Eugène Veuillot, Louis Veuillol, t. 111, p
Tactique
de Gavour
pour
la réalisation
de son plan
polilique.
En engageant
ritalle
dans la guerre
de Grimée,
il parvient
à poser, au Congrès
de Pari»,
en i856, la
(( question
italienne » et
même la « question romaine ».
Souple autant qu'obstiné, patient autant que résolu, Cavour poursuivit l'exécution de son plan avec méthode.
Le petit Etat sarde, simple parcelle de la mosaïque italienne, n'avait aucune voix dans le concert des grandes puissances européennes. La première chose à faire était de lui donner cotte voix. En i853, le conflit soulevé par la France en Orient contre la Russie à propos de la question des Lieux Saints, parut à l'homme d'Etat l'occasion favorable d'une intervention par laquelle le Piémont se hausserait jusqu'à la politique générale des grands Etats. Par le traité du 20 janvier i855, qui admettait le Piémont à prendre part à la guerre comme allié de la France et de l'Angleterre, la chancellerie de Turin prenait, pour ainsi dire, sa carte d'entrée au congres de la paix. Cavour eut le talent de faire comprendre ce point de vue à l'armée de i5.ooo hommes qu'il dirigea vers la Crimée. Dans la boue des tranchées de Sébastopol, ils eurent conscience qu* « avec cette boue se faisait l'Italie ». On le comprit mieux quand, au congrès de Paris, en i856, on vit la question de l'Italie introduite dans les délibérations des puissances et plaidée, au nom du Piémont, par Cavour lui-même. Jusqu'à ce moment, l'habile homme d'Etat avait joué de souplesse et d'astuce. Admis à prendre la parole au même titre que les représentants de la Russie, de l'Autriche, de l'Angleterre et de la France, et fort de l'appui de ces deux dernières puissances, il fut hardi. Il déroula, dans ses grandes lignes, tout son plan. Il ne se contenta pas de signaler comme « anormale » l'agglomération des Etats de la Péninsule, et de montrer, d'un ton violent, « le Piémont menacé par l'extension de l'Autriche » ; il soumit au comte Walevvski et à lord Clarendon, ministres de France et d'Angleterre, une note verbale exposant que le pape était impuissant à gouverner ses Etats ; qu'une séparation, au moins administrative, de Rome d'avec ses Légations *, s'imposait. A la suite d'une délibération des mem-
I. Afin de faciliter l'intelligence dei faits qui vont être racontés, nous croyons utile de donner ici la division des Etats pontificaux, telle qu'elle avait été établie le jo novembre i85g. Elle comprenait l'arrondissement de Rome et quatre Légations, i/arrondissement de Rome se composait de la Ville éternelle, de sa banlieue, des provinces de Viterbe, d'Orvieto et de Givita-Vecchia. La première Légation, connue sous le nom de Romagnes, renfermait les provinces de Bologne, Ravenne, Forli et Ferrare. La seconde Légation, désignée sous le nom de Marches, était formée des provinces d'Urbino, Pesaro, Macerata-Loreto, Ancône, Fermo, Ascoli, Gamerino. La troisième se composait des provinces de Rieti, Spolète et Pérouse ; et la quatrième, de celles de Velletri, Frosinone et Bénévent. — Dans certains documents, on désigne sous le nom de Légations les Romagnes seules.
DE LA BULLE IneffablUs A l'encyclique Quanta cura 4^7
bres du Congrès, saisis des motions de Cavour par les représentants de la France et de l'Angleterre, le 22" protocole du traité de Paris fut consacré à ce qu'on appela « la question italienne ». L'appellation était trop étroite. C'était la question romaine elle-même, intéressant au premier chef la catholicité tout entière, qui venait d'être posée K
On le vit bien à l'émotion générale qui suivit les délibérations du ^^^^ émoticn
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Congrès. Cavour eut beau déclarer « qu'il n'était pas prêlrophobe, par cet acte qu'il était prêt à donner à l'Eglise une liberté plus grande que celle ^^^'^ l'Eiiropa dont elle jouissait, que son seul objectif était de séparer le domaine temporel du domaine spirituel, TEtal de TEglise ' » ; tandis que le vieux Metternich écrivait que « la position prise par la cour de Turin faisait vibrer ses nerfs par des sortes d'impulsions galvaniques ^ », Victor-Emmanuel était comme effrayé de l'audace de son ministre*. Effectivement, le congrès de i856 fut le point de départ d'une campagne de pamphlets, de calomnies, d'outrages de toutes sortes, où les traites de i8i5, la puissance autrichienne, le pouvoir temporel de la papauté, l'influence des prêtres, mêlés et confondus sans raison, étaient vilipendés par des folliculaires sans scrupules. L'évêque de Poitiers, Mgr Pie, avec cette ardente spontanéité et ce Proiestailon dévouement passionné à la Chaire romaine, aux doctrines romaines, ®;*?' '" '**
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aux intérêts romains, qui fut la caractéristique de sa carrière épisco- de Poitiers. pale, fit entendre des protestations indignées, qui, par delà les agitateurs de bas étage, visèrent directement les Etats, qu il rendait responsables de l'agitation, a Les gouvernements rationalistes, disait il, ne sauraient rien édifier de solide et de durable ; et, pour être retardé, leur châtiment n'en est pas moins inévitable ^. » Le gouvernement Mgr Pie
français prit l'admonition pour lui et prépara des représailles \ Mais '® révèlo
coDQiiie le Ciiof les catholiques militants, dont VUnivers était l'organe, acclamèrent ecclésiastique
l'évêque de Poitiers comme leur chef ecclésiastique. Par sa science .^^ l'école
.1/ I • , . r, ., 1 , , ,. . dite ultran-.ou-
theologi({ue, par son attachement inflexible a la tradition et par uine.
l'iuUH'piciiié deson zèle, l'cvêcjue de Poitiers était le docteur indiqué
I. Cf. Correspondant du 35 juillet i856 ; Dbschamps, op. cit., t. IT, p. 333. 1. Cavour, Letlere^ i. II, p. 453.