GRAnDEKATM, t. II, p. aOQ
Pie IX,
pour afllnuer
son droit,
nomme
Hirectement
deux évêques
orientaux.
Cons'itutions
De vita
clericorum
et De parvo
calecliismo.
est de procéder par des synodes nationaux. Je prie le pape et le concile de nous ûxer une daté et un lieu de réunion. Nous ferons choix des canons disciplinaires qui peuvent convenir à nos Eglises, nous les combinerons avec nos anciennes lois, et nous soumettrons ensuite à l'examen des Pères notre droit canonique ainsi élaboré. » Il était difficile de contester la sagesse de pareilles observations. Mais Pie IX, pour affirmer son droit direct sur les Eglises orientales, manda le patriarche chaldéen, et lui ordonna de consacrer sans retard deux prêtres que lui, pape, venait de désigner pour deux cvéchés vacants de Ghaldée. Le patriarche oriental se soumit ; mais cet incident détermina, entre la cour romaine et les évêques orientaux, une tension qui persista jusqu'à la fin du concile *.
Après l'examen des deux projets disciplinaires sur les évêques et la vacance des sièges épiscopaux, le concile abo«da la discussion de deux autres projets sur la vie des ciercs et sur la rédaction d'un catéchisme u-niversel. Les nouveaux débats se déroulèrent avec des incidents analogues à ceux qui avaient marqué k première délibération. On y entendit Mgr Martin, de Paderborn, toujours ardent à défendre les traditions romaines et toujours en garde contre le gallicanisme ; Mgr Dupanloup, d'Orléans, parfois trop prompt à la riposte ; Mgr de Langalerie, de Belley, à la parole pleine d'onction ; Mgr Guibert, de Tours, toujours maître de son discours, simple, ferme et modéré ; Mgr Vérot, de Savannah, trop souvent obKgé de revenir sur une expression qui avait dépassé ou trahi sa pensée; le cardinal Mathieu, de Besançon, et Mgr Strossmayer, de Diakovar, ces deux rivaux dans l'art de manier la langue latine, le premier avec sa modération calculée, le second avec son audace voulue. Ils parlèrent de la vie commune des prêtres, du célibat ecclésiastique, du bréviaire romain, des avantages et des inconvénients d'un catéchisme uniforme pour toute la chrétienté.
Chose étrange ! Sur des sujets qui auraient semblé ne donner lieu qu'à un échange d'observations calmes et pacifiques, le débat s'animait ; les esprits s'échauffaient. En discutant sur le régime des séminaires ou sur le costume des clercs, les orateurs et l'assemblée
1. Mgr Audu acceptera toutes les décisions du concile du Vatican. Dans la suite, de nouvelles difficultés surgiront entre le Saint-Siège et lui; mais il n'ira jamais jusqu'au schisme ; il résistera même avec énergie à des tentatives de schisme qui se produiront dans son Eglise, et, après sa mort, Léon XIII louera son zèle et sa piété (S. S Leonis XIII, Acta, t. I, p. 199.)
LE CONCILE DU VATICA.X
semblaient avoir constamment en vue des questions plus générales et plus passionnantes. Les uns paraissaient sans cesse redouter un attentat contre les droits du pape ; les autres, un empiétement contre les prérogatives de l'épiscopat. D'autres, vo)ant les éçueils de ces deux préoccupalionsexcessives, demandaient à Dieu la grâce de ne jamais séparer dans leur cœur l'amour de l'Eglise de l'amour de son chef suprême ^ Au fond, la question de l'infaillibilité du pape, qui n'avait pas encore paru à Tordre du jour, dominait de plus en plus, dans le concile et au dehors, toutes les autres questions. Elle était discutée dans la presse, où elle devenait l'objet de brochures retentissantes 2. Une longue polémique, engagée, au début de 1870, entre le P. Gratry, de l'Oratoire, ei Mgr Dechanr^ps, au sujet de la prétendue hérésie du pape Honorius, passionnait l'opinion. Un article paru le 24 février dans le Moniteur universel sous ce titre : La situation des choses à Rome, envenima la querelle. Dans \ Allgemeine Zeitung et dans la Gazette d'Augsbourg, Dœllinger attaquait violemment la doctrine même de l'infaiUibilité^, Héfélé et Ketteler, dans des brochures et dans des arèicles de revue, renouvelaient les critiques de Mgr Maret contre l'infaillibilité « personnelle et séparée )). Gustave Janicot, dans la Gazette de France, insérait et commentait les lettres du P. Gratry contre a l'infaillibilité absorbante * ». Pendant ce temps là, V Univers organisait des pétitions pour demander la proclamation immédiate de l'infaillibilité, et Louis
Au fond, la doctrine
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domine les débats.
Celte doctrine
est discutée,
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du concile,
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I. C'est la prière que fait souvent M. Icard et qu'il mentionne à plusieurs reprises dans son Journal.
a. Ces querelles avaient souvent pour point de départ, dans la presse anticatholique, la méconnaissance absolue du dogme discuté. Et cette méconnaissance a malheureusement persisté, même après la définition du dogme On croit rêver en lisant dAnsV Histoire de France populaire d'Henri Ma.rti:< (t. VU, p. i3y) : « L'infaillibilité du pape a pour conséquence logique, avec la suppression de tous les anciens droits de réi)iscopat et la souveraineté directe du pape sur tous les diocèses, le renouvellement des maximes les plus exorbitantes de la théocratie... Ceci implique la revendication du pouvoir indirect sur le temporel et la condamnation du libéralisme et de la civilisation moderne ».
3. « Qui affirme aujourd'hui l'infaillibilité ? C'est un pape... D ailleurs, derrière le pape, il j^ a les jésuite^. Ce sont les jésuites qui, depuis plusieurs années, préparent la définition du prétendu dogme. )) [Gazette d'Augsbourg du aijamier
4. La presse royaliste quotidienne était alors représentée à Paris par trois principaux journaux. L'Union, dirigée par Pierre-Sébastien Laurenlie, défendait énergiquement la doctrine de rinfaillibillté du pape ; la Gazette de France, sous la direction de Gustave Janicot, donnait sa publicité aux objections du P. Gratry et de Montalcmbert ; le Français, plus modéré, avec François Beslay et Paul Thureau- DaTiirin, suivait les idées de Mgr Dupanloup et n'attaquait que l'opportunité de la définition.
Les railleries méprisanles <i« Yeuillot.
Les vivacités
He langage
de
Montalembert.
Les ovations
au « pape
infaillible ».
Les boutades
de Mgr Berteaud.
Veuillot englobait les a anlidéfiailionnisles » et les « antiopportnnistes », comme il disait, dans la même raillerie méprisante. « Un jour, écrivail-il, je sentis chez moi une odeur de suie qui m'mquiéta... J'appelai le fumiste... Le feu était aux poutres et se mit à flamber. Nous reconnûmes Voppo/iunité de l'éteindre. J'ai conté là l'histoire du dix-neuvième concile œcuménique. Assurément, je ne dirai pas que M. Janicot et les autres chevaliers de l'inopportunité soient des poutres ! Mais M. Gratry, de l'Académie et de l'Oratoire, M. Dœilinger, de la Faculté et de la bourgeoisie de Munich, Mgr Maret, de l'épiscopat et de la Sorbonne, et d'autres que je m'abstiens de nommer, sont au moins des poutrelles, et l'on avouera qu'elles flambent. Voilà l'opportunité ' ». Ces lignes paraissaient dans VUnivers du i4 février 1870. Quelques jours après, le 28 février, Montalembert ripostait à Louis Veuillot sur un ton non moins vif. Il s'élevait contre « ces théologiens laïcs de l'absolutisme, qui ont commencé par faire litière de toutes nos libertés devant Napoléon m, pour venir ensuite immoler la justice et la vérité, la raison et l'histoire, en holocauste à l'idole qu'ils se sont érigée au Vatican 2 ». « Jamais, disait-il, grâce au ciel, je n*ai pensé, dit ou écrit rien de favorable à l'infaillibilité personnelle et séparée du pape, telle qu'on veut nous l'imposer ^. » Le ton, de plus en pins acerbe, de ces discussions de presse accroissait chaque jour l'ardeur des deux partis. A Rome, malgré la sage défense de Pie IX, qui avait interdit toute impression dans la ville d'écrits sur le concile, l'agitatation gagnait le peuple romain. Toutes les fois que Pie IX paraissait en public, une foule l'accueillait par les cris de : m Vive le Pape infaillible I » A la porte d'entrée du concile, des curieux se tenaient, parmi lesquels on remarquait la sœur et les filles d'un journaliste français, épiant le passage des prélats, et donnant à chacun sa note*. On se répétait les boutades de l'évêque de Tulle. « Les sages selon le monde, disait Mgr Berteaud, auraient peut-être trouvé aussi qu'il n'était pas opportun que le Fils de Dieu naquît dans une étable. Cela devait choquer beaucoup les idées du siècle. » Sur un ton plus tra-