CHAPITRE XII
DE l'ekctglique Qua/ita cura au concile du Vatican
Importance
de rencycli(]iie
Quanta cura
et de son
relentlsM-
meut.
Avec la bulle Unam sanctam de Boniface VIII et la bulle Unigenitus de Clément XI, l'encyclique Quanta cura de Pie iX, accompagnée du Syllûbus, est un des trois actes pontificaux qui oni le plus profondément agité l'opinion publique au cours des siècles. Dans la bulle Unam sanctam, les légistes se sont plu à montrer la mainmise de la papauté sur l'autorité légitime des rois ; dans la bulle Unigenitus, les jansénistes ont prétendu voir le reniement delà primitive Eglise ; dans l'encyclique Quanta cura et le Syllabus, les libéraux du xix* siècle ont dénoncé l'anathème jeté à la civilisation moderne et à la liberté des peuples. L'étude de ces deux derniers documents, de leur retentissement et de leurs conséquences jusqu'au coBcile du Vatican, fera le principal objet du présent chapitre.
Origine et objet de 'encyclique.
Ce serait rétrécir arbitrairement l'ampleur doctrinale des documents parus le 8 décembre i864, qu'affecter d'y voir, comme quelques-uns l'ont fait, une simple riposte à la Convention du i5 septembre i864» ou à la publication de la Vie de Jésus y ou aux discours prononcés aux congrès de Malines. Nous savons déjà, et l'histoire prouve amplement que, de longue date, Pie IX avait songé à condamner, par une encyclique solennelle, les principales erreurs des temps modernes, et que des travaux préparatoires avaient été entre-
DE l'encyclique Quanta cura au co:<cile du YATicAîf ^93
pris à ce sujet ^ Les événements que nous venons de rappeler hâtèrent peut-être cette condamnation ; mais l'encyclique qui la porta manifeste, par sa destination comme par son contenu, qu'elle déborde les contingences de ces faits particuliers. Le souverain pontife déclare, dès le début, que les enseignements qu'il va donner s'adressent « non seulement aux individus, mais encore aux nations, non seulement aux peuples, mais encore aux souverains, non minus erga slngulos hommes quant erga nationes, populos summosque eorum principes » ; et, en parcourant la lettre pontificale, on s'aperçoit que ces enseignements concernent à la fois le mouvement intellectuel, le mouvement social et le mouvement politique du siècle.
Du mouvement intellectuel, Grégoire XVI avait condamné la tendance traditionaliste ou fidéiste, désormais disparue avec l'école de La Mennais. Pie IX, dont la sollicitude pastorale avait été mise en éveil par les doctrines philosophiques dont la Vie de Jésus avait été la manifestation la plus scandaleuse, signale et stigmatise, à l'extrême opposé, la tendance rationaliste, suivant laquelle « la société humaine devrait être constituée et gouvernée sans plus tenir compte de la religion que si elle n'existait pas » *.
Dans l'ordre social, il condamne à la fois la doctrine des socialistes d'Etat, affirmant que « la société domestique emprunte toute sa raison d'être au droit purement civil » ^, c'est-à-dire à la législation de l'Etat, et la doctrine des économistes, enseignant, ou du moins aboutissant, par leur enseignement, à cette conséquence, que l'organisation sociale « n'aurait d'autre but que d'amasser et d'accumuler des richesses » *.
Dans l'ordre politique, le pontife proscrit, d'une part, le gallica-
I. Voir plus haut, p. 444-445. Le document qui paraît avoir servi de point de départ à l'encyclique Quanta cura et au Syllabus est une lettre pastorale publiée lo 23 juillet i86o par Mgr Gcrbet, évêque de Perpignan. On a souvent écrit que la forme définitive donnée au Syllabus est due au cardinal Bilio. Lo commandeur J.-B. de Rossi, interrogé par nous à ce sujet en i884, au moment de la mort du savant cardinal, se croyait en mesure de donner un démenti formel à cette information. Le cardinal Bilio lui avait déclaré que toute sa coopération à la rédaction du document pontifical avait été d'en avoir pris connaissance avant sa publication et d'en avoir fait retrancher quatre ou cinq propositions. Sur les origines du Sylldbus, voir Pierre Hourat, le Syllabus, étude documentaire, 3 vol. ini8, Paris, collection Sci<?mc elrelujion. Sur la participation de Louis \'euillot à la rédaction ànSyllabus, voir Eugène \ buillot, Louis Veuillot, t. Ili, p. 493.