‹ Histoire générale de l'Église (volume 4)Chapitre 290 sur 374 · L. Veuillot, Rome et le Concile, t. I, p. i · texte numérisé non relu

L. Veuillot, Rome et le Concile, t. I, p. i

Ilist gén. de lEglise. - VIII V

passions en dehors du concile, n'éLait-il pas urgent de la résoudre sans retard ? Le tiers parti, qui avait paru incliner d'abord vers les partisans de l'inopportunité, se tournait maintenant vers les défenseurs de Topportunité. On disait, en parlant des premiers : Quod inopportunum dixerunt, necessarium fecerunt : w ils ont rendu nécessaire la définition qu'ils ont déclarée inopportune* ». Les postulats émis par les Pères pour demander l'urgence d'une discussion sur l'infaillibilité se couvrirent de quatre cent quatre-vingts signatures-, tandis que le postulatum sollicitant un délai ne réunissait guère que cent trente-sept adhésions. Dès lors, Tissue de la délibération apparut à tous comme certaine, car le nombre des Pères opposés en principe à la doctrine de l'infaillibilité était minime ^. La question porterait uniquement sur les termes d'une définition qui ne faisait désormais plus de doute.

Troisième

phase du concile :

la discussion

sur

rinfaillibilité

pontificale.

Première

motion,

présentée en

janvier 1870,

par Mgr Spalding,

archevêque de Baltimore.

La rédaction de la formule dogmatique définissant rinfaillibilité pontificale a passé par plusieurs phases qu'il nous paraît important d'étudier.

Dès le mois de janvier 1870, Mgr Spalding, archevêque de Baltimore, rédigea et fit signer par cinq évêques américains une molion demandant, non point la définition directe de l'infaillibilité, qui effaroucherait les gouvernements, dont la mauvaise foi des ennemis de l'Eglise chercherait à faire un épouvantail aux peuples, et qu'un certain nombre d'évêques, pour des raisons diverses, s'abstiendraient de voter, mais une définition indirecte. Cette définition indirecte se formulerait simplement par la proclamation de certaines propositions déjà universellement admises dans l'Eglise et d'où découlerait immédiatement et clairement l'infaillibilité du pape. On condamnerait, par

1. Cette parole est généralement attrihuée à Mgr Gousseau, évéque d'Angoulême. Mais il paraîtrait que le prélat n'aurait fait que traduire en une élégante formule latine une parole de Veuillot. Voir, sur ce point, un article d'Eugène Veuillot ûdius V Univers et le Monde du 1 3 décembre 1897, etG. Barbier, M^r Sauvé, a vol. in 8% Laval et Paris, 1898, t. H, p 181-182.

2. C'est le chiffre donné par les calculs de Gra.mderath, t. II, i^* pariie,

3. « On n eu comptait pas plus de cinq », assure le cardinal Manning {The true story of Valican coincU^ p. 99). Voir, sur ce point, Gra^dërath, op. cit., t. II, l'e partie, p. 333-34i.

LE CONCILE DU VATICAW

exemple : i* la prétention d'en appeler du pape à un concile ; 2° celle de se contenter d'une obéissance externe à l'autorité du pape ; 3° l'opinion soutenant que le pape, en condamnant une proposition, peut se tromper sur sa vraie signification. Le grand avantage d'un tel procédé serait, disaient les signataires, qu'il réunirait, non pas seulement la majorité des Pères, mais une unanimité morale écrasante, fermant la bouche à tous les fauteurs de révolte K

Les avantages du procédé suggéré par la note des cinq évêques américains étaient réels ; mais il parut à un certain nombre de Pères que les formules proposées laisseraient encore quelque marge aux équivoques*. Le i5 février, Mgr Manning, qui, depuis quelque temps, au dire d'un témoin, « travaillait nuit et jour à procurer l'heureuse issue de cette grave affaire ^ », proposa de porter anathème contre quiconque soutiendrait que « les décrets portés en matière de foi et de mœurs par le pontife romain, agissant comme Pasteur et Docteur suprême de l'Eglise universelle, sont réformables * ». Le 6 mars, la commission chargée de la rédaction du schéma De Ecclesia y ajouta un chapitre intitulé : Romanum pontijicem in rébus Jidei et morum dejîniendis errare non posse ^. Ce projet ne devait pas avoir plus de suite que les précédents, mais pour des raisons étrangères à sa rédaction. Le schéma De Ecclesia auquel il avait été adjoint, et qui avait été distribué aux Pères le 2i janvier, fut, par un abus de confiance, communiqué aux journaux et souleva une opposition violente des gouvernements. De fait, ce projet touchait aux questions les plus brûlantes. En ses quinze chapitres il traitait des droits de l'Eglise dans ses rapports avec la société civile, des droits de la société civile dans ses rapports avec l'Eglise, du pouvoir temporel du Saint-Siège, de la formule : Hors de l'Eglise point de salut, etc. « Ses vingt et un canons fulminaient, en formules brèves, l'anathème contre ceux qui contesteraient les doctrines contenues dans le schéma ^ ». « Dès que la vérité de ces textes fut hors de conteste, dit Emile Ollivier, une clameur de désapprobation s'éleva dans la presse de l'Europe ea-

Projel

présenté,

le i5 février,

par Mgr Manning

Nouveau

projet,

présenté le

6 mars par U

Commission

De Fide.

Vives protestations

des

chanceller'et

d'Europe

contre

l'ensemble

du projet

Dt Ecclesia.

l. Coll. lac, VII, 988-940 ; Grandbrath, t. II, !'• partie, p. 180-183. a. « Il me semble, écrit M. Icard, que le schéma présenté à l'examen de» Ptrea du concile renferme tout cela, et le dit mieux. » Icard, Journal, i53.

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