Ibid.^ p j
Hist. gén. de TEglise. - VIII •■
Soulèvement
de la
Poiogu«.
Le mouvement insurrectionnel éclate en janvier iS63.
Caractère
de cette
insurrection.
En quoi elle diffère de celle de i83t.
groupaient autour de la noblesse du pays, laquelle, résidant en ses domaines, était restée très attachée à la cause de l'indépendance nationale, et avait son centre de ralliement dans une société agronomique siégeant à Varsovie. Pendant ce temps, les émigrés polonais essayaient de soulever l'Europe pour leur cause. Les nobles, réfugiés pour la plupart à Paris, autour du prince Gzartoiyski, comptaient sur l'intervention des gouvernements catholiques ; des étudiants et des ouvriers, entrés dans les partis démocratiques, comptaient sur le mouvement révolutionnaire. Ce dernier élément, il faut le reconnaître, ne fut jamais prédominant *. L'élément catholique caractérisa toujours, dans son ensemble, l'insurrection polonaise.
Elle éclata brusquement en janvier i863. Les autorités russes, sous prétexte de recrutement, avaient convoqué, puis arrêté les principaux jeunes gens soupçonnés de nationalisme. Plusieurs parvinrent à s'échapper ; d'autres, soupçonnant un piège, ne répondirent pas à l'appel. Ils se réfugièrent dans les bois, et s'y organisèrent en bandes armées, qui apparaissaient brusquement, livraient de petits combats, puis disparaissaient dans les forêts, se cachaient dans les campagnes, protégés par la complicité des paysans. La lutte ne put avoir le même caractère qu'en i83i, alors que la Pologne jouissait d'une armée régulière. Le gouvernement russe avait dissous la Société agronomique ; mais celle-ci, avant de disparaître, avait constitué à Varsovie un comité secret, qui dirigea toutes les opéra tioni et que la police ne put jamais découvrir. Une armée de 200.000 hommes ne pouvait avoir raison de ces bandes d'insurgés dont le total n'atteignait pas 8.000. Alexandre II, très perplexe, oscilla entre deux politiques. Tantôt il essayait, par des concessioas libérales, de gagner les populations polonaises ; tantôt il avait recours à la répression rigoureuse.
Les Polonais, de leur côté, comprenaient que la victoire finirait par appartenir au nombre et à la force de leurs ennemis, si l'Europe ne venait pas à leur secours. Mais la France, l'Autriche et l'Angleterre se bornèrent à des manifestations platoniques* ; quant à la
I. ((Cessez de donner à votre lutte héroïque un caractère religieux, écrivait Garibaldi aux Polonais ; car vous écartez ainsi de vous les sympathies. » (Cité par le Correspondant du 35 mai i864, p. lo;.
a. Trois fois, eu avril, juin et août i863, la France, l'Autriche et l'Angl'^^rrre firent une démarche collective en faveur de la Pologne ; mais, comme ces puissauces ne laissaient pas entendre qu'elles appuieraient leurs réclamations par des actes, \h Russie se contenta de répondre qu'elle ne se tenait pas pour liée par les traités d-
DE LA BULLE ïneffabUis À l'enctclique Quanta cura l\S'i
Prusse, dont la politique était gouvernée par Bisnnarck^ elle aida le gouvernement russe à écraser la Pologne, en signant une convention secrète qui fermait la frontière aux insurgés. Le Landtag accusa même Bismarck d'avoir livré des réfugiés polonais au gouvernement moscovite ^ Le sort de la Pologne était dès lors décidé. Le vainqueur abusa de sa force matérielle, en donnant à la répression un caractère féroce et implacable dont la religion catholique eut surtout à souffrir. L'archevêque Feiinski fut déporté à laroslav. Défense fut faite à son clergé de correspondre avec lui. Des prêtres furent emprisonnés et mis à mort sous la seule inculpation d'avoir apporté les secours de la religion à des Polonais blessés dans les combats. De lourdes contributions furent imposées au clergé. Plusieurs couvents furent convertis en casernes. Beaucoup d'églises furent saccagées. La Lithuauie, qui, transformée en département russe, avait demandé sa réunion au royaume de Pologne et avait soutenu les . insurgés, lut soumise aux mêmes mesures de terreur que la Pologne. Le général Mouraviev, qui fut chargé de diriger cette guerre de destruction, en rapporta le surnom de « bourreau de Vilna » ; mais les patriotes russes l'acclamèrent à son retour, et décidèrent même la fondation d'une fête annuelle pour commémorer l'écrasement de la nationalité polonaise,
La voix du pape seule vengea la cause de la justice et de la religion. Le 24 avril i864, Pie IX, célébrant, dans la chapelle de la Propagande, la fête d'un martyr capucin, Fidèle de Sigmaringen, s'écria tout à coup : « Non 1 je ne veux pas être forcé de m "écrier un jour, en présence du Juge éternel : Vae mihi quia iacuiy malheur à moi parce que je me suis tu 1 Le sang des faibles et des innocents crie vengeance... Je me sens inspiré de condamner un potentat don* je ne tais le nom en ce moment que pour le nommer dans un autre discours... Il persécute et massacre les prêtres. Il relègue les évêques au fond de son empire. Insensé I il ignore qu'un évêque, sur son siège ou dans les catacombes, est toujours le même, et que son caractère est indélébile. Et que personne ne dise qu'en m'élevant contre le potentat du Nord, je fomente la révolution européenne. Je sais biea
Bismarck
aide le
gouTernemont
russii
à écraser
la Pologne.
Le général Mouraviev « bourreau de Vilna t.
Protestation
énergique de Pie I\ (24 avril
i8i5 pour le gouvernement de la Pologne, qu'elle se conlenUit de réprimer une insurrection révolutionnaire. Voir Montalembert, le Pape el la Poio'anc dans le Correspondant du 20 mai 1864, p. 9-17.
I Seignouos, Hisl. politique de iEurooe conlemporuiae, un vol. io-S». Pari» 1897. p. 571. ^ '
distinguer la révolution socialiste du droit et de la liberté raisonnable, et, si je proteste contre lui, c'est pour soulager ma. conscience^. »
« En prononçant ces paroles, disait un témoin oculaire, le souverain pontife était sublime à voir. Une sainte colère empourprait son front, sa voix tonnait, et il semblait, de son bras étendu, lancer une foudre invisible^. J»
LemouYemenf L'année i863 avait donné au Père commun des fidèles un autre
•nticljrétien. grand sujet de tristesse. Les Etats de l'Europe, qui avaient assisté,
impassibles ou favorables, à l'invasion du domaine pontifical et à
l'écrasement de la Pologne catholique, avaient laissé se propager sans
entraves un écrit blasphématoire, qui renouvelait, en l'adaptant à
la mentalité des temps modernes, l'hérésie d'Arius. Cet écrit, qui
avait pour titre Vie de Jésus et pour auteur un professeur au Collège
de France, Ernest Renan, avait vu le jour à Paris; mais il exprimait
un mouvement d'idées qui, né en Allemagne, avait influencé plus ou
moins la pensée européenne.
Ses origines En i835, un Allemand, Henri Heine, terminant une étude inti-
^ „ ^" tulée De Kant à Heqely écrivait : « Ne riez pas de ces conseils, quoi-
AUemagne. .■, • . j» * • • •. ' j t j
qu ils viennent a un rêveur, qui vous invite a vous défier des
kantistes, des fichtéens, des philosophes de la nature. . . La pensée
précède l'action, comme l'éclair le tonnerre. Le tonnerre allemand
n'est pas très leste, et vient en roulant un peu lentement ; mais il
Un viendra, et quand vous entendrez un craquement comme jamais
avertissement craquement ne s'est fait encore entendre dans l'histoire du monde, d Henri Heine / i r i i o at
en i835. sachez que le tonnerre allemand aura enun touche le but^ ». JNous
n'avons ici à parler que de la malfaisante influence exercée par
l'Allemagne, au milieu du xix* siècle, sur la philosophie religieuse.
Les idées Kant, en voulant réduire l'enseignement évangélique à la morale
'"^^^ç®"^^^ de limpératif catégorique, et toute la loi surnaturelle du christia-