‹ Histoire générale de l'Église (volume 4)Chapitre 285 sur 374 · E. Ollivier, t. II. p · texte numérisé non relu

E. Ollivier, t. II. p

S.Id., t. I, p. 4i6 4i8. Voir card. Foulon, Vie de Mgr Darboy, i vol. in-8% Paris. 1880

LE CONCILE DU VATICAN 55 1

mayer. Les deux cardinaux français avaieut donné au Saint- Sioge des preuves éclatantes de leur dévouement :1e cardinal deBonnechose, en défendant courageusenaent au Sénat le pouvoir temporel du pape ; le cardinal Mathieu, en encourant, en i865, une déclaration d'abus pour avoir publié en chaire l'encyclique Quanta cura. M l'un ni l'autre cependant n'éveillaient les suspicions du gouvernement français, qui connaissait Icirs habitudes de discrétion et de prudence. Us s'étaient, l'un et l'autre, donné pour tâche de contrebalancer ce qu'il y aurait de trop vif dans les manifestations des partis extrêmes et de soutenir dans l'assemblée la cause de la modération *.

Par ce seul fait, que le classement des partis s'était effectué sur la Leprograuim* question de l'infaillibilité du pape, on pouvait prévoir quel serait l'objet principal des délibérations conciliaires ; mais le programme soumis à l'assemblée était très vaste. L'Index schenialarn qui fut distribué aux Pères du concile ^ comprenait une double série de questions dogmatiques et de questions disciplinaires. Les questions dogmatiques avaient trait, soit aux erreurs modernes dérivant du matérialisme, du rationalisme et du panthéisme, soit aux attaques dirigées contre l'Eglise, son organisation et ses droits. Les questions disciplinaires se rapportaient soit aux personnes ecclésiastiques : évêques, chanoines, curés, religieux, etc. ; soit aux institutions et aux œuvres ecclésiastiques : séminaires, cérémonies liturgiques, administration des sacrements, catéchisme, prédication, missions, rites orientaux, etc. L'article 7 du règlement prescrivait aux Pères de commencer par des questions dogmatiques ; ils pourraient, dans la suite, délibérer, à leur gré, sur le dogme ou sur la discipline. Les Pères Ordre choisirent, pour servir d'objet à leurs premières discussions, le projet ^^ ravtux ou schéma sur la Doctrine catholique contre les erreurs multiples dé- par le concile^ rivées du rationalisme ^. Ils devaient ensuite discuter sur plusieurs questions disciplinaires concernant les évéques, les synodes, les vicaires généraux, les vacances de sièges épiscopaux, la vie des clercs, la rédaction d'un catéchisme universel, et enfin aborder le schéma dogmatique de la constitution de l'Eglise par la question de l'infailli-

I. \'oir Mgr Bessom, Vie ducard. de Bonnechose, a vol. in-ia, Paris, 1887. Vie ducard. Mathieu, a vol. in la, Paris, 188a.

a. Index schematum qaat a theulogis et ecclesiastici juris consultis praeparata fuerunt [Colleclio lacensis^ VII. col. 5o5 5o6.)

3. Schéma constitulionis dogmaticx de doctrina cathulica contra multiplices errores ex rationalisnio derivalos. ^CoUeclio laceiiais, i. Vil. col. 607 553.)

HISTOIRE GÉNÉRALE DE l'ÉGUSE

Première

phase

du concile :

la discussion

du schéma

de docfrina

catholica.

Cette phase

s'(^tcnd du a8 décembre 1869 tu 10 janvier

bihlé pontificale. Cette dernière question venait à peine d'être tranchée par une définition solennelle, quand les débuts de la guerre francoallemande et l'invasion du territoire pontifical par les troupes italiennes vinrent troubler, puis interrompre les travaux du concile.

Les débats conciliaires comprirent donc trois périodes : la discussion de la première Constitution dogmatique, une série de discussions sur diverses questions disciplinaires, et la discussion sur la deuxième Constitution dogmatique ^ .

Les débats qui s'engagèrent sur le premier schéma dogmatique, de doctrina catholica, donnèrent d'abord l'impression d'une confusion extrême. Du 28 décembre 1869 au 10 janvier 1870, au cours de six congrégations générales, trente-cinq Pères appartenant aux nationalités les plus diverses prirent la parole, et vingt-qwatre d'entre eux demandèrent, avec plus ou moins de vivacité, le renvoi du projet à une commission pour qu'il y fût remanié. On lui reprochait de ressembler à un traité de professeur plutôt qu'à un exposé doctrinal de concile. On blâmait l'obscurité de sa rédaction, la raideur et la dureté de ses expressions. Mgr Connolly, archevêque d'Halifax, critiqua tout le schéma, fond et forme, et demanda qu'il fût, « non pas corrigé, mais enterré ». Dimittatur, dit-il, non ad corrigendam, sed ad sepellendum. Mgr Strossmayer se déclara profondément étonne que le texte proposé, au lieu de porter en tête, comme les décrets du concile de Trente, les mots : Sacrosancta Synodus decernit, « le saint concile décrète », portât les mots : Plus, episcopus, servus servorum Dei, sacro approbante concilio : « Pie, évêque, serviteur des serviteurs de Dieu, avec l'approbation du saint concile ». Pour la véhémence de sa protestation sur ce point, il se vit interrompre- par le président du concile. En dehors de l'assemblée, quelques théologiens expliquaient leur opposition au schéma en disant qu'ils y voyaient une

I. Ces trois périodes, nettement distinctes dans leur ensemble, ne sont pas strictement séparées dans l'ordre chronologique. Les débats sur les constitutions disciplinaires ont commencé alors que les délibérations sur la première constitution dogmatique n'étaient pas achevées ; et les délibérations sur la deuxième constitution dogmatique se sont ouvertes avant la fin des débats sur les constitutions disciplinaires. Pour la commodité de l'exposition, nous traiterons séparément de» trois phases.

a. Le coup de sonnette fut donné parle président de Luca, et l'observation fut faite par le président Capalti. « De Luca, dit Granderath, était un homme réservé, un peu timide. Capalti prit la parole à sa place ». Hist, du concile du Vatican^ t. Il, p. 124, n. a.

LE CONCILE DU VATICAN

œuvre des jésnitcs ayant pour but de faire adopter par le concile les idées de la Civil/à catlolica ^ D'autres, parmi lesquels se trouvaient même des jésuites, résumaient leurs impressions en déclarant l'œuvre « trop germanique » *. Le principal rédacteur du schéma était, en effet, un jésuilc allemand, le P Franzelin.

Jean Baptiste Franzelin, né en 1816, à Âllino, dans le Tyrol, était professeur de théologie dogmatique au Collège romain depuis i85i. Ses élevés admiraient l'étendue de sa science, et ses ouvrages le mettent au tout premier rang des théologiens du xix® siècle, mais la clarté de son enseignement n'égalait pas toujours la profondeur de son érudition et de sa p'^^nélration philosophique ^. En vain essaya t-il de défendre sa rédaction devant la dépn talion du concile *. Celle-ci fut unanime pour demander la refonte du schéma, qui, cette fois-ci, fut confiée à trois Pères du concile : Mgr Dechamps, deMalines, Mgr Pie, de Poitiers, et Mgr Martin, de Paderbora.

Le nouveau projet, revenu devant l'assemblée, le i4 mars 1870, sous le titre de schéma de fide calholica, y reçut un accueil très favorable. Les rédacteurs avaient tenu compte de vœux exprimés par leurs collègues. Le style était simple et limpide, l'exposition brève et méthodique ^. Les débats commencèrent sous la présidence du cardinal de AngeHs, qui venait d'être promu à cette fonction par le pape, en remplacement du cardinal de Reisach, récemment décédé. De nombreux amendements furent proposés sur des points de détail, et remis à la commission, qui les examina avec soin, puis les proposa au vote de l'assemblée. Les Pères pouvaient formuler leurs voles de

Le P. Franzelin.

Le concile

deraanùe

U refonte

complc'.rî

du schéma.

Le nouveau

schéma

est présenlé

sous le titre

de Constilulio

de fide caLholica,

I « Mgr Vecchiotti pense que ce sont les jésuites qui ont arrangé ce schéma pour faire passer dans le concile les idées qu ils soutiennentdans la Civiltàcatlolia. 9 (IcAUD, Journa/, p. 03.) iMgr Vecchiotti, conseiller d'Etat à Rome, était l'auteur d'un traité fort connu de droit canonique, les Instituliones canonicae, publiées à Turin en 1869 Ce traité avait été vivement attaqué par un jésuite, le P. Bouix. Mgr Vecchiotti avait aussi été chargé de plusieurs missions diplomatiques par te Saint Siège.

a. « Le P. Matignon n'est pas plus satisfait du schéma que nous, écrit M. Icard. Il convient que ce sont des Pères de la Compagnie qui ont travaillé à sa rédaction..., mais il ajoute que c'est leur œuvre personnelle, œuvre « trop germanique ». [Ibid.^ p. 77.)

3. Sur Franzelin, voir Hurtbr, Nomenclalor litterariuSf t. V. p. i5o7-i5io; Dict. de théol. de Vacawt, t. VI, col. 760 767 ; Louis Teste, Préface au conclave, un vol. in-i2, Paris, 1877, p. 273-279. — D'après le P. Mali-tioD, le P. Frair/'-lin aurait été aidé, dans son travail, par un autre Père allcmaud, le P. Schneider. (IcARD, Journal, p. 77.)

Page 1