‹ Histoire générale de l'Église (volume 4)Chapitre 30 sur 374 · Ibid., col · texte numérisé non relu

Ibid., col

4. F. DE La Mennais, Nouveaux mélanges, un vol. in-S», Paris, i8a6, p. iSq-Uo.

Ses principaux adversaires :

Joseph

de Maistre

et Tabbé de

La Mennais.

Une lettre

du cardinal

de Glermont-

Tonnerre est déférée au Conseil d'Etat

comme

ayant attaqué

les libertés

de l'Eglise

gallicane.

piscopat de correspondre directementavec Rome, l'invitation faite aux évêques d'avoir à soumettre leurs mandements à la censure ministérielle, l'obligation imposée aux professeurs des grands séminaires d'enseigner les quatre articles de la déclaration de 1682.

Toutes les fois cependant que la mesure blessa trop vivement les droits de la conscience religieuse, des protestations s'élevèrent. En 1819, le gouvernement avait cassé un maire, pour n'avoir pas forcé des prêtres à donner la sépulture à un suicidé. « Eh quoi I écrivit La Mennais, on ne voudrait pas, et avec raison, obliger les juifs, les protestants à enterrer un catholique comme un membre de leur communion ; et l'on trouve juste de forcer les catholiques d'adopter, lau nom de leur religion, un homme qui sera mort en violant un de ses premiers préceptes?... Est-ce que les catholiques n'ont pas une conscience?... On ne fait que nous dire : Soyez tolérants. Ce mot, dans un temps signifie : Laissez-vous égorger, et, dans un autre : Laissez-vous entraîner. . . Le ministre daigne nous faire des leçons de théologie. Il cite les Rituels. Soit. Mais qui les interprétera ? Est ce le ministre, qui n'a aucune autorité dans l'Eglise, ou ceux que l'Eglise même charge d'exécuter ses lois? » *

Se plaçant à un point de vue plus général, le cardinal de Glermont-Tonnerre, archevêque de Toulouse, publia en 1828, de Rome même, où il avait pris part au conclave, une lettre pastorale dans laquelle il demandait des modifications civiles en vue de mettre en harmonie les lois de l'Etat avec les lois de l'Eglise. Cette lettre, déférée au Conseil d'Etat comme ayant attaqué les libertés gallicanes, fut supprimée par une ordonnance royale sous prétexte d' « abus ». D'un ton calme et ferme, le rédacteur en chef de l'Ami de la Religion protesta : « Ce qui nous afflige le plus dans cette circonstance, écrivit-il, outre le tort fait au caractère épiscopal et le mauvais effet qui peut en résulter dans l'esprit des peuples, c'est qu'il est aisé de prévoir qu'il en sera de cet acte comme autrefois des envahissements des parlements. Un premier pas en attire un autre. Les exemples n'en sont que trop nombreux 2. » Dans le courant de l'année 1824, le ministre ayant demandé aux professeurs de séminaire d'adhérer à la déclaration de 1682, l'archevêque de Toulouse intervint une seconde fois. Dans une lettre adressée à plusieurs

I. L.v Mennais, Réflexions et Mélanges, un y o\.\n-%'^^ 1819, p. 333-323. a. Ami de la religion et du roi, du 3i janvier 1824, p. 376.

LÉON XII

membres de l'épiscopat qui l'avaient consulté à ce sujet, il déclara que l'invitation du ministre devait être regardée comme non avenue. Nous le verrons plus tard, sous Charles X, défendre les droits de l'Eglise, avec plus de force encore, contre les prétentions abusives du pouvoir civil.

Parmi les plus ardents adversaires du gallicanisme, nous avons rencontré l'abbé Félicité de La Mennais. Par le brillant succès de son Essai sur l'indifférence, par l'éclat de ses récentes polémiques, par ses dons exceptionnels d'intelligence, de verve, d'initiative et d'entrain, par certains côtés de son caractère, séduisant et impérieux à la fois, qui faisaient bientôt de lui, pjur ceux qui se donnaient à sa cause, le plus affectueux des amis et le plus autoritaire des maîtres, l'abbé de La Mennais était devenu le centre d'un groupe de jeunes gens, en lequel on pouvait facilement deviner le germe d'un parli nouveau. Ceux qui se rangeaient ainsi autour du maître s'appelaient Gerbet, Gousset, Guéranger, Rohrbacher, Lacordaire. Ils se disaient ultramontains, et se réclamaient volontiers, en religion, des idées de Joseph de Maistre ; mais une sympathie non dissimulée pour les hommes et pour les choses de leur temps, un vif attachement aux classes populaires, une ardente préoccupation de tout progrès politique et social, les rapprochaient du parti qui venait de s'organiser en France sous le nom de parti libéral. Le Mémorial catholique, qu'ils fondèrent en i8îi3, et qui fut leur organe jusqu'en i83o, « eut, grâce à La Mennais, qui en fut le véritable inspirateur, une part considérable dans l'évolution qu'on vit se dessiner au sein même du catholicisme durant les dernières années de la Restauration. Il fut comme le précurseur de Y Avenir y car il tenta, quoique timidement, de séparer la question religieuse de la question politique, et de ménager dans la pure région des idées un rapprochement entre l'Eglise et la société moderne. Avec lui, l'apologétique se rajeunit et perdit quelque chose de son ancienne raideur * les sciences ecclésiastiques s'élargirent, et elles reprirent de l'autorité ; l'esprit du clergé se modifia, et commença à s'ouvrir à cette, idée très simple mais très neuve, que, a pour agir sur le siècle, il faut l'avoir compris » *.

La question

du libéralisme

catholique.

L'abbé Félicité

de

La Mennais.

Son influence

sur

la jeunesse.

Fondation

du Ménwrial catholique.

I. Mémorial catholique. Introduction. Boutard, Lamennais, 3 vol. in-8o, Paris^ 1905-1913, t. Ie^ p. 369.

La première manifestation

doctrinale

du libéralisme

catholique.

Origines libéralisme

du catholique :

10 le contact

avec

le parti libéral

de la Restauration,

20 le tempérament

même du nouveau

chef

de groupe,

rai)bé de

La Mennais.

Dans ses campagnes du Mémorial catholique, le libéralisme de La Mennais fut plutôt un esprit qu'une doctrine. Il ne devait se formuler qu'en 1829, dans l'écrit publié par le célèbre polémiste sous ce titre : Des progrès de la Révolution et de la guerre contre l'Eglise. La Mennais y attaquera le gallicanisme comme une doctrine de servitude, affranchissant les rois de toute règle de justice et menant les hommes à l'idolâtrie. Il y soutiendra que les peuples peuvent, dans certains cas, résister par la force aux gouvernements arbitraires, comme l'ont fait les Pays-Bas contre Joseph II, les Vendéens et les Bretons contre la Révolution, les Ligueurs contre Henri IV. Il y enseignera que la restauration chrétienne de la société ne peut se faire que par le triomphe de l'Eglise, et que ce triomphe ne doit se faire que par la liberté.

Cette évolution de l'ultramontanisme de La Mennais, ou peut-être, pour parler plus exactement, de son antigallicanisme, au libéralisme, se fit sous une double influence. D'abord le contact avec le « parti libéral » proprement dit, tel qu'il se manifestait alors dans les écrits de Benjamin Constant et de Corcelles, fit passer dans le parti des jeunes catholiques quelques formules des « libéraux » relatives à l'efficacité toujours bienfaisante de la liberté, à l'indifférence pratique de l'Etat envers tous les cultes et à la séparation de l'Etat d'avec toutes les églises. Une seconde influence, non moins funeste, s'exerça sur le jeune groupe du Mémorial par le fait même du tempérament passionné et outrancier de son chef ^. Ce Breton romantique, qui portait en lui, avec la tare physiologique d'une constitution anormale remontant à son berceau ^, l'ata^âsme de tels de ses ancêtres, entêtés et chicaniers, et de tels autres, hardis marins, dont il avait hérité le goût de l'aventure et du risque 2, ne savait garder aucune mesure au moindre froissement de son inquiète susceptibilité.

Il publiait que « le gouvernement était hypocrite dans son langage.

1. Dans un pénétrant article des Anna/es de phibsophie chrétienne , M. Maurice Blondel a défini La Mennais « ce perpétuel outrancier qui met la logique au service de sa passion, ou plutôt qui prend sa passion pour la logique même » {Ann. de phil. chrét. de septembre 1912, p. 617).

2. « Né avant terme, avec' une notable dépression de l'épigastre, il était sujet, en raison de cette infirmité, à des spasmes douloureux dont il souffrit toute sa vie et qui, plus d'une fois, mirent ses jours en danger. » (Boutard, La Mennais. t. I, p. 6-7. Cf. Peigné, La Mennais, sa vie intime à la Chênaie, un vol. in-32, Paris,

'6. (Jhr. Maréchal, la Jeunesse de La Mennais, p. 3. Cf. Maréchal, la Fanulle de La Mennais sous l'Ancien Réyinie et la Révolution, un vol. in-S", Paris, lyiiJ.

Lfoïf xn

athce dans ses actes ». Il montrait dans M. Laine et M. Corbière « les continuateurs d'Henri VllI », et dans M. Frayssinous « un évêque schismatique, ursupateur des droits de Léon XII ». « Qui donc, s'écriait-il dans une de ses brochures, a chargé M. Frayssinous de capituler avec les rois de la terre au nom de l'épouse de Jésus- Christ ? » Il trouvait la Compagnie de Jésus « insuffisamment appropriée aux besoins des esprits », et jugeait que la théologie enseignée dans les séminaires « n'était plus qu'une scolastique mesquine et dégénérée ^ )> .

De telles hardiesses de langage et de pensée ne lardèrent pas à éveiller, parmi les membres du clergé, les inquiétudes des uns, les énergiques protestations des autres. En 1829, après l'appariîion de l'ouvrage, Des progrès de la Révolution et de la guerre contre l'Eglise, VAmi de la religion se fit l'interprète de ces sentiments, en relevant avec vivacité : i** l'étrange parenté de certaines doctrines de l'auteur avec les idées les plus suspectes du parti libéral ; 2° les injustes violences de ses attaques contre les catholiques. On lui reprochait d'adopter sur la liberté de la presse et sur la liberté politique, les formules mêmes des libérau-x ; on le blâmait d'avoir écrit que le libéralisme n*est autre chose que « le sentiment qui, partout où règne la religion du Christ, soulève une partie du peuple au nom de ia liberté », et d'avoir ajouté que, « sur le fond des choses, le parti opposé aux intérêts du trône avait un immense avantage de raison »• On lui rappelait que l'Eglise, loin d'admettre ces principes d'uns manière absolue, comme il semblait les présenter, avait établi un« Congrégation de V Index pour condamner les abus de la presse, et recommandé aux peuples, en dehors de circonstances très exceptionnelles, l'obéissance respectueuse à l'égard des pouvoirs établis. On s'indignait enfin de voir M. de La Mennais traiter avec tant de dédain cet Ordre des jésuites, dont il avait écrit naguère que « son existence tout entière n'avait été qu'un grand dévouement à l'humanité et à ia religion » 2^ ^^ calomnier si gratuitement cêt enseignement des sémi-

Exagérationt

et violences

de langage

de l'abbé

de

La Mennais.

L'Ami de la religion

combat

ces tendances

nouvellM.

1. La Monnais était plus violent encore dans l'intimité que dans ses pamphlets. Il disait de la Chambre élue en 1824, la plus royaliste et la plus religieuse de U Restauration : (( Jamais on n'avait vu une dégradation aussi burlesque et une corruption aussi bête ». Puis il concluait : « Les trois pouvoirs de l'Etat, comme on les nppolle, semblent èlre une cmaiialion directe de la Force, de Sainte-Pélagie et do (Iharenton ». Pour lui, l'abbé Glausel de Montais n'était que u ie Maral du gallicanisme ». On verra d'autres citations dans Thurbau-Dangir, Royalistes et répU' blicains, un vol. in-8", Paris, 187/4, p. 260-2Ô3.

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