y o'w Journal des Concourt, l. I, p
L'affaire Mortara (i858).
Cette affaire
devient
Toccasion
de
vives attaques
contre le
gouvernement
pontifical.
promesses du souverain furent aussitôt démenties par les faits *.
D'ailleurs, en cette même année i858, un nouvel incident, l'atfaire Mortara, servait de prétexte à une recrudescence inouïe d'attaques dirigées contre le pouvoir pontifical.
Vers i854, un enfant juif de Bologne, alors Etat de l'Eglise, avait été baptisé m gx<r^/7H5 par une servante chrétienne. En i858, Pie IX, informé de l'événement, ordonna que, co^formément à la loi civile pontificale et àla loi canoni que 2, Tenfant chrétien fût élevé dans la foi chrétienne, et, pour cela, séparé de sa famille et placé dans un couvent. SeB parents pourraient le voir, mais sans qu'il leur fût permis d'exercer sur lui une influence religieuse dans le sens du judaïsme. Dès que la presse hostile à l'Eglise fut au courant de ce fait, ce fut un toile général contre les « lois surannées » du gouvernement pontifical, contre « l'oppression du droit naturel par le droit théologique ». Depuis longtemps les ennemis du pouvoir temporel n'avaient pas trouvé terrain plus propice à leurs attaques. Presque seul dans la presse catholique, V Univers prit nettement et dès le
1. Le compte rendu de l'audience accordée à Louis Veuillot par Napoléon III a été publié, treize ans plus tard, dans le tome VI des Mélanges.
3. Plusieurs décisions de tribunaux ecclésiastiques et une décision du iv^ concile de Tolède, du 5 décembre 633, avaient déclaré que les fils et filles des juifs, baptisés in extremis ou en cas d'abandon de leurs parents (ce sont les deux cas où le baptême peut leur être conféré sans le consentement de leur famille), devaient être séparé» de leur milieu juif et élevés dans des cou\»cnts par de bons chrétiens et de bonnei chrétiennes (Mansi, Concil., t. X, p. 634; HtFELE-LÉCLERCQ, llist. des conciles, t. III, p. 274) Benoît XIV, en rappelant ces décisions, les explique, en disant que le droit naturel du père de famille n'est pas supprimé, mais qu'il est primé par le devoir qu'a la société religieuse de veiller sur l'éducation de ses membres(BE>oiTXIV, Bullariimiy t. II. p. Sô-iog), Telle est la raison que développent les théologiens et les canonistes (Cf. card. Billot, De Ecclesiae sacramentis, Rome, iSgS. 1. 1, p. a^a- 344 . Mais Benoît XIV remarque que, dès son époque, la mesure proposée pour assurer l'éducation chrétienne de l'enfant chrétien paraissait dure, et que selon plusieurs canonistes, l'enfant pouvait être laissé aux parents si ceux-ci s'engageaient sous caution aie rendre quand il aurait atteint l'âge convenable, et, en attendant, à ne lui rien en.seigner contre la foi catholique. Des théologiens plus récents ont enseigné que la séparation ne doit pas être faite « là où les lois civiles s'y oppo.-ent» (Marc, Instilationes, pars III, tr. II, cap. m n. i473, Kome, 1887, p. 48,, ou t quand le pouvoir séculier est hostile » (Lehmkuhl Theologia morolis, Fribourg, 1896, t. II, p. 61, n. 81). D'une manière plus générale, le cardinal Billot enseigne qu'il vaut mieux ne pas enlever à ses parents lenfant juif baptisé quand, pour vouloir écarter le danger d une apostasie, « on causerait un plus grand mal ou on empêcherait un plus grand bien », car tel est, dit-il, a la règle générale de la prudence ». « In lis circumslantiis in quibus majus malum secum traheret, vel niajus bonum impediret^ praestal illud impedire^ jaxta générale prudentiae dictamen » (Billot, De Ecclesiae sacramentis. Rome, 1893, t. I. p. 343 , L'éminent théologien ajoute : « Permisit tamen divina Providenlia ut ipsis nostris temporibus quaedam exempki darentar, tum in manifestalionem sanrtitalis et effîcaciae sacramenti, tum in attestationem jurisatque ojficii quod habet Ecclesia apud baplizatos ï> (Billot, loc. cit,].
DE LA BULLE Ineffabllls A. l'enctclique Quanta cura 455
premier inslant la défense de l'acte du pape et de toutes ses conséquences possibles,' des lois de l'Etat pontifical dans toute laletlrede leur teneur*. Quittant le terrain de la défensive pour aborder celui de l'offensive, Veuillot rappela qu'il y avait d'autres Mortara en Europe, dont les défenseurs actuels de l'autorité paternelle ne s'étaient pas occupés: c'étaient ces orphelins de soldats irlandais morts en Grimée, que l'Angleterre faisait élever dans des institutions protestantes ; d'autres droits paternels plus outrageusement violés : c'étaient ceux de ces pcresde famille que la loi suédoise déclarait déchus de leur autorité par le seul fait qu'ils embrassaient le catholicisme. Ces ripostes ne manquaient pas d'à-propos ; mais elles ne purent pas couvrir le bruit immense que la presse quotidienne, les revues, les théâtres, les réunions publiques, les images populaires entretinrent pendant plusieurs mois en Italie, en France, en Angleterre, dans l'Europe entière.
L'opinion publique n'était pas encore calmée à ce sujet, quand, le 4 février i85g, parut à Paris une brochure anonyme, intitulée Napoléon et ^Italie, La question romaine et la question Italienne y étaient abordées et envisagées dans toute leur ampleur. Le gouvernement pontifical y était représenté comme ayant un besoin urgent de rénovation, d'adaptation à l'esprit moderne, et le pape comme incapable de réaliser cette rénovation. Les autres princes d'Italie y étaient dépeints comme également impuissants, soit du fait de leur assujettissement à l'Autriche, soit du fait de leur isolement. Le salut de l'Italie, suivant l'auteur de labrochuie,nepouvaitluivenir quepai son unification, réalisée en vertu du principe des nationalités. Le chef de la dynastie napoléonienne avait jadis nettement proclamé ce principe, lorsque, en ceignant la couronne d'Italie, il s'était écrié : u J'ai toujours eu l'intention de créer libre et indépendante la nationalité italienne. » « L'empereur Napoléon I", ajoutait le publiciste anonyme, a cru devoir conquérir les peuples pour les afl'ranchir ; Napoléon III veut les aiTranchir sans les conquérir ». Ou eut plus tard la certitude que la brochure avait été écrite par un serviteur dévoué du second empire, M. de la Guéronnière, sous l'inspiration de l'empereur Napoléon III lui-même.
Le projet exposé dans la brochure n'était qu'une application de la
Louis Vcuillol
prend
vivement
la défense
du pape.
Apparition
de la brochure
Napoléon
et l'Italie
(4 février
Importance
de cette publication
I. La polémique soutenue par Veuillot dans VUnivers n'occupe pas moins do
3 16 pages de ses Mélanges. On peut voir aussi une défense de l'autorité pontificale
en ci'Uo .in'aire dans la Civiltà cattulku, bcr. 111, vol. Xll, p. 3S5 et s., Il piccolo neojito I£dgardo Morlara,
[politique générale du souverain des Français. En i8i5, le prince
Metternich avait prétendu assurer la paix définitive de l'Europe par
le seul principe de l'équilibre, sans tenir connpte des nationalités.
Lapoîîtlquc !.]„ ig5 Napoléon III prétendait la régénérer par le seul principe
napoléonienne , . ,. . ^ ^ r t
et le principe des nationalités, sans tenir compte de l'équilibre. Généreux et utodes pisie, il rêvait la constitution d'une Italie libérée, d'une Allemû;,^ne
uniliee, d une Pologne indépendante, d'une Irlande autonome Par suite de ces remaniements, l'Autriche, la Russie et l'Anglelerre seraient affaiblies, tandis que la France obtiendrait, pour prix de son concours, la Savoie, le Luxembourg, peut-être la rive gauche du Rhin ^ L'avenir devait montrer l'effondrement de cette politique. L'alliance contractée avec l'Angleterre pour la guerre de Crimée avait déjà fait abandonner à l'empereur la cause de l'Irlande ; la crainte d'une coalition de la Russie, de l'Autriche et de la Prusse l'empêcherait d'intervenir en faveur de la Pologne ; et quand la politique napoléonienne semblerait réussir, ce serait pis encore : les mouvemeo s unitaires de l'Italie et de l'Allemagne allaient nous susciter de r .doutables voisins sur nos frontières de l'est, sans affaiblir les autr*^;) puissances.
La politique Pou^ ce qui concerne la politique religieuse, l'empereur Napoléon,
deVem'pereur àynu^ eu l'avantage d'apprécier la solidité de l'appui que lui avaient
des Français, pré'e les catholiques, tenait à ne pas les froisser, et n'aurait voulu DT déposséder le pape de son domaine temporel ni donner à l'Italie liome comme capitale. Une constitution libérale, calquée sur celle de i848, et la cession des Roinagnes au Piémont, auraient satisfait sa politique. En cela, il allait moins loin dans ses prétentions que son allié Cavour, lequel ne reculait pas devant l'idée de Rome capi-
En quoi cette taie de l'Italie unifiée sous l'hégémonie du Piémont. Cavour, à son
dfl''° *d^"^ll 1-0^^'» repoussait énergiquement l'idée d'une agression violente du de Cavour patrimoine de saint Pierre, agression qui, pensait-il, briserait l'har-
à^ C ^ ifld' nionie de ses rapports avec la France, donnerait trop d'élan au parti révolutionnaire et blesserait en outre ses sentiments intimes, qu'il professait être ceux d un catholique respectueux du chef de la chrétienté. Mais Garibaldi et sa secte étaient décidés à ne reculer de- Pourquoi vaut aucun attentat ; et, quand les chefs d'un mouvement ont fait
celle erniere uq^^ {Qig gppgi aux passions populaires, ce soht toujours les partis analement les plus violents qui l'emportent. Du projet de la réforme de l'Etat
prévaloir.
X, Voir A. Lbrox-Beaulieu, Un empereur, un roi, unpap^, Paris, 1879.
DE LA BULLE IneffahlUs A l'encyclique Quanta cura ^67
pontifical et de l'unité de l'Italie à celui de Rome capitale, puis à celui de la spoliation du souverain pontife, la marche allait être rapide : les plus hésitants seraient amenés à dire, avec le roi Victor- Emmanuel : i( Nous irons jusqu'au bout, Andremo al fondo. »
Quelles que fussent leurs divergences sur la conduite ultcrieuiede la campagne qui allait commencer, Napoléon III, Cavour et Gari- La^guerre baldi étaient d'accord sur l'acte qui devait l'inaugurer : la déclaration de guerre à l'Autriche. Le i" janvier iSSg, aux Tuileries, l'empereur, recevant le corps diplomatique, avait dit au baron de Hiibner, ambassadeur d'Autriche : « Je regrette que nos relations avec votre gouvernement ne soient pas aussi bonnes que par le passé ». Le 10 janvier, Victor-Emmanuel, ouvrant la session parlementaire, avait fait la déclaration suivante : « Si nous respectons les traités, nous ne sommes pas insensible au cri de douleur de notre peuple. » Le 3o janvier, le mariage du prince Jérôme Napoléon, cousin de l'empereur des Français, avec la princesse Clotilde, fille du roi de Sardaigne, avait scellé l'alliance des deux Etats. Cavour passa l'hiver à mettre l'armée sarde sur le pied de guerre ; Garibaldi, à rassembler des corps francs. Le 28 avril, l'Autriche, se sentant menacée, somma la Sardaigne de désarmer dans le délai de trois jours. Le 26, Cavour repoussa V ultimatum de la cour de Vienne, et dit : « Aléa jacta est : Nous avons fait de l'histoire. » La campagne qui allait entraîner si loin la politique piémontaise, était engagée.
Ce n'est pas ici le l'ieu de raconter les brillantes actions militaires I-a campagne qui, endeux mois, du 10 mai au 11 juillet i85q, conduisirent 1 s / ^ ^^^
•* J ^ . '^10 mai-i I
armées française et sarde aux portes de Venise. Les deux grand s juillet 1869) étapes de cette marche victorieuse furent la bataille de Magenta, où, le /i juin, la garde impériale et le général de Mac-Mahon, depuis maréchal et duc de Magenta, se couvrirent de gloire ; et la bataille de Solferino, où, le 24juin, i5o.ooo soldats de l'armée franco-piémontaise mirent en déroute 220.000 Autrichiens. L'armée vaincue se relira dans le fameux « quadrilatère » formé par les places foi les de Peschiera, Mantoue, Vérone et Legnago, prête à livrer la bataille décisive d'où sortirait la liberté de l'Italie ou la soumission de l'Autriche.
La paix
de Villa franca,
ratifiée
par le traité
de Zurich
(lo novembre
Clauses relatives au Saint-Siège.
Cette paix
ne contente
personne :
ni le pape,
ni l'opinion
publique
française,
ni l'opinion
publique
italienne.
Tout à coup on apprit que l'empereur Napoléon, chef de l'armée franco-picmontaise, et l'empereur François-Joseph, dans une entrevue à Villafranca, avaient conclu, le ii mai, un armistice et arrêté les bases de la paix. Napoléon III expliqua plus tard, dans un discours prononcé à Saint-Cloud, les raisons de cette brusque démarche. Averti par les agents diplomatiques de la Russie que la Prusse se préparait à venir au secours de l'Autriche, il n'avait pas cru que l'armée dont il avait le commandement fût capable de soutenir la lutte à la fois sur TAdige et sur le Rhin, et il avait cru plus prudent de traiter avec l'ennemi. Quant aux clauses consenties à Villafranca, que le traité de Zurich devait ratifier le lO novembre suivant, l'empereur les notifia au pape, le i4 juillet, en ces termes : « Très Saint- Père, je viens de conclure la paix avec l'empereur d'Autriche aux conditions suivantes : i" les deux empereurs s'efforceront de constituer une fédération italienne sous la présidence du Saint-Père ; 2° la Lombardie est cédée au Piémont ; 3" les souverains dépossédés rentreront dans leurs Etats ; 4" les deux empereurs demanderont au Saint- Père d'introduire dans ses Etats les réformes nécessaires ; 5^ la Vénétie, quoique restant sous le sceptre de l'Autriche, fera partie de la confédératioû italienne ; 6** une amnistie pleine et entière sera accordée à ceux qui ont pris part aux derniers événements *... »
Cette paix ne contenta personne. On raconte que Pie IX, à la lecture de la lettre impériale, s'écria : « C'est beau : le doge soulevant ou apaisant d'un geste les flots de l'Adriatique ! Mais je ne veux pas de cette fédération ni de ce gouvernemeat laïque 2. » Il comprenait que la présidence qu'on lui offiait ne serait qu'honoraire, et que la présidence effective de la confédération appartiendrait au Piémont. De son côté, l'opinion française fut défavorable au traité. « Nous vivions tous alors, a écrit Emile Ollivier, sur l'idée de la puissance irrésistible de l'armée française... Aucune qualification blessante ne fut épargnée à l'empereur, parce qu'il avait douté que nos soldats pussent victorieusement soutenir le choc des Autrichiens surl'Adige, des Prussiens sur le Rhin. Mais si en France on fut déçu, en Italie on fut désespéré. Gavour abandonna les affaires, presque fou de douleur. On se crut au lendemain d'un nouveau Novare 3. » Ce qui avait
1. Voirie texte in extenso de la lettre dans Enaile Ollivier, qui l'a publiée le premier dans son ouvrage l'Eglise et VEtal au concile du Valicany t. II, p. 455-456.