Gra.!<dbra.th, t. II, 2^ partie, p. ^i
Système de votation
des Pères du concile.
La
Constitution
De Fide ou
Constitution
Dei Fitiui est
votée à l'unanimité,
le a 4 avril 1870.
Importance
de cette Constitution.
Analyse
de celte
Constitution.
trois manières : par un simple place t, par un simple non placet ou p; r un placet juxla modam, c'est-à-dire conditionnel. Dans ce dernier cas, ils remettaient par écrit leurs observations ou amendements. Le vote sur l'ensemble du schéma de fide eut lieu le 12 avril. Cinq cent quatre-vingt-dix-huit Pères étaient présents. Cinq cent quinze donnèrent un simple placel; quatre-vingt-trois, placet juxta moduin ; il n'y eut aucun non placet. La commission recueillit les observations annexées aux placet juxta modum, et en tint compte pour le remaniement du texte, lequel revmt à l'assemblée le 28 avril. Cette fois ci, les Pères devaient voter en choisissant L'une des deux formules, placet ou non placet. Toute explication était interdite. Le 24, le projet de fide, depuis connu sous le nom de Constitution de fide catholica ou de Constitution Dei Filins, fut voté, en séance publique, à l'unanimité des voix. Tous les Pères, depuis le cardinal le plus élevé en dignité jusqu'au dernier des supérieurs d'ordre, vinrent, à l'appel de leur nom, émettre leur vote. Il n'y eut pas un seul non placel. « Ce fut, dit l'un d'entre eux, comme un défilé du monde entier venant rendre témoignage de la foi de l'univers catholique ^ »
« L'importance de la Constitution Dei Filius, a écrit le cardinal Manning, ne peut être exagérée. C'est l'affirmation la plus large et la plus hardie de l'ordre surnaturel et spirituel qui ait jamais été jusqu'à présent jetée à la face du monde, de ce monde qui est maintenant plus que jamais plongé dans les sens et alourdi par le mat'rialisme ^ ». Elle vise à la fois, ainsi que le déclare son préambule, « le grand nombre de ceux qui se sont jetés dans les abîmes du panthéisme, du matérialisme et de l'athéisme », et les croyants dont « le sens catholique s'est amoindri ». A l'incrédulité contemporaine, confondant Dieu avec le monde quand elle ne le nie pas tout à fait, refusant en tout cas de croire à toute intervention divine dans l'humanité et en particulier à la révélation, niant enfin la possibilité de la foi ou tout au moins la subordonnant à la raison, le concile oppose, en quatre chapitres diflérents, un résumé solide et lumineux de la doctrine catholique : i°sur Dieu, 2" sur la révélation, 3" sur la foi, 4® sur les rapports de la foi avec la raison. Dans le premier de ces cha-
1. Ket'ieler, dans le Katholik de 1870, t. I, p. oag. — Strossmajrer seul n'assista pas à la session publique du 24- tl se plaignait de ce qu'on n'avait pas tenu compte de ses réserves. Son placet juxta modum du 12 avril portait ces mot» : « Suivis conciliorum oecumeiiicorum juribus ».
2. Manmsg, Hist. du conc. oecam. du Vatican, trad. Chantrel, un vol. in-S© Paris, 187 1, p. 60.
LE CONCILE DU VATICAN
pitres, il proclame 1 existence d'un Dieu personnel, libre, créateur de toutes choses et absolument indépendant des choses matérielles et spirituelles qu'il a créées. Le second chapitre affirme l'existence de deux ordres de vérités : l'ordre de la nature, accessible aux facultés de connaissance que possède l'homme, et l'ordre du surnaturel, qui ne peut être connu que par une révélation divine. Le troisième chapitre traite de la foi ; il enseigne à voir, dans l'acte de foi, un acte de raison et un acte de Hberté, un acte de l'homme et un acte de Dieu ; et il montre comment l'Eglise, gardienne du dépôt de la foi, porte en elle-même la garantie de son infaillible véracité. Le quatrième chapitre, enfin, ayant en vue d'une part la tendance fidéiste, et de l'autre la tendance rationaliste, délimite les deux domaines de la raison et de la foi, et rappelle qu'un désaccord apparent entre la science et la religion ne peut venir que d'une erreur sur la doctiine de celle-ci ou d'une idée fausse sur les conclusions de celle-là ^
Ainsi s'acheva la première phase du concile du Vatican. Commencée au milieu de divisions et de difficultés qui semblaient irréductibles, elle s'était terminée par un vote unanime. Les appréhensions de ceux qui avaient paru craindre, au début, un étouffement systématique de la discussion, s'étaient bientôt dissipées. Deux cents prélats environ y avaient parlé avec une liberté telle, que plus d'un membre de l'assemblée, même parmi les plus jaloux de leur indépendance, se plaignait de la tolérance excessive des présidents. Les premières discussions, conduites sur un thème souvent mal rédigé, avaient semblé d'abord n'accumuler que des nuages, mais, peu à peu, de ces nuages s'étaient dégagées les formules sereines et lumineuses d'une des plus belles Constitutions conciliaires. Au milieu des discussions des hommes, qui donc aurait pu méconnaître l'action souveraine de l'Esprit de Dieu ?
Avant la clôture de cette première discussion, une seconde phase Deuxième s'était ouverte. Pendant que la commission conciliaire préparait une , P*^*^?
^ r r du concile :
seconde rédaction du schéma dogmatique, les Pères, usant de la la discus>ion
de plasieiirs
constitutions
ir . 1 -1 r. • • 1 tr disciplinaires.
I. Voir le savant commentaire de cette Constitution dans Vacatit, Eludes ihéolo-
giques sur les Consiitulions du Concile du Vatican^ 3 vol. in 8®, Paris, i8y5.
HISTOIRE CÉNKRALE DE l'^:GLIS1
Les Schemala
de Episcopis
et de Sede
episcopali
vacante.
Observations
générales
du cardinal
Schwarzen-
berg et de Mgr
Stro
ssmayer.
Réponse
d 1 cardinal
di Pietro.
faculté que leur donnait le règlement, avaient choisi comme objet de leurs délibérations deux projets de constitution disciplinaire : le schéma sur les évêques, les synodes et les vicaires généraux, et le schéma sur la vacance des sièges épiscopaux.
Les discussions avaient connmencé le i4 janvier. Plus encore que dans les débats soulevés sur les questions dogmatiques, de très vives âivergences avaient éclaté parmi les Pères. C'était à prévoir. Les vérités à croire sont les mêmes dans l'univers entier; mais les rè^^les disciplinaires, devant s'adapter aux besoins particuliers des divers pays, sont nécessairement diflférentes.
Les premières observations qui furent présentées contre le schéma de episcopis ne furent pas cependant inspirées par des préoccupations d'intérêt local ou national, mais par cette impression, si obsédante chez quelques Pères, que la curie romaine avait un parti pris de méfiance à l'égard de l'épiscopat. Le cardinal Schwarzenberg et Mgr Strossmayer exprimèrent le vœu qu'avant de s'occuper de réformer les évêques, le concile du Vatican, suivant les traditions de plusieurs conciles, en particulier du cinquième concile de Latran, fît un décret sur le collège des cardinaux, sur la curie et sur les congrégations romaines. On devait d'autant plus, disaient-ils, s'en occuper dans l'assemblée actuelle, que les congrégations créées par Sixte- Quint avaient reçu leur forme après le dernier concile. Des vœux, on le savait, avaient été déposés à ce sujet. En ce qui concerne les évêques, pourquoi ne parler que de leurs devoirs ? N'y avait-il rien à dire de leurs droits et de leur dignité, de leur élection et de leur promotion ? Mgr Strossmayer avait été, suivant son habitude, particulièrement vif dans la discussion. A Mgr de Dreux-Brezé, lui faisant remarquer que le collège des cardinaux avait un père, le pape, et que ce père saurait bien Im imposer une réforme le jour où cette réforme serait nécessaire, l'évêque de Diakovar avait répondu : « Si nous avons tous un père, qui est le pape, nous avons tous une mère, qui est l'Eglise ». Au surplus, l'Eglise universelle, authentiquement représentée par ses évêques, n'avait-elle pas le droit de demander que le collège des cardinaux fût, lui aussi, comme le demandait le concile de Trente, une représentation de toutes les nations chrétiennes * ? Le cardinal di Pietro répondit, avec anima-
I . Voici les paroles du concile de Trente : « Qaos (cardinales), SS. Romamns Pontifex ex omnibus Christianitatis nalionibiis, quantum commode fieri poterit^ assumât [Sess. XXIV, de Reform., cap. i.)
LE CONCILE nu VATICAN
tion, aux deux préopinants. C'était, selon lai, faire une injure gratuite aux cardinaux actuels, si dignes, si austères dans leur vie, si assidus à leurs travaux, que de les comparer aux fastueux princes de l'Eglise du xvi" siècle. Avoir l'air de rééditer la parole de Barthélémy des Martyrs, demander « pour les illustrissimes cardinaux une illustrissime réforme » ^\ était un anachronisme de tous points injustifié. Il ne s'opposait pas d'ailleurs à ce qu'on écartât du schéma quelques mots dont la note éuit un peu dure pour les évoques. La suppression de ces mots fut le principal résultat de la discussion qui venait de s'engager.
Les nombreuses observations suggérées à divers Pères par des nécessités locales, par des mœurs particulières, eurent d'abord l'inconvénient de déranger des conceptions toutes faites, des idées simplistes, de donner même comme une impression d'inconsistance ou d'illogisme dans la discipline ecclésiastique; mais elles eurent l'inappréciable avantage de faire connaître à Rome ces nécessités locales, ces mœurs particuhères, et, par là, d'empêcher, comme le remarque un historien du concile, « qu'on n'essayât désormais d'établir des lois générales quand la diversité des coutumes ne les comportait pas^ ». Parmi les discours qui furent prononcés à ce sujet, il faut mentionner celui de Mgr Audu, patriarche de Babylone, du rite chaldéen. Le vénérable prélat, manifestement effrayé à la pensée qu'on allait appliquer à l'Orient et à l'Occident une discipline uniforme, supplia le concile de n'en rien faire. Il s'attacha à montrer qu'entre l'Eglise occidentale et l'Eglise orientale il existait des différences plus profondes que les Pères ne pouvaient l'imaginer. « Je vous en supplie, s'écria-t-il, n'essayez pas de traiter un malade, à peine sorti de convalescence, comme un guerrier vigoureux. Nous sommes malades de l'insuffisante formation de notre clergé, de l'inexpérience de beaucoup de nouveaux convertis sortant à peine de la secte nestorienne, du petit nombre et de la dispersion de nos églises, de l'oppression des mahométans, du contact avec les schismatiques. De plus, nos populations ont un attachement, peut-être excessif, mais qui demande à être ménagé, pour leurs vieilles coutumes, pour leurs anciennes traditions. Je ne m'oppose pas à la réforme de nos Eglises, je la demande ; mais j'estime que le moyen le plus sûr de l'opérer
Ou écarle du texte primitif
expresslouâ un peu dures
pour les évêques.
Fruit
(le CCi
diâcu6&ions«
DiMours
d« Mgr Audu,
patriarche
de Babylone.