Seignobos, op cit., p. 69a
'j. ['lus tard, à côlédu mouvement purement « marxiste », appelé aussi mouvement a intégral », « révolutionnaire » ou u libertaire ». on verra se dessiner, dans l'Internationale, le mouvement »< possibiliste » qualifié parfois d' c évolutif -., de « politique » ou de « modéré » ; mais le but sera toujours le même : le renvertement total de la religion et de la société.
5oS HISTOIRE GÉNÉRALE DB l'ÉGLISE
scientifiques, au raisonnement serré, écartant a priori tout argument moral ou religieux, se plaçant sur le seul terrain des faits palpables et visibles, des faits positifs dûment constatés, prétendait donner sa doctrine comme une déduction nécessaire, partant légitime, de la structure de la société et des lois essentielles du monde. i.dêrc Or, en 1864, parut un ouvrage qui, s'appuyant uniquement sur
(1806-1882) l'ét"Je des faits et des lois générales scientifiquement observés, concluait à la restauration de la société sur les bases traditionnelles du respect de la religion, de la famille et de la propriété, Cet ouvrage avait pour titre : la Réforme sociale en France, déduite de l'observation des peuples européens. Son auteur, Frédéric Le Play, ingénieur des mines, membre du Conseil d'Etat, ancien commissaire général de l'Exposition universelle de Paris en i855, avait recueilli les éléments de son œuvre au cours de nombreux voyages accomplis en Angleterre, en Belgique, dans les Etats Scandinaves, en Allemagne, en Russie, en Turquie, en Italie, en Espagne et dans l'Asie centrale. Sa méthode avait consistée rejeter a pr/or/, par un doute méthodique analogue à celui de Descartes, tous les systèmes théoriques des écoles sociales, et à observer impartialement les conditions dans lesquelles vivaient les nations, les familles, les sociétés libres et prospères*. Sh principales Portant d'abord tout spécialement son attention sur les classes œuvre». ouvrières, dont les conditions de vie l'avaient préoccupé dès sa première enfance *, il avait publié en i855, sous ce titre : les Ouvriers européens, des monographies de familles ouvrières observées dans les milieux les plus divers. Peu de temps après, il fondait la Société cTéconomie sociale, appelée à continuer son immense tâche. Luimême, par la publication de plusieurs autres ouvrages, entre autres de la Paix sociale en 187 1, de la Ré/orme en Europe en 1876, de la Question sociale en 1879 et de la Constitution essentielle de l' humanité en 1881, devait exprimer la synthèse philosophique de ses travaux. Mais sa doctrine se trouvait déjà exposée, en ses éléments fondamentaux, dans la Réforme sociale. L'apparition de l'ouvrage attira l'attention des esprits réfléchis. Sainte-Beuve salua en Frédéric Le Play, « un Bonald rajeuni, progressif et scientifique ». Montalembert écrivit : « Je n'hésite pas à dire que Le Play a fait le livre
I. Voir Laveletb, le Socialisme contemporain, loe édit., Paris, 1896; Winteher, le Socialisme international, Paris, 1890.
a. Jules Lacointa, F, Le Play, clans le Correspondant du aô avril iSSa, t. GXXVII, p. ai5.
DE l'encyclique Quaiita cura au concile du vATicArf 5og
le plus original, le plus courageux et, sous tous les rapports, le plus fort de ce siècle ^. » Courageux, Fréd^ic Le Play l'était certes, non •eulement en se plaçant hardiment sur le terrain de l'observation scientifique, choisi par les nouveaux théoriciens du socialisme, mais encore eu dénonçant, au nom de cette métliode, les principes les plus universellement admis depuis la Révolution de 1789, les idées ré] andues par Jean- Jacques Rousseau sous l'ancien régime, les « faux dogmes », comme il les appelait, de « la perfection originelle », de (( l'égalité providentielle » et du « droit perpétuel à la révolte », en proclamant la nécessité du respect de la famille, des autorité! sociales, politiques et religieuses, en un mot du « Décalogue éternel ^ » .
En 1867, l'empereur Napoléon» ayant conçu le projet d'organiser à Paris une Exposition universelle, chargea de cette organisation Frédéric Le Play. L'auteur de la Réforme sociale profita de la tâche qui lui était confiée pour faire prévaloir, dans cette œuvre, avec toute la discrétion commandée par les circonstances, ses idées les plus chères. Grâce à lui, l'Exposition universelle de 1867, qui réunit à Paris la plupart des produits de l'activité humaine et y attira la plupart des souverains, ne fut pas seulement l'expression de l'état social du monde au milieu du xix* siècle ; elle contribua au progrès de l'économie sociale la plus saine par deux institutions : l'organisation d'un groupe comprenant « les objets destinés à Tamélioratioii matérielle et morale des travailleurs «, et la création d'un « ordre de récompenses en faveur des personnes et des institutions assurant le bien-être et la bonne harmonie de ceux qui collaborent aux mêmes travaux » ^.
Certes, dans cette immerise exhibition des produits du monde en» lier et dans ce va-et-vient des habitants de toutes les nations, les tares de la société moderne apparurent. Si les entretiens que purent avoir entre eux les souverains de l'Europe, réunis dans la capitale de la France, servirent à éviter certains conflits, plus d'un
Sa méthode
et sa doclriDe.
Il ett charge
d'oF>/dtii»er,
en 1SG7,
une Exposition
universelU
à Paris.
GetU
eiposition
offre comme
un tableau
raccourci
de la
civilisation
moderne.
I. Cité par E. Dbmolins, F. Le Play, dans le Correspondant du 10 décembre 1879, t. GXMI, p. 870.
a. Sur F. Le Play, voir : Çh dbRibbe^ Le Play d'après sa correspondance ; Paul RiuOT, Exposé critique des doclrines de M . Le Play, Paris, 1882 ; Delaire, Le Play et la science sociale, dans \i l^o ave lie Revue du. i5 février 1896 ; H. IUmière, S J., l'Lcolc de la réforme tociale, dans les Eludes de mai et juin 1873 ; Emm de Glr- ZON, Frédéric Le Play, sa méthode, sa doctrine, son œuvre^un vol in-12, Paris, i8uQ.
3. Sur l'Exposition de 1807, voir La Gorck, op. cit., t. V, p Ug, 341.
5io
HISTOIRE GÉNÉRALE DE L'ÉGLIsiB
Le lymboîe liu vrai péril
« point noir «, suivant l'expression de Napoléon III, vint assonnbrîr l'horizon ^ En voyant les peuples très absorbés par des soucis de prospérité matérielle, Victor-Emmanuel et Garibaldi purent se dire que l'esprit chevaleresque des croisades était mort, et qu'ils pourraient impunément franchir les frontières du Domaine de saint Pierre. On raconte que Bismarck, en sortant d'un opéra-bouffe 2, dans lequel les minuties de la discipline militaire étaient ridiculisées, crut y voir le prélude d'une décadence irrémédiable de la France et peut-être de toutes les nations de l'Europe au profit de l'Allemagne. Les uns et les autres jugeaient trop superficiellement leur siècle. Les envahisseurs du territoire pontifical ne parviendraient à la Ville Eternelle qu'en passant sur le corps de nouveaux croisés, réunis de tous les points du globe pour la défense du pape ; et le jour où la Prusse, confiante en l'invincibilité de son organisation militaire, voudrait imposer son hégémonie au monde, c'est le monde entier qu'elle verrait, un demi-siècle plus tard, se dresser contre elle pour la défense de la vraie civilisation. Le symbole du vrai danger qui menaçait alors le monde, était dans cette colossale pièce d'artillerie, sortie des usines Krupp, qui, par ses dimensions, attira si vivement les regards des curieux spectateurs. Les esprits réfléchis y virent, à bon droit, l'insolent défi d'un peuple qui, en restaurant le culte païen de la force, ne préparait rien de moins qu'une renaissance de l'antique barbarie.
L'idée La vue des grandes manifestations industrielles, scientifiques et
d'un concile artistiques dont l'Exposition universelle de Paris avait été l'occasion, œcuménique, suggérait aux catholiques l'idée d'une autre réunion, plus solennelle et plus importante, à laquelle des représentants du monde entier seraient convoqués, pour s'occuper, non plus des intérêts temporel» de l'humanité, mais de ses destinées éternelles. Le 6 décembre i864, deux jours avant de publier l'encyclique Quanta cura, Pie IX s'était ouvert, devant quelques membres du Sacré Collège, de son intentention de convoquer un concile œuménique. Depuis le concile de