Ibid., p
5. Ibid., p. 78. — Des explications semblables, également approuvées par ua Bref de Pie IX, furent données en juin 1871 dans une Instruction pastorale coWective des évêques suisses. Cette Instruction est reproduite dans l'ouvrage de Mgr Fessier. — Dans sa brochure, Mgr Fessier semble limiter l'infaillibilité du pape aux « vérités révélées ». Si telle est la pensée de l'éminent théologien, il y aurait là une erreur. L'infaillibilité pontificale s'étend aux vérités connexes avec la révélation et à certains faits tellement liés à l'enseignement des vérités révélées qu'on les a appelés des « faits dogmatiques ». Par exemple, l'existence de l'àme, sa spiritualité, son immortalité, son libre-arbitre, sont des vérités non révélées, mais elles sont tellement connexes à la foi que les nier serait saper par la base toute révélation et toute religion; le fait que \ Augustinus contient des hérésies est un fait dogmatique. Voir, sur ce sujet, Choupi» : Valeur des décisions du Saint-Siège, p. i4-i8, et DuiiAS dans les Eludes de mars 1876.
LE CONCILE DU VATICAN
(les peuples, ont dû exercer quand le bien général le demandait M ..); Tous les évêques opposants, sans exception aucune, se soumirent humblement aux décisions duconcile du Vatican. Lesplusremarquées dn ces soumissions furent celles de Mgr Dupanloup, de Mgr Darboy, de Mgr Maret, de Mgr Strossmayer, de Mgr Héfélé. « Parmi les catholiques libéraux de quelque renom, remarque Mgr Cecconi, pas un seul ne refusa de s'incliner devant l'oracle du Saint-Esprit *. » Dœllinger en Allemagne et M. Loyson en France, qui s'étaient ouvertement mis en révolte avant le concile, ne furent suivis par aucun disciple de marque. M. Loyson essaya de fonder à Paris une « Eglise française », qui se discrédita de plus en plus. Dœllinger, qui paraît avoir, un moment, rêvé de jouer le rôle d'un Luther, mourut isolé. De hauts personnages, Mgr Fessier, le cardinal de IJohenlohe, Mgr Nardi, Mgr Dupanloup, l'abbé Duchesne, tentèrent dv le ramener à des sentiments d'humble soumission. Dœllinger reçut leurs visites et leurs lettres avec politesse, sans récrimination, mais aussi sans leur laisser d'espérance ^. Il mour-jt subitement, peutêlre sans avoir eu le temps de se reconnaître, en tout cas sans avoir réiracté ses erreurs. A côté de lui, quelques professeurs moins célèbres, Friedrich et Sepp, de l'université de Munich, Hilgers et Reusch, de B;nn, Reinkens, de Brcslau, Schulte, de Prague, prétendirent fonde r une Eglise de « Vieux Catholiques », que les gouvernemcnti d'Allemagne favorisèrent à l'envi. Dœllinger dédaigna d'assister au congrès qu'ils tinrent à Cologne en 1872, fralernisant avec les Anglicans, les Russes et le franc-maçon Bluntschli; il refusa également de prendre part au conciliabule qu'ils organisèrent à Constance, du 12 au i/| septembre 1873, où ils adhérèrent aux principes de la Réforme lulhérienne. Malgré la science de ses organisateurs, malgré l'appui di's trônes, leu vieux catholicisme » allemand n'a pas témoigné plus de vitalité que « jjl'Eglise française ». L'opinion publique ne s'est
1. Alloculiou du 20 juillet 1871, citée par E. Olliviek, op. cit., II, 874 ; Gk\ndi;katii, t. III, ac partie, p. 3Ga ; Voce délia Verità du 23 juillet 1871. — Pic IX explique ici le pouvoir indirect des papes du rno}en âge sur les souverains, suivant une théorie exposée par i\I. Gosseun, prêtre de Saint Sulpice, dans son ouvrage Pouvoirs des papes sur les souverains au moyen âge, un vol. iu-8^, Paris, 1839 et 1845. Cette théorie a été parfois contestée. Le pape Pie IX lui donne ici Pappui de son autorité.
2. Geccom, llist. duconcile du Vatican, t. II, 1. Ill, ch. vi, n. i5, n. 487.
3. Dans une lettre inédite à Mgr Dupanloup, Dœllinger énumère plusieurs de ces démarches. Il le fait avec une sécheresse oiî perce quelque amertume, mais qui reste correcte. La lettre se termine bru6ij[ueuieut, sans aucune formule de salulaliou. [Archices de Saint Sulnice.)
Hist. gén. de rE-iiso. - Via 37
SoumifisLoQ
de tous les évèqiies opposants.
L\'\-Père
Hyacinliie
essaie
d'organiser « l'Église
frani^aise ».
Dœllinger
refuse de se
soumettre.
Organisation
en Allemagne
d'une
prétendue
Eglise
do « \ ieur
Catholiques ».
Echec
complet
de celte
tentative.
Les Etats
manifestent
leur hostilité
à l'égard des décisions promulguées au concile.
Aucune
de ces
tentatives
d'hostilité
n'a de prise
sur la masse
des catholiques.
jamais occupée de l'un et de l'autre que pour les dédaigner ou les ridi enliser.
En revanche, les gouvernements manifestèrent généralement leur hostilité envers les décisions promulguées par le concile du Vatican. La France, qui, au lendemain de la guerre, avait élu une assemblée dont la majorité était favorable au catholicisme, n'eut pas une attitude hostile ; mais la Prusse affecta de regarder comme catholiques les dissidents ; et l'Autriche-Hongrie protesta contre le dogme de l'infaillibilité en dénonçant son concordat. La plupart des Etats allemands interdirent la publication des décrets du concile. Le Portugal en fit autant. Plusieurs cantons suisses prirent une attitude nettement opposée au catholicisme ; le Conseil fédéral élabora une réglementation nouvelle des rapports entre l'Eglise et l'Etat. Mgr Lâchât, évêque de Baie, et Mgr Mermillod, évêque coadjuteur de Genève, reconnus comme zélés défenseurs de l'infaillibilité pontificale, furent expulsés du territoire helvétique. En Angleterre, l'ancien premier ministre, Gladstone, prétendit démontrer, dans une brochure retentissante, que l'infaillibilité du pape ne menaçait pas seulement les conscience des individus, mais encore l'Etat, « car, disait-il, ce dogme peut mettre, à chaque instant, le sujet d'une nation dans la nécessité de sacrifier son loyalisme au bon plaisir du pape ^ ».
Cette grande agitation s'apaisa. Elle n'eut jamais de prise sur la masse des catholiques. Elle ne pouvait en avoir. « Personne, a écrit un homme d'Etat non croyant, personne n'admettra que des hommes qui croient à la révélation, à la divinité de Jésus-Christ, à l'infaillibilité de l'Eglise, qui n'ont contesté aucune des décisions doctrinales rendues par les papes depuis dix-huit siècles, se séparent de la communion dans laquelle ils ont vécu, parce qu'une infaillibilité dont ils ne contestent ni la nécessité ni la puissance sera expliquée par l'assistance divine au lieu de l'être par l'assentiment, même tacite, des évêques I ^ » Quant à l'autorité du concile, « les divers reproches dont il avait été l'objet n'avaient pas supporté l'examen de sang-froid du lendemain 3 ». La liberté y avait été entière ; et pouvait on supposer, dans le vote sur l'infaillibilité, donné le 18 juillet 1870, une unanimité morale plus écrasante ? « Depuis cette date, a écrit le cardinal
I. GL4DST0NB, la Décréta du Vatican et leur ejfet sur la fidélité que Us cilojens doivent à VElat.
a. E. Ollivihr, op. cit., t. II, p. 3^6. 3. Ihid.
LE CONCILE DU VATICATÏ 679
Mannîng, une multitude d'événements se sont précipités vers leur accomplissement. L'Empire français a disparu. Rome a été occupée par les armées d'Italie. La paix de l'Europe a été rompue. L'Eglise
pourra souffrir. Mais, à Rome ou en exil, le clief de l'Eglise sera ce Importance
que le concile du Vatican a déclaré qu'il est. II se peut que la réunion j^ dogme de
des conciles œcuméniques soit rendue temporairement impossible, l'infaillibilité
que l'administration ordinaire de l'Eglise devienne à peine praticable. . . ^^ pô^inT
Le chef infaillible d'une Eglise infaillible ne sera jamais soumis à la de vue
souveraineté d'un homme. La barque de l Eglise est munie de ses lutures
provisions pour les temps à venir *. » de l'Eglise.