‹ Histoire générale de l'Église (volume 4)Chapitre 231 sur 374 · Baunard, Ilist. du card. Pie, t. Il, p · texte numérisé non relu

Baunard, Ilist. du card. Pie, t. Il, p

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HISTOIRE GENliUALE DE L ÉGLISE

Discours

d'Kmile

Keller, à la

Chambre,

sur la question

r<>n:aine

(i3 mars

Napoléon

essaie de négocier

un accord eulre Rome el re Piémont sur les bases du slalu quo.

Déféré comme d'abus au Conseil d'Etat, le prélat déclara qu'il avait voulu faire « non pas le tableau de ce qui était, mais le tableau de ce qui serait si les conclusions que la presse prêtail à la brochure, mais que la brochure repoussait, finissaient par se réaliser » *. Malgré cette défense, le 21 avril, le Conseil d'Etat déclara l'abus.

Pendant que le procès de l'évêque de Poitiers était en instance, un jeune laïque, un député, avait, du haut de la tribune, porté une accusation plus directe et non moins courageuse contre le souverain. Emile Keller, qui devait plus tard tenir une place d'honneur parmi les bons serviteurs de l'Eglise et de la France, était alors un inconnu. Quand il prit la parole, le i3 mars 1861, à la Chambre des députés, son discours commença au milieu de l'indifférence générale. Mais, peu à peu, le récit vivant, entrecoupé de fortes réflexions, qu'il fit des événements politiques et religieux de l'année précédente, captiva l'attention de ses collègues. « On pouvait arrêter le Piémont, s'écriat ii ; seulement, il fallait le vouloir... La Révolution, incarnée dans Orsini, voilà ce qui a fait reculer la France. » L'audace inouïe de ces paroles fut encore dépassée, s"t\ était possible, quand l'orateur, employant le discoms direct, ajouta : « Vous avez reculé devant Garibaldi, en même temps que vous vous disiez son plus grand ennemi ; vous avez envoyé à la fois une aide au Piémont et de la charpie au roi de INaples; vous avez fait écrire dans les mêmes pages l'inviolabilité du Saint-Père et la déchéance du Saint-Père. Dites donc ce que vous êtes ». Par la voix du ministre Billault, le gouvernement essaya de répondre, mais ne put sortir de l'équivoque.

Au fond, toujours rêveur et chimérique, Napoléon poursuivait l'idée de se faire l'agent d'une conciliation entre la papauté et 1 Italie sur la base des faits accomplis. Cette idée donne la clé de toutes les négociations diplomatiques qui se poursuivirent, de 1861 à i864, entre la cour de Paris d'une part, la cour de Turin de l'autre, et qui aboutirent à la célèbre convention du i5 septembre i864.

Le 20 mai 1862, l'empereur écrivait à son ministre des affaires étrangères, Thouvenel : « Ma politique a toujours été la même visà-vis de l'Italie : seconder les aspirations nationales, engager le pape à en devenir le soutien plutôt que l'adversaire ; en un mot,' consacrer l'alliance de la religion avec la liberté 2. » Conformément à ces di-

I. Baunard, Histoire du cardinal Pie , t. Il, p. I25. 9. Monileur du a5 septembre i86a.

DE LA BULLE IneffabiUs A l'encyclique Quanta cura l\']b

reclions, le ministre écrivait au marquis de La Valette, ambassadeur français à Home : « Toute combinaison reposant sur une autre base territoriale que le statu quo ne saurait aujourd'hui être soutenue... Le Saint-Père pourrait réserver ses droits dans la forme qu'il jugerait convenable... L'Italie, de son côté, aurait à renoncer à ses prétentions sur Rome*. » Thouvcnel, dans l'intimité, appelait un pareil projeta le rêve d'un mariage impossible ^ ». Il fallait être aveuglé, comme l'était resi)rlt de Napoléon, par les nuées d'une idéologie sans contact avec les réalités, pour ne pas voir qu'au point où en étaient venues les choses, ni le pape ne sanctionnerait les violentes injustices dont il venait d'être victime, ni le roi d'Italie ne s'arrêterait, autrement que par la force, dans le mouvement qui poussait le Piémont vers Rome. Le 24 juin 1862, le marquis de La Valette apprit à son gouvernement l'échec complet de toutes les démarches qu'il avait faites auprès du Saint-Siège pour faire agréer les propositions impériales 3. Quant au roi d'Italie, s'il se décida à arrêter à Aspromonte, le 29 août, la marche de l'armée garibaldienne, ce fut uniquement p )ur empêcher le condottiere d'agir prématurémeot et de lui ravir riionneur de l'expédition qu'il projetait de faire lui-même. Une dépêcha envoyée, le 10 septembre 1862, aux agents diplomatiques de l'Italie par le général Durando, ministre des affaires étrangères, ne laissa aucun doute à ce sujet. « La nation tout entière, disait le ministre, réclame sa capitale. Elle n'a résisté naguère à l'élan inconsidéré de Garibaldi que parce qu'elle est convaincue que le gouvernement du roi saura remplir le mandat qu'il a reçu du parlement à l'égard de Rome*. » Malgré tout, obstiné dans son rêve. Napoléon cherchait toujours la formule transactionnelle qui satisferait à la fois l'indépendance du pape et les prétendus droits de l'Italie. Après bien des combinaisons infructueuses, les diplomates de Paris et de Turin aboutirent enfm à la fameuse Convention du 15 septembre i86U entre la France et lltalie. En voici le texte :

« Art. I. — L'Italie s'engage à ne pas attaquer le territoire actuel du Saint-Père, et à empêcher, même par la force, toute attaque venant de l'extérieur coulre ledit territoire.

Echec

de ces

négociatioai.

Convention

du

i5 septembre

1864 entre

la France

et l'Italie.

^i. Moniteur du a5 septembre 1862.

2 Thouvenel, le Secret de ^'empereur, t. II, p. 3o3. Lettre au auc de Gramontdu ii mai i86j.

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