie IX, continua du fond de son exil à diriger les affaires de son diocèse. En décembre i852, les gouvernements de Genève et de Fribourg, impuissants à rompre le lien qui unissait le piélal à ses onaillcs, se décidèrent à entrer en pourparlers avec Rome. Mais Pie IX ayant exigé, préalablement à toute négociation, l'élargissement de l'évêque, les autorités suisses retirèrent leur projet. Mgr Marilley ne rentra à Fribourg qu'en i856.
D'où venait, en Suisse, cette intolérance religieuse, qui rappelait les plus mauvais jours du temps de Calvin P Elle tenait à plusieurs causes. La Suisse, nous l'avons vu plus haut*, était devenue, dès le début du xix* siècle, le rendez-vous de nombreux adeptes des sociétés scciètes, qui y avaient forcément fait pénétrer leur esprit d'hostilité envers le catholicisme. L'influence exercée en Suisse par la philosophie de l'Allemagne, à qui les universités de Baie, de Berne et de Zurich demandaient leurs professeurs, avait abouti, par une autre voie, à de semblables résultats. La foi chrétienne, ruinée dans ses bases, se perdait dans une anarchie où vingt sectes diverses, mormone, anabaptiste, irvingienne, darbyte, antonienne, professaient les dogmes les plus étranges, parfois les plus fuuestes à la société.
Protestation
de
Mgr Mariiley,
évèque
de Lausanne
et Geuève.
Arrestation
de
Mgr Mariliej
(a 5 o loljre
Etat religieux de la Suisse.
Elle est U rendez-vou»
des sociétés
secrètes
de l'Europe
et des sectes
protestantes
les
plus étranges.
1. Ami de la Reliciion du iC octobre 18^8, p. i, a Id., du 0 octobre i8/j8, p. fx^f):».