Bau:!ard, loc. cit
du groupe de catholiques dont Louis Yeuiilot se faisait le vigoureux iuteiprète.
Cavour cherche à capter,
au pro5t de sa politique, les forces révolutionnaires.
Ses
pourparlers
avec Giuseppe
La Farina,
disciple
de Mazzini
(septembre
Fondation
de la Société
nationale
italienne
(iS56J.
collaboration
du parti
mazzinien
avec Cavour
lincline vers
l'hostilité
envers
le Saint-Siège.
Cavour cependant poursuivait lentement et sûrement son œuvre. Après avoir gagné à sa cause le monde de la diplomatie, il travaillait à maîtriser à son profit les forces révolutionnaires.
Parmi les hommes qui avaient compris la portée des décisions prises au congrès de Paris relativement à l'Italie et au Piémont, était un disciple de Mazzini, Giuseppe La Farina, esprit ardent, épris de politique militante, mais chez qui, comme chez beaucoup de ses compatriotes, l'ardeur de la passion ne nuisait aucunement à la vue claire des situations réelles et des possibilités pratiques. Sincèrement attaché à son maître, mais plus profondément dévoué aux doctrines mazziniennes, il comprit que celles-ci couraient les chances d'un plus grand succès en se liant à la fortune du Piémont et de Cavour. Celui-ci consentirait-il à s'en servir ? La Farina supposa le ministre trop intelligent pour négliger une pareille force. 11 ne se trompait point. Une entrevue, qui eut lieu, le 12 septembre i856, entre le conspirateur et l'homme d'Etat, sufiQt à les mettre d'accord. Le résultat de leurs conférences fut la fondation d'une Société nationale italienne^ association à la fois publique et secrète: publique en Sardaigne, où son dévouement à la cause du Piémont et de son roi devait faciliter son recrutement et son action, mais secrète à l'étranger, de peur d'éveiller des susceptibilités nationales ou de provoquer les répressions des pouvoirs publics. Sa compositiou lut très diverse : des avocats, des hommes de lettres s'y rencontrèrent avec des artisans et des ouvriers. Partant, l'action de ses membres fut très variée : tandis que i'hoiiime du peuple propageait la doctrine de la rénovation de l'Italie parmi ses camarades d'atelier, des poètes, des artistes, des romanciers exaltaient la patrie italienne, et des savants recueillaient patiemment tous les vieux textes qui pouvaient servir à la glorification de la cause nationale. Naturellement, la grande majorité des associés appartenait aux sectes révolutionnaires ; les idées de Mazzini formaient le fond de leur profession de foi ; et, s'ils désiraient l'unité italienne avec autant de passion que le ministre Cavour, pour eux le pouvoir temporel de la papauté était le grand obstacle à la réali-
DE LA BULLE îneJfahUis A l'e:^ci CLIQUE Quanta cura ^4 9
enlîoii de cette unité. Ni Victor-Emmanuel ni Cavour ne pouvaient sorjger à modifier sur ce point les idées de leurs nouveaux collaboralciirs. Il fallait les accepter tels quels, ou se passer d'eux. On ne pouvait se passer de leur aide ; on les accepta avec leurs idées. Ainsi se réalisa la prédiction de Mazzini : « Le Piémont entrera dans la voie de nos doctrines par la perspective de la couronne d'Italie. » La personne du fameux conspirateur avait été éliminée comme compromettante ; mais son plan triomphait.
Désireux de faire servira son entreprise toutes les forces qu'il pour- Cayour , . 111 11 » abouche
rait avoir sous la mam, sans trop regarder a leur valeur morale, avec GaribaMi
Cavour ne pouvait négliger l'étrange condolllere qui, depuis 18^8, (^^^7)' emplissait l'Italie du tapage de sa renommée, Giuseppe Garibaldi. Né à Nice en 1807, successivement marin piénriontais, conspirateur à Gênes pour le compte de Mazzini, professeur de mathématiques en France, capitaine de frégate au service du bey de Tunis, chef de bandes révolutionnaires en Amérique, il était venu, en i848, mettre son épée au service de Charles-Albert pour combattre l'Autriche, En 18/19, ^pï"^» l'abandon de Rome par le pape et la proclamation de la République romaine, Garibaldi avait été chargé par Mazzini de défendre la Ville éternelle contre l'armée française du général Oudinot. Obhgé de licencier ses troupes, mais ne pouvant se résoudre à l'inaction, il était retourné en Amérique, s'y était livré à des entreprises industrielles, et, finalement, pressentant un réveil de l'agitation révolutionnaire en ItaHe, y était revenu en i854 avec un prestige de Portrait mystérieux aventurier. Martial et grotesque, revêtu, par-dessus la (i8oVi88a> chemise rouge, du poncho américain, coiffé d'un large sombrero, ce singulier condottiere avait l'aspect d'un héros de foire aussi bien que d'un héros de roman. Son courage était réel. Il le poussait même parfois jusqu'à la témérité la plus folle. Par là il s'imposait aux foules, qu'il attirait aussi par les étrangetés de son attitude, par les vivacités de sa parole et par son imperturbable jactance. Son affiliation à toutes les sectes révolutionnaires avait étendu le cercle de ses relations. 11 alTcctait l'illuminisme. Exagérant les formules de Mazzini, il invoquait le Christ en criant : « Sus au [)ape », et n'était jamais plus fier que lorsqu'il pouvait s'entourer, dans ses manifestations anticléricales, de quelques religieux apostats revêtus du froc de leur Institut.
T(l était l'homme avec lequel le comte Cavour s'aboucha pour la pi« micrc fois vers la lin de l'année 1857, sans se dissimuler qu'un
Ilisl. gén. de 1 Eglise. VIII ^9
HISTOIRE Gryr.RVT.E DE I- FGMRE
Difficultés
que rencontre
Gavour dans
son entreprise.
Ces difficultés lui viennent ;
10 du côté
de la France,
dont
la politique conservatrice est favorable
au pouvoir temporel
du pape ;
a» du CÔÎ6 de Mazzini,
mécontent
d'avoir été
écarté de toute
combinaison
politique ;
30 de l'ensemble des catholiques,
(iue les plaintes de Pie IX ont émus.
pareil auxiliaire lui susciterait peut-être autant de difficultés qu'il lui apporterait de secours ; mais il se proposait d'aplanir les unes en profitant des autres.
Ces diiïicultés, d'ailleurs, lui paraissaient peut-être minimes à côté de celles qu'il pouvait pressentir, soit du côté des puissances, soit de la part des sectes dirigées par Mazzini, soit de la port d-» catholiques italiens et du pape lui-même. Parmi les puissances, au fond, la France seule inquiétait Gavour. La Russie était bien loin ; la Prusse, bien isolée encore; et l'Angleterre, assez ignorante des choses italiennes. L'empereur des Français avait sans doute un passé d« carbonaro qui pouvait le rendre sympathique à l'œuvre de l'unité italienne, fût-elle aidée par un Garibaldi * ; mais, depuis son avènement au pouvoir, il cherchait manifestement à se concilier les sympa tliics des catholiques. Il avait été question d'un remaniement des Articles organiques. Sans doute, l'ensemble des catholiques français n'avait pas la candide confiance de Mgr de Ségur, lequel, voyant « Napoléon devenir, comme il disait, de plus en plus papiste », écrivait à Mgr Pie : « Restaurateur de la religion en France, le prince le sera, par contre-coup, dans toute l'Europe 2». Mais le seul souci de ne pas s'aliéner la portion la plus compacte du parti conservateur pouvait suffire à rendre l'empereur hostile à toute entreprise menaçante pour la tranquillité du Saint-Siège. Avec une sollicitude anxieuse et une persévérance obstinée, dont sa correspondance porte les témoignages, Gavour s'appliqua à combattre, dans l'esprit de l'empereur, tout ce qui pouvait le préoccuper fâcheusement dans l'entreprise piémontaise 3. La tâche était d'autant plus difficile, qu'il fallait, d'autre part, apaiser Mazzini, lequel profitait alors du mécontenteme t populaire provoqué par une récente levée d'impôts, pour donner une vitalité nouvelle à son parti. Quant au clergé italien, s'il était en grande partie favorable à un mouvem^ent national, il était surtout sensible à toute attaque, à toute menace dirigée contre le pape. Dans son allocution Probe rnemineritis du 22 janvier i855, Pie IX s'était plaint de « la hardiesse » avec laquelle le roi de Sardaigne ne craignait pas de « violer l'indépendance de l'Eglise » et de « faire les
1. Un cousin de l'empereur, le prince Lucien Murât, avait été élu, en janvier i853. un mois après le coup d'Etat du 3 décembre, Grand Maître de la franrmaçonnerie. C'est lui qui aclieia le fameux immeuble de la rue Cadet.
2. Ba.ln.vrd, Hist. du card. Pie^ t. I, p. SgS. Cf. Marquis de Ségur, Souvenirs et récits d'un frère, l 1, ch. ixetxi.
3. Gavoor, LeUere édite e inédite, t. Il, p. 48/j, hç}2, 6o5 ; t. VI, p. 69, lOO.
DE LA BULLE lne[Jahifi<i a l'engycltque Quanta cura /|5i
injures les plus graves à l'autorité suprême du Saint-Siège ^ » ; et le voyage triomphal fait par le souverain pontife, au cours de l'année 1857, à Bologne et dans plusieurs autres villes de l'Italie 2, prouvait bien que les plaintes du Saint-Père éveillaient des échos profonds de sympathie parmi le clergé et les fidèles de l'Italie. La publication faite en cette même année, le 19 mars 1857, par un jounial anglais^ le Daily News, d'un important mémoire de l'ambassadeur français à Rome, M. de Rayneval, mémoire très favorable à Pie IX, très défavorable au^ Italiens, et jusque-là tenu secret, était capable d'étendro dux catholiques du monde entier les sentiments manifestés par les catholiquesd'Italie. Là peut-être, daûs ce mouvement d'opinion qui pouvait à la fois paralyser l'action de la Sardaigne et encourager Napoléon daiis sa politique favorable au Saint-Siège, était le plus grand obstacle aux projets de Gavour. Ce dernier avait beau aCfecler le calme et le sang-froid, déclarer qu'il n'était a ni inquiet ni troablé » ; il éprouvait le besoin de masquer sa politique religieuse sous le couvert d'une politique purement nationale et de raviver la popularité de son souverain. Dans ces vues, il détermina le roi à faire une tournée dans ses Etats, et provoqua sur son passage lès acclamations de son peuple. Mais les efforts qu'il prodiguait en ce sens ne faisaient qu'accuser ses appréhensions.
Un tragique évérlement vint tout à coup, en déterminant l'attitudo de l'empereur des Français, mettre fin aux anxiétés de l'homme d'Elat piémoutais.
Lé minîstra de Victor- Emmanuel cherche
à parer à cei difficultés.
rv
Le it\ janvier i858, à huit heures et demie du soir, au moment 011 l'empereur et l'impératrice, en voiture de gala, débouchaient de la rue Le Peletier, pour se rendre à l'Opéra, trois bombes, jetées dans la direction des souverains, criblèrent de leurs débris la voiture impériale et atteignirent plus de cent cinquante personnes, dont huit succombèrent. L'empereur et l'impératrice avaient été préservés. Une enquole prouva que les auteurs de l'attentat étaient quatre Italiens : Oi-bini, Pieri, Gomez et Rudio, et que le complot avait été
L'«llenlat
d'Orsiiii
(lii jaiuicr
I. Recueil des allocutions^ encycliqueSf elc, cilées dans le Sjllabus, un vol. in-8», Paris, i865, p. 347.
a. Sur ce voyage, voir CuAr^iREL, Annales ecclésiastiques, p. a58, aSï-aSô,
45S). niSTOlRTî GÉNÉRALE DE l/ÉGMSE
organisé par Orsini. Ce dernier, originaire des Etals romains, avait. dès sa jeunesse, en i8/i5, été condamné aux galères à vie pour conspiration contre le gouvernement de Grégoire XVI. Amnistié l'année suivante par Pie IX, il n'avait pas tardé à se faire remarquer parmi
Conrie les plus ardents agitateurs du parti révolutionnaire. Condamné de bwgranliie > i • • m ....
d'Orsini. nouveau, a plusieurs reprises, il avait réussi a s évader, et avait erré à travers l'Europe, propageant autour de lui les idées les plus subversives. Les sociétés secrètes paraissent l'avoir compté au nombre de leurs plus dévoués afTidés. Un mois après l'attentat, Orsini subis- Les dernières sait la peine des régicides. Mais, avant de mourir, il lui fut permis
« déclarations j r • i- i • i» •
d'Orsiui ». de taire lire, en pleine cour d assises, par son avocat, Jules Favre, une lettre à l'empereur, qui se terminait par ces mots : « J'adjure Votre Majesté de rendre à l'Italie son indépendance... Que Votre Majesté se rappelle que les Italiens versèrent avec joie leur sang pour Napoléon le Grand... Qu'Elle se rappelle que, tant que l'Italie ne sera pas indépendante, la tranquillité de l'Europe et celle de Votre Majesté ne seront qu'une chimère... » Peu après, le préfet de police, Pielri, alla trouver le condamné dans son cachot, et obtint de lui qu'il écrivît une seconde lettre, pour engager ses amis politiques à renoncer aux moyens violents, tels que l'assassinat, et leur faire entendre que raffranchissement de Tltalie était à ce prix. Orsini écrivit la lettre, puis, payant sa dette, monta sur l'échafaud, où il mourut en criant : « Vive la France ! » C'était le i3 mars i858. Le 3i mars, la Gazette officielle du Piémont publiait en bonne place les deux lettres d'Orsinien déclarant les tenir d'une « source sûre », Les historiens modernes de l'Italie prétendent savoir que cette source sûre n'était autre que le cabinet de l'empereur Napoléon III ^. Ce mystérieux Ces tragiques événements eurent une double répercussion sur la
attentat ... . , . , • i i> • r • * i»* f •
devientle point politique intérieure et extérieure de 1 empire irançais. A 1 intérieur,
de (lépart [\^ marquèrent le début d'une série de mesures répressives, caracté-
chaM'i^einent ristiques d'un gouvernement absolu : le ministère de rinlérieur fut
de politique confié à uu général connu pour sa rigueur, Espinasse ; la France
inlcrieure
et extérieure ^^^ divisée en cinq grands commandements militaires, comme si elle pour eût été en état de siège; plus de deux mille républicains furent
Napwléon III ., , , . ,, , riiTAif'T-' *
arrêtes ; et plus de trois cents, déportes au iond de 1 Algérie. En même temps, la politique extérieure de l'empereur, relativement au mou-
I. BiANCHi, Storia docixmentalay t. VII, p. /io3-4o4 ; Gavour, Lettere, t. II, p. bl\o-blii.
DE LA BULLE TieJJahUh A l'e!^ctchque Quanta nira /i53
vcment italien, s'orienta subitement vers les plans de Cavour. Les Italiens, en célébrant la mémoire d'Orsini « comme celle d'un nouveau Guillaume Tell * », ne s'y trompèrent pas. Le conspirateur avait-il, comme on Ta prétendu, rappelé à l'empereur des Français d'anciens serments faits par lui alors qu'il était carbonaro ? On n'a pu donner de cette asserlioh aucune preuve précise. Ce qui paraît certain, c'est qu'en ce moment « la Révolution, suivant l'expression d'un historien favorable aux idées révolutionnaires, venait de ressaisir Napoléon III ^ ».
La mystérieuse négociation qui aboutit à l'accord secret de Plom- La convention bières, entre l'empereur et Cavour, le 21 juillet i858, fut le premier ^ ^^^^^ ^^** pas dans la voie de la nouvelle politique. Il y fut décidé que la Napoléon HI France aiderait le Piémont à expulser les Autrichiens de l'Italie et à f ^ iu^iiic! se constituer en Etat riche et puissant en s'adjoignant Parme, la i858), Lombardie, la Vénétie et les Légations elles-mêmes. On essayerait de faire accepter au pape la perte de ses provinces en lui conférant le titre de (( président de la Confédération italienne». Il n'était pas besoin d'être prophète pour s'apercevoir que ces clauses n'étaient qu'un mf/t/mam, dont le Piémont et les sectes révolutionnaires ne pourraient se contenter. La presse française elle-même, secrètement sollicitée par Napoléon de préparer l'opinion à son évolution politique, dépassa bientôt les bornes de la Convention de Plombières. La Patrie, dont les attaches gouvernementales étaient connues, se con- kihqaet
tenta de demander la sfuerre contre l'Autriche ; mais la Presse, di- °®1? F^^'*
^^ ^ oliicicuse
ri gée par Georges Guéroult, un protégé du prince Napoléon, et le contre le
Siècle, dont le directeur Havin recevait des communications directes go^^vernement
temporel de la cour, se firent les défenseurs de la révolution italienne. Le du pap.
Moniteur lui-même, organe officiel de l'empire, publia des articles
d'Edmond About, où la politique pontificale était vivement attaquée
et discréditée. Ces articles furent bientôt réunis en un volume dont
Napoléon lut, dit-on, les épreuves. Plusieurs familiers de l'empereur ^
avaient fourni des renseignements à l'auteur du livre 3. Le rédacteur
en chef de V Univers tint vaillamment tête à l'orage ; mais il essaya
vainement d'intervenir directement auprès de Tempereur pour obtenir
de lui la cessation de l'odieuse campagne. Quelques bonnes