Voir, plus haut, P- »^4, i
Le pouvoir
issu (le la
Constifiition
de i8'j8
persécute
toutes
les Kglises
chrétiennes
sauf lEglise
nationale.
Le mouvement protestant du Réveil religieux.
Le pasteur
Alexanirc
Vinet
L' « Eglise
HIto )) de Lausanne.
Le besoin d'une réaction se faisait sentir. L'avènement au pouvoir du parti radical, qui combattait pour la centralisation politique, favorisa cette réaction. Mais les tendances centralisatrices, lorsqu'elles sont excessives, tournent facilement au despotisme. C'est ce qui arriva. Toutes les Eglises chrétiennes, sauf l'Eglise dite nationale, furent victimes d'une vraie persécution ; et cette persécution atteignit tout particulièrement l'Eglise catholique, en qui le radicalisme protestant vit son plus redoutable adversaire.
Cependant, à côté de ce mouvement autoritaire et persécuteur, un autre mouvement tendait à promouvoir la renaissance, ou, comme on disait alors en Suisse, le réveil religieux par des moyens tout opposés. Ce mouvement, qu'on pourrait rattacher par ses origines à l'enseignement inauguré à Genève, en i832, par Merle d'Aubigné, et, plus loin encore, à la « Société évangélique j> fondée en 181 6 dans la même ville par des méthodistes anglais, fut surtout représenté par un noble esprit, Alexandre Yinot. Sans répudier jamais les principes fondamentaux du protestantisme, Vinet tenta de le régénérer de deux manières : en le libérant de ses attaches avec l'Etat et en le rattachant d'une manière plus étroite à la foi au Christ, vrai homme et vrai Dieu, a On le vit, dit Saint-René Taillandier, attaquer le système des Eglises nationales avec autant de dignité que de vigueur ; on le vit demander la séparation du spirituel et du temporel au nom des intérêts de l'âme ^ » « Il fut, dit Sainte- Beuve, le principal défenseur de la liberté religieuse à Lausanne ; il prit en main le droit de ceux qu'on persécutait^. » Alexandre Vinet a parlé avec un attendrissement où semble percer quelque regret, des fleurs de sainteté écloses dans l'Eglise catholique, et il s'est exprimé sur la divinité de Jésus-Christ en des termes empreints delà plus touchante émotion. « Je ne comprends rien, disait-il, au Dieu vague et insaisissable du poète Lamartine. Il n'a pas de pieds que je puisse baigner de mes larmes, des genoux que je puisse embrasser, des yeux où je puisse lire ma grâce, une bouche qui puisse la prononcer. Il n'est pas un homme, et j'ai -besoin d'un Dieu-homme ^. »
L'influence personnelle de Vinet fut considérable. Sur deux cent cinquante ecclésiastiques qui formaient la hiérarchie de « l'Eglise nationale », il en détacha cent quatre-vingts. Ils furent aussitôt
1. Saint René Taillandier, dans la Revue des Deux Mondes du i5 janvier i864.