Ijid., t. I, p
Ilisl. géu. do I K-li.c. - VIIÎ aS
Sa jeunesse.
SoB entrée
dans le clergé
anglican
Ses idée»
religieuses se rapprochent
de celles des tractariens
d'Oxford.
Il se montre
hostile
à l'ingérence
de 1 Etat
dans
le domaine
spirituel.
L'affaire Gorham,
mière jeunesse, l'objet de son ambition fut la vie politique, où il aspirait à jouer un premier rôle d'homme d'Etat. Sa devise était alors : Aut Cœsar, aut nihil, La ruine de sa fortune paternelle et quelques autres désenchantements de sa jeunesse, en le forçant à renoncer à son rêve ambitieux, ramenèrent sa pensée vers des objets plus i^raves. Heureusement influencé par une pieuse amie, miss Bevan, il se tourna vers la vie ecclésiastique. Chargé, en i833, d'un poste de vicaire dans la paroisse de Lavington, il se tint en dehors des controverses relatives au n^ouvement tractarien, et, plus préoccupé de pratique que de doctrine, il s'appliqua, avec un zèle aussi ardent que sagement inspiré, à soulager les misères morales et matérielles de son peuple. En 1887, ^^ mort de sa femme, qui lui fut enlevée par une maladie de consomption après quatre ans d'une union sans nuage, acheva d'orienter son âme vers la piété. Ses idées religieuses, sur les points capitaux, devinrent à peu près celles que professaient les disciples de Newman. Les liens d'intimité qui le liaient à Gladstone, le futur premier ministre, alors très mêlé au mouvement d'Oxford, favorisèrent cette orientation de sa vie. Les prières, les rites en usage dans lEglise catholique parlaient à son cœur. Mais ce qui l'indignait plus que tout, dans l'Eglise anglicane, c'était de la voir gouvernée par une autorité civile. Pour lui, les choses d'Eglise ne devaient relever que de l'Eglise. Les ingérences de l'Etat dans le domaine des questions religieuses, le révoltaient. Craignant de détacher ses coreligionnaires de l'Eglise établie et de favoriser l'exode vers Rome inauguré par Newman *, il se contentait de gémir en silence. Un procès célèbre, l'affaire Gorham, dans lequel on vit le Conseil privé se prononcer, contre les autorités ecclésiastiques, en faveur d'un pasteur qui ne croyait pas à l'efficacité du baptême, acheva de lui faire perdre confiance en l'organisation de l'Eglise anglicane^. Le temps qui s'écoula, depuis le prononcé de l'arrêt du Conseil privé, en mars 1849, jusqu'à la fin de i85o, fut pour Manning une période de tortures atroces de conscience, une sorte d'agonie. Il hésitait à sortir d'une Eglise à laquelle l'attachaient tous ses souvenirs et en laquelle il n'avait plus foi.
1. En 1845, Newman, devenu son ami, lui ayant fait part de son abjuration, Manning lui en témoigna sa peine, ne lui cachant pas qu'à ses yeux, cette défection étai^; un péché, ou, comme il disait ailleurs, « une chute » (Li/e of Manning, t. I, p. 309). -
2. Sur le procès Gorham, voir Hemuer, Vie du cardinal Manning^ un vol. in-80, Paris, 1898, p 66-67.
PIE IX ET LES DIVERS ETATS DE L EUROPE
L'affaire dite de « l'a^^ression papale » le mit en demeure ae se prononcer. Il le fît avec courage. 11 fit par-devant notaire la résignation de son emploi et de son bénéfice ; puis, sortant de chez l'homme de loi, il entra dans une église catholique, et y récita, pour la première fois de sa vie, le Je vous salue, Marie. Le 6 avril i85i, Manning fit son abjuration entré les mains du jésuite Brov^nbill. Quelque temps après, le Times ayant annoncé son retour à l'Eglise anglicane, il répondit au journal : « J'ai trouvé dans l'Eglise tout ce que je cherchais, et plus même que je n'aurais pu imaginer avant de lui appartenir^. » A partir de ce moment, le zèle de Manning pour le catholicisme, pour ses rites, pour ses traditions et pour son chef infaillible, ne fit plus qu'augmenter jusqu'à sa mort.
Pendant trois années, de i85o à i853, il partagea son temps entre ses études théologiques à Rome et des prédications apostoliques en Angleterre. En i854, le cardinal Wiseman le prit comme auxiliaire dans ses œuvres d'évangélisation et d'administration. Dès cette époque il s'occupa, sous l'inspiration du zélé prélat, de la fondation d'une communauté de prêtres séculiers, qui, placés sous la main de l'archevêque, se tiendraient prêts à entreprendre toutes les œuvres d'apostolat qu'on leur confierait. Il réalisa cette idée, en i856, par la fondation des Oblats de Saint-Charles. Sa nomination, faite à la même époque, de prévôt du Chapitre de Westminster, en lui donnant une autorité nouvelle, lui permit d'élargir le champ de son apostolat.
Par les conversions de Nevvman et de Manning, !'« Eglise établie » d'Angleterre avait perdu les deux hommes les plus éminent» de son clergé. Après leur départ, Pusey devint le personnage le plus en vue du parti. Allait-il les suivre? Il n'en fut rien. Pusey, ne désespérant pas de revivifier l'Eglise anglicane, continua à emprunter à l'Eglise romaine ses dévotions, ses formules de prières et ses rites. Il rétablit deux institutions qui semblaient identifiées à l'essence du catholicisme : la vie monastique et la confession. Il fit de l'Eucharistie le centre du culte. Mais on se serait trompé en voyant en son œuvre un acheminement vers la soumission à Rome. Pusey ne voulait pas entendre parler d'une telle démarche. L'Eglise d'Angleterre devait, selon lui, s'élever par elle-même à la pureté de doctrine et de culte
Sa converfîon
au
catholicisme
(6 avril i85i)
Il devient
auxiliaire
du cardinal
Wiseman
Il fonde les
OblaU de
Saint-Charle»
L'œuvre de Pusey.
Son plan :
préparer
une uuion
des Eglises
par la
restauration
de l'Eglise
anglicane et
en détournant
les anglicans
de toute
conversion
individuelle.
I. Madaune. llisL. de la lenalss. du calkol, en Angleterre au XIX^ siècle, un vol, in-S»», Paris, i8(jG, p. 470,
mSTOIRE GENERALE DE L EGLISE
Le pijseyisme
ou ritualisme.
En quoi
il diffère
du tractaria-
nisme.
L'école
libérale profite
de la
décadence
du mouvement
tractarien
pour s'installer
dans
l'Université
d^Oxfofd.
Fondation
de l'Eglise
large ,Broad
church).
Caractère de
cette nouvelle
Eglise
pruleeUiite.
qu'elle ayait perdue. Cette transformation accomplie, ce serait le moment de négocier une union avec l'Eglise romaine. En attendant, les conversions individuelles n'étaient, à ses yeux, que des gouttes d'eau tombant sans profit dans l'océan.
Par ce seul caractère, le puseyisme, comme on l'appela, ou le ritualisme, se différenciait du mouvement tractarien. Il s'en sépara de deux autres manières. Les disciples de Pusey se recrutèrent désormais, non plus dans le monde des étudiants universitaires^, mais parmi les membres du clergé paroissial. Par là même, le centre de ce mouvement, plus pratique que doctrinal, moins académique que paroissial, ne fut plus l'université d'Oxford.
Quant au mouvement tractarien, abandonné d'un côté par Newman et ses disciples, et de l'autre par Pusey et son école, il t'affaiblit rapidement et parut bientdt mort.
C'est alors que l'école libérale jugea le moment venu de s'emparer, à Oxford, de l'influence perdue par lei tractariens. Elle s'y installa. Elle essaya même d'y organiser une nouvelle Eglise, qui se nomma. Broad Charch (Eglise large), par 'opposition à l'Eglise haute [High Church) et à l'Eglise basse (Low Church). Au fond, l'Eglise large désigna moins un parti délimité et organisé, ayant son Credo, qu'un état d'esprit, une tendance, he broad churchman fut le personnage pour qui toute opinion nouvelle et hardie eut un attrait particulier. Il fit profession de puiser ses informations dans la littérature et dans la science allemandes. La plupart des opinions téméraires soutenues depuis en Angleterre sur l'interprétation de la Bible et sur la transformation des dogmes, furent défendues par des broad churchmm *,
l^Q Les événements religieux qui s'accomplirent dans les autres Etats
catholicisme ^q l'Europe pendant la première partie du pontificat de Pie IX, de
autres Eiate i8Zi6 à i855, n'eurent pas l'importance de ceux dont la France,
de l'Europe. l'Italie, l'Autriche, la Prusse, la Suisse et l'Angleterre furent les
1 . Sur l'histoire du puseyisme, voir Thurba^u-Damgim, la Renaissance cath, «a Angl. au XIX»siècle,t. II, p. 87 i55, 229-261.
PIE IX ET I-ES DIVERS ÉTATS DE L*EUROPE
théâtres pendant cette période. Nous devons cependant les mentionner.
Presque toute l'Europe avait subi le contre-coup de la révolution de i848, et presque partout cette secousse avait eu pour effet d'y introduire des institutions libérales, dont l'Eglise profita ; mais, en même temps, une liberté pljis grande étant laissée aux manœuvres des sectes anticatholiques, elle fut soumise, de leur part, à de plus rudes assauts.
La Constitution hollandaise de i848 garantissait la liberté de l'enseignement. Encouragé par les dispositions que manifestait la nouvelle législation. Pie IX jugea que le moment opportun était arrivé de reprendre des négociations, entreprises dès i8i5 et plusieurs fois interrompues depuis lors, à l'effet de réorganiser la hiérarchie catholique aux Pays-Bas. En i85i, le ministère hollandais déclara ne vouloir mettre aucun obstacle à ce projet. En conséquence, Pie IX, par sa lettre apostolique du 4 mars i853, décréta l'établissement de cinq diocèsesà Utrecht, Harlem, Bois-le-Duc, Bréda et Ruremonde, et érigea ces cinq diocèses en province ecclésiastique sous l'autorité de l'archevêque d'Ulrecht *. Mais cet acte du souverain pontife souleva tout à coup trois partis contre lui : le parti dit orthodoxe, étroitement attaché au calvinisme, et qui ne désirait rien de moins que le retour à la législation de l'ancien régime, au protestantisme religion d'Etat ; le parti dit conservateur, qui, sans aller jusqu'à une pareille prétention, craignait devoir disparaître son influence et ses privilèges ; et enfin le parti des sociétés secrètes, lesquelles, en Hollande tout spécialement, avaient presque toutes partie liée avec l'hérésie protestante. Une agitation pareille à celle qu'avait suscitée en A.ngleterre, trois ans plus tôt, un acte semblable de Pie IX, bouleversa le pays. Mais ces violences mêmes en compromirent le succès. Plusieurs journaux protestants s'en indignèrent, et contribuèrent i ramener la paix religieuse dans les Pays-Bas.
Le 29aoûti853, Pie IX compléta l'organisation delà hiérarchie catholique en Hollande, en excommuniant l'évêque janséniste Herman Heykamp, qui avait usurpé la juridiction du diocèse d' Utrecht, et en exhortant paternellement les schismatiques à rentrer au bercail de l'Eglise romaine *.
Le
catholicisme en HollanrJe.
Ritabl !«<»«-
ment <le la hiérarchie
catholique
aux Pay»-Baf'
par Pie IX.
(4 mars i85i).
Emotion produite par l'ado pcaiiHcal.
Ex:ommuiii-
cation
de l'évèqut
janséniste
Heykamp
(39 août
I. Voir cette Lettre apostolique dAnsCnk^jn^L, Annales ecclésiastiques, p. 1 28-1 32, a. Chaistrel, op. ci7., p. i5i-i53. La bulle pontificale, adressées tous les catholiques de Hollande, expose la situation du schisme janséniste aux Pa^s-Bas.
Le
catholicisme en Belgique.
Division
des
catholiques
et
dts libéraux.
Le ministère 'ibéral de i847-i855.
Vaillante
attitude
de la presse
catholique
belge.
Le
catholicisme •n Espagne.
Politique
du c-''néral
La Belgique, qui s'était donné une Constitution libérale en i83o, n'eut pas à la modifier en i848. La tentative d'une bande d'insurgés, accourue de France pour y révolutionner le pays, eut pour résultat de l'attacher davantage à son roi Léopold I". Les événements de i848 eurent donc peu d'effets sur la situation de l'Eglise de Belgîque. Les difficultés qu'elle rencontra, de 1847 ^ i855, lui vinrent d'une autre cause, tenant exclusivement à la politique intérieure du pays.
Nous avons vu que les libéraux et les catholiques s'étaient unis, en 1800, pour la conquête de l'indépendance de la nation. Cette union, déclarée provisoire dès le début, n'avait pas survécu au triomphe de la cause nationale. Les catholiques, prenant pour programme « la liberté de TEglise », et les libéraux adoptant pour mot d'ordre « l'indépendance du pouvoir civil », s'étaient trouvés aux prises ; et bientôt s'étaient formés deux partis bien tranchés, qui, comme les whigs et les tories de l'Angleterre, devaient, jusqu'à nos jours, par une sorte de jeu de bascule, se disputer le pouvoir. Or, en 1847, "^ ministère libéral venait de remplacer un ministère catholique. Jusqu'à sa chute en i855, il témoigna, par diverses mesures, de sa méfiance envers l'action de l'Eglise. Le 20 mai i85o, dans une allocution consistoriale, Pie IX crut devoir ({ manifester publiquement sa douleur à la vue des périls qui menaçaient la religion en Belgique ». La presse catholique, organisée sous la direction des évêques, soutint avec vigueur la cause de l'Eglise. Eu juin i85i, le souverain pontife récompensa par des distinctions hon iques le chevalier Stas, directeur du Journal de Bruxelles, le P, Kerslen, fondateur du Journal historique et littéraire de Liège, et le baron de Gerlache, connu par plusieurs publications entreprises pour la cause de la liberté religieuse.
Politiquement isolée de l'Europe depuis la chute des Bourbons, l'Espagne, sous les coups des événements de iS48, courait le risque de tomber au pouvoir des factions. Mais le gouvernement avait alors pour chef un général énergique, Narvaez, dont la main ferme sut, à l'intérieur, contenir tous les partis sans porter atteinte aux libertés publiques. A l'extérieur, il profita de l'occasion qui s'offrit à lui de renouer les rapports de l'Espagne avec la diplomatie européenne en contribuant, par l'envoi d'un contingent de troupes, au rétablissement de l'autorité du pape dans les Etats pontifî.-
PIE IX ET LES DIVERS ETATS DE L EUROPE
eaux K Pie IX, dans son allocution du 20 mai i85o, donna des éloges à l'Espagne et exprima sa reconnaissance au gouvernement d'Isabelle II. L'heure était venue de reprendre, avec plus de chances de succès, des négociations entamées dès le mois de janvier iSl\b entre la cour de Rome et la cour de Madrid en vue d'un concordat, et qui avaient été malheureusement interrompues. Le 16 mars i85i, une convention en quarante-six articles fut conclue à Madrid entre le nonce Brunelli et le ministre Manuel Bertran de Lis. Cette convention garantissait le mainti n de la religdon catholique comme reli gion de l'Etat, l'inviolaljUité des droits des évêques, la capacité [X)ur rE"lisc d'acquérir et le rétablissement des séminaires. En échange, le pape consentait à l'abolition des juridictions ecclésiastiques, à une nouvelle circonscription des diocèses, au maintien des anciens droits de nomination des monarques espagnols, et s'engageait à ne plus élever de réclamations à propos des biens d'Eglise déjà vendus. Ce concordat fut approuvé par les Certes, puis ratifié, le 5 septembre i85i, par Pie IX, qui, par une circulaire du 17 mai i852, exhorta les évêques espagnols à profiter des nouvelles dispositions concordataires pour réunir des conciles provinciaux et diocésains, pour fonder des séminaires et pour défendre avec courage la liberté de l'Eglise.
Malheureusement, le concordat de i85i ne put pas longtemps être appliqué. La révolution de i854 ramena la persécution religieuse. Dans le consistoire du 26 juillet i855. Pie IX fut contraint d'élever de nouveau la voix contre la vente des biens d'Eglise, l'ingérence du gouvernement dans l'administration des diocèses et autres abus flagrants. Il fallut attendre l'année 1869 pour conclure un nouveau concordat, lequel ne fut pas non plus pleiriement exécuté.
Pendant cette période, deux hommes remarquables, un prêtre, Jacques Balmès, et un laïque, Donoso-Cortcs, marquis de Yaldegamas, honorèrent particulièrement l'Eglise d'Espagne
Jacques Balmès, né à Vich, en Catalogue, le 28 août 18 10, et mort, dans sa trente-neuvième année, le 9 juillet i848, est à la fois
Le concorda espagnol de i85i.
Destinée
de ce concordat.
Penonaaçet
remarquabiet
de 1 Eglise
d'Espagne
pendant
jette période.
Jacques
Balmès
I. Dos le ai décorabre i848, le gouvernement espagnol, par une note diplomatique, avait invité les Etats catholiques à délibérer sur les mesures à prendre p>ur garantir l'autorité du pape contre les menées révolutionnaires. Voir cette lettre daii* CuAMTRBL, Annales, p. 6a.
A40 HISTOIRE GÉNÉRALE DE l'ÉGUSE
un philosophe, un historien, un moraliste social et un écrivain politique. Soit que dans sa Philosophie fondamentale il combatte à la fois l'éclectisme de Cousin et le panthéisme germanique, en essayant d'adapter aux besoins du xix" siècle la doctrine de saint Thomas * ; soit que, dans son Protestantisme comparé au catholicisme., il rectifie les idées de Guizot sur le mouvement général de l'humanité, en revendiquant pour le catholicisme la grande part qui lui appartient dans la formation de la civilisation moderne; soit que, dans ses écrits d'économie sociale, il travaille à se frayer une voie sûre entre les utopies du socialisme et les impitoyables axiomes des économistes )ibéraux, ou que, dans le domaine de la politique, il s'efforce de préparer Tavenir sans rejeter en bloc les legs du passé : partout il apporte dans ses doctrines un esprit ouvert, pénétrant, et souvent très profond. Ses tendances le rapprochent de l'école qui reconnaît pour chefs en France Ozanam, Lacordaire et Montalembert^. Donoso- Cortès, marquis de Valdegamas, né le 9 mai 1809, au château de Valdegamas, dans l'Estramadure, et mort à Paris le 3 mai j853, aborde, comme Balmès, les questions philosophiques, historiques, sociales et politiques ; mais il les considère à un point de vue qui le rapproche plutôt de son grand ami Louis Veuillot. Balmès admire dans la civilisation moderne « cette admirable conscience publique )) que le catholicisme a lentement formée et dont bénéficient ceux-là même qui insultent l'Eglise ^ ; Donoso-Gortès professe qu'entre la civilisation moderne et le christianisme il y a « un abîme insondable, un antagonisme absolu » *. Balmès considère sans peur et même avec une véritable satisfaction « cet esprit de liberté qui envahit le monde civilisé et pénètre de tous côtés comme DonosoCortès un fleuve débordé ^ » ; Donoso-Gortès, dans un discours célèbre, ^ ^ '* s'écrie: « La question n'est plus entre la liberté et la dictature; elle se trouve posée entre deux sortes de dictature : celle de l'insurrection et celle du gouvernement. A une dictature qui vient d'en bas, je préfère une dictature qui vient d'en haut ; puisqu'il faut
I. Lui-même a écrit, au sujet de sa Philosophie fondamentale : « Ceci n'est que la philoso[>hie de saint Thomas appropriée aux besoins du xixe siècle )) (A. db Blanchb-Raffin, Balmès, sa vie et ses ouvrages, un vol. in-S», Paris, 1849, P* 299)*
a. Cf. A. LuGA.N, Balmès, un vol. in-12, Paris, 191 1.
3. Balmès, le Protestantisme comparé au catholicisme^ chap. xx.
4. DoNoso ConiÈs, Œuvres, trois vol. in-80, Paris, 1862, t. I, p. 34o.
5. Balmès, Pie IX. Cf. P. Gasanovas, S. J., Apologetica de Balmès, p. 3o5-3io ; LuGAN, op. cit., p. io5-io6.
PIE IX ET LES DIVERS ÉTATS DE L*EUROPE f\[\\
opter entre la dictature du poignard et la dictature du sabre, mon choix est fait : je choisis celledu sabre * ».
Presque partout, d'ailleurs, en France, en Angleterre, en Italie, Balm^"? et
.,, 1 -Il 1- 1» • ' L X Donoso Corl.'s
en Alleniagne, de pareilles divergences d opinions s accusent. Les représentent
révolutions de i848 ont posé de redoutables problèmes, que les deux
penseurs cherchent à résoudre, les uns en penchant vers la liberté, ■ ,g
les autres en inclinant vers l'autorité. Ces divergences amèneront, manifestent
entre catholiques, de longs conflits, qui seront le principal objet des partout
préoccupations de Pie IX pendant la seconde partie de son pontificat, «n Europ©
I. DoHoso CoRxfts, Œuvres^ t. I, p. 337. Sur Donoso-Cortè», voir V Introduction \ «es Œuvres, par Louis VEUir.LOT, t. T, p. 1-64, et Montalbmbbrt, Donoso- Cor lès, dô:.i le Covrcs^oadanl du a5 août i853.
de Pie IX.