CHAPITRE XI
D2 LA BULLE Ineffahills a l'encyclique Quanta cura (i85^-i864)
Le monde, dont l'attention s'arrête souvent aux événements L* piété extérieurs, n'avait guère vu, jusque-là, en Pie IX, que le chef d'État. Jusqu'à Texil de Gaëte, ceux qui penchaient vers les solutions libérales des problèmes politiques avaient loué sa générosité à répondre aux aspirations populaires. A partir de l'exil de Gaëte, ce fut le tour de ceux qui inclinaient vers les solutions autoritaires, de l'admirer pour le courage qu'il manifestait dans la défense des droits de Dieu et du Saint-Siège *. Seuls les témoins de sa vie intime et quelques esprits pénétrants, en parlant de Pie IX, considéraient avant tout ce qu'il y avait, dans l'âme du nouveau pape, de foi profonde et d'ardente piété. De ce nombre était Jacques Balmès. u La question du changement de la politique romaine, disait-il peu de temps avant sa mort, est la plus grave, la plus difficile qui soit au monde ; mais je ne m'en inquiète guère.. . Pie IX est, avant tout, un homme d'oraison. Voilà pourquoi je suis sans crainte sur le succès final. Que peut la Révolution contre un homme uni à Dieu ^ ? »
1. Parmi ceux qui avaient particulièrement loué Pie IX. de ses efforts pour réconcilier la liberté avec le pouvoir, on peut citer Balmès, dans son livre sur Pie IX, qui fut son dernier ouvrage et comme son testament (Voir Blanchb- Tij^FFiti, Jacques Balmès, p. io5 109, 286-291). Parmi ceux qui attaquèrent les tendances libérales du pape, il faut mentionner Grélineau-Joly (Voir Maynard, J. Crélineau-Joly, p. 3i6, 1x02 et surtout p. 386-387). Crétineau-Joly, dans son IJisLoire du Sonderbund, publiée en i85o, à propos de la politique de Pie IX dans les affaires de Suisse, « reprenait toute l'histoire de son pontificat, dont il faisait une peinture insultante, 11 le représentait comme un esprit faible, amoureux de popularité, se laissant réduire « d'ovation en ovation, c'est-à-dire de chute en chute, à n* plus même disposer de sa volonté » et condamner à un rôle « plus digne d'un héros de roman que du Vicaire de Jésus-Christ » (Matnird, Crélineau-Joly^ un vol. in- 80, Paris, 1875, p. 387).
a. A. DB Blanchb-Raffik, op. cit.^ p. 104-107.
DE Li BULLE InefjahiUs à l'encyclique Quanta cura 443
D^'S son enfance, celui qui devait être le pape Pie IX s'était fait remarquer par une tendre dévotion envers la Sainte Vierge. Chassé de Rome par la Révolution, à peine arrivé au lieu de son exil, il conçut l'idée, pour conjurer les fléaux qui menaçaient l'Eglise et la société, de ranimer le culte des fidèles envers la Reine du ciel. « Nous avons la ferme espérance, écrivit-il dans une encyclique du 2 février 1849, que la Vierge pleine de grâce et de suavité écartera de nous, par son instante et toute-puissante protection auprès de Dieu, les cruelles angoisses dont nous souffrons..., apaisera les effroyables tempêtes dont l'Eglise est assaillie de toutes parts *. »
Le moyen le plus propre à obtenir une rénovation de piété envers la Vierge Marie lui parut être la proclamation du dogme de son Immaculée Conception. Il demanda à tous les évêquesde l'univers de recueillir dans leurs diocèses les traditions touchant la croyance à la conception immaculée de la Vierge.
Lésâmes pieuses comprirent seules la portée de la nouvelle encyclique. La plupart des hommes politiques, qui avaient donné une grande attention aux réformes administratives de Pie IX, sourirent ou dédaignèrent de s'occuper de cet acte. Il avait dans la pensée du souverain pontife, et il devait avoir dans l'histoire de son pontificat une importance considérable. Jusque-là, Pie IX, sans rien abandonner des dogmes catholiques et sans rien céder des droits du Saint- Siège, avait voulu montrer que l'Eglise était prête à répondre à toutes les aspirations légitimes des temps modernes : la preuve était faite, et l'échec de ses généreuses entreprises ne pouvait être attribuée qu'à la mauvaise volonté des sectes révolutionnaires ; il allait désormais chercher, avant tout, le salut de l'Eglise et de la société dans la restauration des vérités doctrinales et de l'autorité disciplinaire dont Dieu lui avait confié le dépôt.
On peut dire que cette phase nouvelle de son pontificat s'ouvrit le 8 décembre i854, lorsque, après avoir invoqué le témoignage d'une tradition antique et universelle, il définit, « en vertu de l'autorité des saints apôtres Pierre et Paul et de la sienne propre », que « la
Il recourt,
dans
ses épreuves,
à la Sainte Vierge.
Son projet
de définir
le dogme de
l'Immaculée
Conceolion
Définition du dogme
par la bulle Inejjabilis
(8 décembre i854,.