I . i T\' r» • 1 * • il"»' 1 vers l'athéisme
Ijuiis Vieux mots : Dieu, Providence, ame, immorlaJite, que la etl'an»rchie philosophie interpréterait dans des sens de plus en plus raffinés ».
II voulait dire : de plus en plus favorables à l'athéisme. Peu de temps avant lui, un écrivain qui s'adressait plus spécialement au monde des travailleuis, mais qui-, par l'originalité paradoxale de sa pensée et la rigueur apparente de sa dialectique, devait s'imposer aux classes cultivées, Pierre Joseph Proudhon, s'était brutalement
déclaré non seulement athée, mais anliihéiste. « Dieu, c'est le II se solidarise mal ; la propriété, c'est le vol » : telles étaient ses devises. Or en plus avec
Proudhon se proclamait ouvertement franc-maçon *. Le jour de la franc-
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sa réception dans la nanc-maçonnene, a la question qui lui lut
posée: « Que doit 1 homme à Dieu et à ses semblables ?» il répondit :
tt Justice à tous les hommes et guerre à Dieu ».
Comme Renan, Proudhon semble avoir subi l'influence de la phllusophie allemande ^. Celle-ci d'ailleurs, par les ouvrages de Wirchow, de Moleschott, de Vogt ^ et de Bûchner, traduits en toutes les langues en môme temps que ceux de Kaut, de Hegel cl de Feuerbach, avait propagé le plus pur matérialisme. Pendaiit quinze ans, l'idéalisme dissolvant des uns et l'athéisme bru- Gris d'alarme ta! des autres avaient lak leur œuvre 3. En i866, Mgr Dupanloup Dupanloup avait jeté un cri d'alarme dans une éloquente brochure, l'Athéisme «• P" et le pérU social. Deux ans plus tard, Montalcmbert, dans un de ses derniers écrits, faisait entrevoir aux catholiques u un développciueiit de sensualisme, de matérialisme et d'athéisme, dont le dix-huitième siècle n'avait point ofiert d'exemple *. »
Dans sa brochure, l'évéque d'Orléans ne séparait pas la propa- Action gaiide antireligieuse et antisociale de la propagandie maçonnique. Et, ^^ '* franceiVectkement, les plus ardents adeptes de 1 athéisme et de l'anarchie soitaieut des loges maçonniques ou s*} faisaient agréger. Ferry, qui ^'écriait, dans son programme électoral de 1869 : « 11 n'y a que deux partis : k parti clérical et cckii de la liberté » ; Léon Gambetta, qui, à la même é[)oque, se proclamait disciple de Proudhon : Arthur Rauc et Georges Clemcneeau, qui se rangeaient autour de Blanqui,
1. Voir PaouDHON, De la jastUe daiis la Révolution et dans l Ë<jUse, t. H, p. 21a.
2. Sur la dépendance de Proudhon par rapport à Hegel, voir Lai^sow, lîisl. de la littthature française^ 7« édition, p 90a.
3 La philoso[)hie de Comte et celle de Lillré avaient aussi beaucoup couUiLui à cetie évolution
Ix. Coi le pondant du a5 mai iSOS,
EvolnlîOn
au protestantisrna ren le rDlinnalisme.
Projet ff*un anticoncilo maçonnique.
L*anti concile
d« Naples
(décembre
l'auteur fameux de la (ovmulc Ni Dieu ni Maître, raillaient le spiritualisme des vétérans de i8/|8, et cherchaient à faire prévaloir dans les loges leur radicalisme politique et religieux *. Ils saluaient d'ailleurs avec enthousiasme un mouvement analogue dans le protestantisme. Ferdinan Buisson voyait, dans le christianisme libéral qui se constituait à Neuchâtel en Suisse, « une religion laïque, sans dogme, sans morale et sans prêtres, dégagée du christianisme tpaditionnel • », et Edgar Quinet disait de V Unitarismé américain de Channing : « S'il conserve encore une ombre de l'antiquité chrétienne, il donne la main à la philosophie la plus hardie ^. n
Il n'est pas étonnant que l'annonce d'un concile œcuménique ail mis en profond émoi les loges maçonniques. Le 8 juillet 1869, à l'assemblée générale du Grand-Orient de France, le F.\ Colfavru proposa de convoquer une assemblée extraordinaire de francs-maçons, pour proclamer, « en face du concile œcuménique, les grands principes du droit humain universel * ». Il s'agissait de répondre au Syllabus par « une affirmation solennelle de principes, qui servirait, à l'avenir, de drapeau à la maçonnerie ^ ». Un membre du Parlement italien, Joseph Ricciardi, écrivit une lettre « à tous les libres penseurs de toutes les nations », pour les inviter à se réunir, le 8 décembre 1869, à Naples ^. Parmi les adhésions, on remarqua celles de Garibaldi et de Victor Hugo. Non content de convoquer un anticoncile à Naples, le comité d'organisation prépara, dans les principales villes de l'Italie, des manifestations contre le concile du Vatican, lesquelles, disait on, seraient en même temps des manifestations en faveur de l'unité nationale ''.
Malgré cet appel au patriotisme italien, l'anticoncile de Naples, et les manifestations populaires qui devaient l'accompagner, eurent un échec complet. Les organisateurs ne s'entendirent ni sur la
1 . Sur ce mouvement et son alliance avec la franc-maçonnerie, voir Wbill, Hîs-' toire du parti républicain. Gambelta est reçu franc- maçon en 1869 (Tournier, Gambetta franc-maçon, p. i43). C'est tous le patronage de la franc- maçonnerie que se fonde la Ligue de l enseignement^ présidée par Jean Macé.
2. Voir F. Buisson, V Enseignement de l'histoire sainte, Genève, 1869.